Lors d’un débat sur l’injustice et les comportements illégaux en Haïti, l’avocat et président de la FJKL, Me Samuel Madistin, a dressé un tableau sombre de la société haïtienne, dénonçant la dépossession violente des terres, la traite des personnes, les arrestations arbitraires, les inégalités sociales et l’impunité généralisée. Il appelle à la création urgente d’un État fort, démocratique et populaire pour restaurer la dignité nationale.
PORT-AU-PRINCE, mercredi 24 septembre 2025 (RHINEWS) – Lors d’un débat organisé par le Réseau des Auteurs sur l’injustice et les comportements illégaux en Haïti, l’avocat et militant des droits humains Me Samuel Madistin, président de la Fondasyon Je Klere (FJKL), a livré un constat implacable. « La société haïtienne est profondément injuste », a-t-il déclaré d’emblée, estimant que « l’injustice et les comportements illégaux caractérisent la société haïtienne » et que l’État, en faillite institutionnelle, n’assure plus la protection des droits fondamentaux.
Sur la question de la propriété privée, il a rappelé que la Constitution proclame sa garantie, mais qu’en réalité ce droit est vidé de son sens. « Le droit proclamé ne vaut rien s’il n’est pas effectif », a-t-il martelé. Il a dénoncé la multiplication des cas de dépossession violente orchestrée par des groupes armés, souvent avec la complicité d’avocats et de magistrats. « Actuellement, la dépossession violente est la règle dans la région métropolitaine et dans plusieurs villes du pays », a-t-il précisé. Illustrant ses propos, il a cité « le cas emblématique de la ville des Gonaïves » où, par un jugement de défaut en décembre 2024, des héritiers présumés ont obtenu l’ordre d’expulser des milliers de familles établies depuis plus d’un demi-siècle sur 939 carreaux de terre. « Un jugement scélérat », selon lui, qui risque d’allumer un conflit incontrôlable.
Le président de la FJKL a ensuite abordé la traite des personnes (TDP), qualifiant ce phénomène de « forme moderne d’esclavage ». Il a rappelé que malgré la ratification par Haïti de la convention de Palerme et l’adoption d’une loi en 2014, la législation reste lettre morte. « Aucune condamnation pour TDP dans les juridictions de Port-au-Prince et de la Croix-des-Bouquets, sept ans après la promulgation de la loi », a-t-il déploré. « Sur 759 plaintes enregistrées entre 2014 et 2021, zéro concernait la TDP, et 70 % des avocats, magistrats et policiers interrogés ignoraient l’existence de la loi. »
Sur la liberté individuelle, l’avocat a dénoncé « l’arbitraire dans l’arrestation et la détention des citoyens » et « la détention préventive prolongée, véritable fléau en Haïti ». Il a évoqué le cas dramatique d’un détenu incarcéré depuis vingt-cinq ans dans le dossier du journaliste Jean Léopold Dominique, sans jamais avoir été jugé : « Même en cas de condamnation pour meurtre sans circonstances aggravantes, sa peine maximale serait de quinze ans. » Il a également raconté l’histoire d’un client arrêté dans le cadre du dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse : « Après deux ans et sept mois de prison, il a été innocenté, mais entre-temps le FBI lui-même avait constaté que les policiers haïtiens privent les citoyens de leur liberté avec trop de facilité. »
Le juriste a aussi dénoncé l’implication des enfants dans la violence des gangs. « Plus d’un million d’enfants vivent dans les zones contrôlées par les gangs et sont victimes de violations de droits humains », a-t-il rappelé, citant un rapport d’Amnesty International de février 2025.
Abordant la discrimination, il a dressé une liste de clivages qui fracturent la société haïtienne : « riches et pauvres, villes et campagnes, le colorisme entre noirs et mulâtres, la discrimination de genre avec la sextorsion et les abus des femmes au travail, la marginalisation des personnes handicapées et les stigmates liés au VIH/SIDA. »
Sur les inégalités, il a rappelé que la Banque mondiale classait déjà Haïti en 2017 au deuxième rang des pays les plus inégalitaires au monde, derrière la Bolivie. « Vingt pour cent des plus riches détiennent plus de 64 % du revenu total du pays, contre moins de 2 % pour les 20 % les plus pauvres », a-t-il souligné, précisant que « 72 % de la population rurale vit aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de 2,15 dollars par jour ».
Me Madistin a par ailleurs dénoncé « l’impunité des appels à la haine et à la violence » diffusés sur les médias traditionnels et les réseaux sociaux, ainsi que « l’usage du viol comme outil de guerre » par les gangs armés. « En Haïti, les gangs soumettent les femmes et les filles à d’horribles abus sexuels. La violence sexuelle est généralisée en toute impunité », a-t-il insisté.
Pour lui, il ne fait aucun doute que « l’on peut parler de violations massives et systématiques des droits humains » en Haïti. Et d’ajouter : « Quel développement peut-on prétendre dans un pays où la propriété privée n’est pas garantie, où la traite des personnes est ignorée, où la détention préventive dure des décennies, où la pauvreté et les inégalités explosent ? »
- Me Samuel Madistin a lancé un appel à la refondation de l’État : « Il y a une urgente nécessité d’établir un État fort, démocratique et populaire pour restaurer l’ordre public, la tranquillité des rues et redonner à l’Haïtien sa fierté d’antan. »

