Haïti : Maguet Delva et Jean Jr. Lhérisson confrontent leurs analyses sur la responsabilité des élites…

Le drapeau haitien...

PORT-AU-PRINCE, samedi 11 juillet 2026 (RHINEWS)-  Dans un texte intitulé « Nous avons tous échoué : chronique d’une esquive », l’écrivain et journaliste Maguet Delva conteste l’idée selon laquelle l’échec d’Haïti serait une responsabilité collective indistincte. En réponse à des propos attribués à Richard Coles, il soutient que cette formule « dilue » les responsabilités des acteurs ayant exercé le pouvoir politique ou économique au détriment de la population.

« Tous les Haïtiens n’ont pas été à la direction des affaires de leur pays », écrit Maguet Delva, estimant que « les élites haïtiennes ont échoué », mais que cet échec « ne peut être transformé en un “nous” qui engloutit tout le monde ». Selon lui, les citoyens ordinaires, notamment « un paysan haïtien » ou « une marchande de pistaches accroupie au bord d’une route », ne sauraient être tenus responsables d’un système dont ils n’ont jamais contrôlé les leviers.

L’auteur affirme que l’expression « Nous avons tous échoué » constitue davantage « une esquive » qu’un véritable aveu. « L’élite économique haïtienne est apatride et non nationale », écrit-il, estimant qu’une partie des dirigeants économiques a privilégié ses intérêts privés plutôt que le développement du pays.

Maguet Delva évoque également un souvenir remontant à une rencontre entre des entrepreneurs haïtiens et Jean Gandois, alors président du Conseil national du patronat français (CNPF). Selon lui, ce dernier avait encouragé les investisseurs à développer l’apprentissage et l’artisanat en Haïti. « Investissez dans votre pays, investissez dans l’apprentissage : vous y gagnerez beaucoup, vous donnerez du travail à votre peuple, et vous gagnerez la paix sociale », rapporte-t-il en citant les propos de Jean Gandois. L’auteur regrette que ces recommandations n’aient, selon lui, pas été suivies d’effets.

En réponse à cette réflexion, Jean Jr. Lhérisson publie un texte intitulé « La branche qui refuse de se casser : Dialogue avec Maguet Delva, et fenêtre ouverte sur un autre pays », dans lequel il dit partager le diagnostic de Maguet Delva sur la dilution des responsabilités tout en appelant à dépasser la seule dénonciation.

« “Nous avons tous échoué” n’est pas un aveu, c’est un linceul », écrit-il, estimant que cette formule permet de placer « le coupable et l’innocent » sur un même plan. Selon lui, cette approche entretient « l’impunité par consensus » en évitant d’identifier les responsabilités individuelles.

Jean Jr. Lhérisson considère toutefois qu’au-delà de l’identification des responsabilités, Haïti doit construire un projet d’avenir. « Un pays ne se relève pas seulement en identifiant qui l’a fait tomber. Il se relève en se donnant une image de ce qu’il pourrait devenir », affirme-t-il.

L’auteur propose notamment un renforcement de l’état civil dès la naissance, une stratégie de valorisation locale des ressources agricoles et artisanales ainsi qu’une économie fondée sur la transformation des produits sur le territoire national. « Un pays qui valorise jusqu’à ses déchets n’a plus besoin de mendier sa dignité, il la fabrique », écrit-il.

Dans son texte, Jean Jr. Lhérisson présente également Haïti comme une composante d’un « arbre caribéen » dont les différentes sociétés partageraient une histoire commune tout en rappelant le caractère singulier de l’indépendance haïtienne de 1804. Il estime que le pays doit désormais « greffer » de nouveaux projets sur son histoire plutôt que demeurer prisonnier de son passé.

Les deux auteurs convergent sur la nécessité d’un renouvellement du projet national, tout en insistant sur le rôle déterminant des élites dans les difficultés traversées par le pays et sur l’importance d’une réflexion orientée vers la reconstruction institutionnelle, économique et sociale.