PORT-AU-PRINCE, vendredi 4 septembre 2026 (RHINEWS)-L’évêque haïtien Pierre-André Dumas appelle le président américain Donald Trump à reconsidérer la fin du Statut de protection temporaire (TPS) accordé à des ressortissants haïtiens, estimant que les conditions sécuritaires en Haïti ne permettent pas actuellement des retours forcés.
« La question est : Haïti est-elle vraiment aujourd’hui un pays vers lequel on peut renvoyer quelqu’un sans inquiétude ? La réalité nous donne une réponse dramatique », a déclaré Mgr Dumas, évêque du diocèse d’Anse-à-Veau-Miragoâne et vice-président de la Conférence épiscopale d’Haïti, dans un entretien accordé à Vatican News.
Dans une lettre adressée à Donald Trump, le prélat demande aux autorités américaines « d’utiliser tous les moyens légaux et humanitaires disponibles pour éviter les rapatriements forcés tant qu’Haïti restera dans une situation d’une si grave instabilité et d’un tel danger ». Il souligne que les bénéficiaires haïtiens du TPS « travaillent, paient des impôts, élèvent leurs enfants, servent leurs Églises et leurs communautés et contribuent chaque jour à la société américaine ».
Mgr Dumas précise toutefois que son appel ne vise pas à contester le droit des États-Unis à contrôler leurs frontières. « Nous ne demandons pas aux États-Unis d’abandonner leurs lois. Nous ne leur demandons pas de renoncer à la sécurité de leurs frontières. Nous leur demandons d’appliquer leurs lois avec humanité lorsque des vies humaines sont en jeu », écrit-il.
Le débat intervient alors que la fin du TPS pour Haïti expose quelque 331.000 bénéficiaires à la possibilité d’une expulsion. La Cour suprême des États-Unis a autorisé en juin 2026 l’administration à mettre fin à la protection, tandis que la procédure judiciaire concernant cette décision se poursuit sur d’autres aspects.
L’évêque haïtien met en avant la situation sécuritaire du pays pour contester la perspective de retours massifs. Dans la nuit du 23 au 24 août, une attaque de gangs à Kenscoff, dans les hauteurs de Port-au-Prince, a fait au moins 47 morts, dont cinq enfants, et provoqué des enlèvements ainsi que de nouveaux déplacements de population, selon les Nations unies.
Mgr Dumas, qui se remet toujours en Floride d’une tentative d’assassinat perpétrée contre lui en Haïti en 2024, a également salué la démarche menée fin juillet à Washington par plusieurs responsables de l’Église catholique. Ceux-ci avaient rencontré des sénateurs américains afin de soutenir une proposition visant à prolonger de trois ans le TPS pour les bénéficiaires concernés.
L’appel du prélat intervient ainsi dans un contexte de fortes inquiétudes sur les conséquences humanitaires d’éventuels retours vers Haïti, alors que les autorités américaines maintiennent leur décision de mettre fin au dispositif de protection temporaire.
Le 5 août dernier, la COPAH avait fait la même démarche auprès de Donald Trump. La Conférence des Pasteurs Haïtiens (COPAH) a adressé une lettre pastorale ouverte au président américain Donald J. Trump pour lui demander de revenir sur la décision mettant fin au Statut de Protection Temporaire (TPS) accordé à environ 353 000 ressortissants haïtiens aux États-Unis.
Dans cette correspondance, la COPAH a dit vouloir attirer l’attention du chef de l’État américain sur les conséquences humaines, économiques et sécuritaires de cette décision, tout en reconnaissant le droit souverain des États-Unis de définir leur politique migratoire.
« Notre démarche ne procède ni d’une volonté de confrontation politique ni d’une remise en cause de la souveraineté des États-Unis. Elle s’inscrit dans notre mission spirituelle qui consiste à défendre la dignité humaine, protéger les plus vulnérables et rappeler, lorsque les circonstances l’exigent, les exigences de la justice, de la compassion et de la miséricorde », écrit l’organisation religieuse.
La COPAH a affirmé ne pas contester la compétence des autorités américaines en matière migratoire, ni les décisions judiciaires ayant permis l’application de la mesure. « Nous savons que votre administration a exercé les prérogatives que lui reconnaît la Constitution américaine et que la Cour suprême des États-Unis a ouvert la voie à l’application de la décision mettant fin au Statut de Protection Temporaire (TPS) accordé à environ 353 000 ressortissants haïtiens », souligne la lettre.
Toutefois, les responsables religieux ont estimé qu’une décision conforme au droit ne constitue pas nécessairement la seule option possible. « Dans toute démocratie, le droit fixe le cadre de l’action publique, mais la politique conserve toujours une marge d’appréciation permettant de tenir compte des réalités humaines, économiques et sécuritaires », ont-ils soutenu.

