GENÈVE (Suisse), samedi 14 février 2026 (RHINEW)- Le DCAF (Centre de Genève pour la gouvernance du secteur de la sécurité) met en garde contre le risque d’« effondrement » de l’État haïtien si des réformes structurelles du secteur de la sécurité ne sont pas engagées de manière coordonnée et durable, dans un rapport publié en 2025 à la demande de la Suisse, de la France et de l’Allemagne.
Intitulé « Éviter l’effondrement : évaluation du secteur de la sécurité en Haïti et perspectives pour de futurs programmes de gouvernance et de réforme du secteur de la sécurité », le document dresse un tableau alarmant d’un pays « ravagé par la violence armée perpétrée par des gangs criminels organisés responsables de violations flagrantes des droits humains », face à « une capacité étatique incapable de fournir une protection et une réparation minimales » .
Selon le rapport, l’érosion de la légitimité de l’État, combinée à l’absence d’élections depuis près d’une décennie, à la corruption institutionnalisée et à la faiblesse des institutions de sécurité, a créé « une occasion propice pour les gangs de tirer profit et de consolider leur pouvoir » . Les auteurs estiment qu’« environ 200 gangs opèrent en Haïti » et que ces groupes contrôlaient plus de 85 % de Port-au-Prince en 2024 .
Le DCAF souligne que la Police nationale d’Haïti (PNH), créée en 1995, n’a « jamais atteint les effectifs, les capacités techniques et le niveau de professionnalisme nécessaires pour remplir efficacement sa mission » . Les effectifs sont estimés à « 12 000 au maximum », dans un pays d’environ 12 millions d’habitants, soit « un ratio d’un policier pour 1 000 habitants », bien inférieur à la norme internationale de 2,2 .
Le rapport met également en garde contre la réduction envisagée de la formation de base des recrues, de six à trois mois, estimant que « des recrues mal formées peuvent devenir plus un handicap qu’un atout lors d’opérations réelles » . La combinaison de bas salaires et d’un contrôle interne insuffisant « risque d’entraîner un taux élevé de corruption » et d’aggraver « la vulnérabilité actuelle de la PNH face à l’infiltration de ses rangs par des acteurs criminels » .
Les Forces armées d’Haïti (FAd’H), recréées en 2017, ne comptent pour leur part qu’environ 1 000 membres, avec un objectif affiché de 5 000 à 10 000 à moyen terme, mais leur « capacité à contribuer au rétablissement de la sûreté et de la sécurité (…) reste extrêmement faible » .
Sur le plan international, le rapport analyse la transition de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) vers une Force de répression des gangs (FRG), autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 30 septembre 2025. Cette nouvelle force pourrait compter jusqu’à 5 550 membres, contre 2 500 initialement prévus pour la MSS . Elle est habilitée à mener « des opérations ciblées contre les gangs, de manière indépendante ou en coopération avec la PNH et les FAd’H » .
Le DCAF insiste toutefois sur le fait que « le test décisif » d’une telle résolution résidera dans sa mise en œuvre concrète et dans sa capacité à produire des résultats légitimes aux yeux de la population haïtienne . Les auteurs estiment que la réussite dépendra notamment de la coordination entre les acteurs internationaux et nationaux, de l’opérationnalisation rapide de la force et d’un investissement réel dans le renforcement durable des capacités haïtiennes .
Au-delà de la réponse sécuritaire immédiate, le rapport plaide pour un passage « de la réactivité à la prévention » grâce à une véritable culture de planification stratégique au sein des institutions de sécurité . Il recommande également la réactivation d’un Conseil national de sécurité et une révision du système national de sécurité et de défense, en lien avec un éventuel processus de révision constitutionnelle .
Le DCAF appelle enfin à des « investissements complémentaires dans la consolidation de la paix », notamment à travers des programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), de réduction de la violence communautaire (RVC) et de dialogue sociétal pour rompre les cycles de violence et d’impunité .
La cartographie de l’aide internationale entre 2020 et 2025 montre que la gestion et la réforme du système de sécurité figurent parmi les secteurs les plus soutenus, mais que l’appui aux mécanismes de gouvernance, d’audit, de médiation et de contrôle externe demeure limité . Le rapport conclut qu’un meilleur équilibre entre efficacité opérationnelle et gouvernance démocratique du secteur de la sécurité est indispensable pour éviter l’effondrement redouté et jeter les bases d’une paix durable.

