Haïti : le bras de fer entre le CPT et la Primature illustre une érosion de la souveraineté nationale, selon Sonet Saint-Louis…

Sonet Saint-Louis, Avocat

PORT-AU-PRINCE, vendredi 23 janvier 2026 (RHINEWS)- Le conflit ouvert entre le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le gouvernement de facto dirigé par le Premier ministre Didier Alix Fils-Aimé traduit « un basculement politique majeur » et « l’effritement total de la souveraineté nationale » d’Haïti, estime l’avocat et constitutionnaliste Sonet Saint-Louis dans une analyse rendue publique vendredi.

Selon M. Saint-Louis, la crise actuelle, à la fois politique et institutionnelle, met en lumière l’intervention croissante de la communauté internationale dans le débat national. « Dans cette lutte acharnée entre le CPT et la Primature, la communauté internationale, à travers certaines ambassades de grandes puissances occidentales en Haïti, s’invite ouvertement dans le débat national », écrit-il, dénonçant une dépendance structurelle qui affaiblit la capacité de décision interne du pays.

L’universitaire estime que cette situation est largement imputable aux élites haïtiennes. « Je ne soutiens pas l’intervention étrangère dans les affaires nationales. Toutefois, ce sont les élites haïtiennes, incompétentes et irresponsables, qui acceptent de transférer des missions régaliennes à des puissances étrangères », affirme-t-il, ajoutant que « des élites sérieuses ne délèguent jamais leurs responsabilités nationales ».

Sonet Saint-Louis soutient que, faute d’autogestion, Haïti a perdu les attributs essentiels de son indépendance. « Les décisions concernant Haïti sont-elles prises en Haïti, au Palais national ? La réponse est non », avance-t-il, estimant que « le rôle assigné à Haïti est décidé à Washington, Ottawa et Paris ».

Sur le plan institutionnel, l’analyste considère que le CPT dispose de la compétence pour mettre fin aux fonctions du Premier ministre. « Le CPT peut renvoyer le Premier ministre. C’est de cette instance que Didier Alix Fils-Aimé tire son autorité », soutient-il, rappelant qu’en l’absence de Parlement et de président élu, le chef du gouvernement se trouve « dans une situation de subordination » vis-à-vis du Conseil présidentiel de transition.

Il reconnaît toutefois que le pays évolue dans un cadre juridique fragile. « Il n’y a rien de légal aujourd’hui. Nous sommes plongés dans un bricolage juridique mal fabriqué », écrit-il, tout en soulignant que le CPT demeure une instance collégiale fondée sur le principe de solidarité majoritaire. À ce titre, il juge « logiques et compréhensibles » les positions exprimées par les ambassades américaine et canadienne, qui ont mis en garde contre les risques d’une décision majeure à l’approche de la fin du mandat du CPT, sans pour autant leur reconnaître un pouvoir de blocage.

À l’approche de l’échéance du 7 février 2026, Sonet Saint-Louis estime qu’il n’y a « rien à négocier » en dehors de l’organisation de la passation du pouvoir. Il appelle à un sursaut national fondé sur « l’intégrité, le patriotisme et la compétence », qu’il qualifie de « seul véritable atout » du pays.