Haïti – Fête du drapeau et de l’Université : le gouvernement et l’UEH appellent à l’unité nationale, à la refondation éducative et à une réponse ferme à l’insécurité…

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PORT-AU-PRINCE, lundi 18 mai 2026 (RHINEWS) – Le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vigionet Démérite, ainsi que le recteur de l’Université d’État d’Haïti, Dieuseul Prévilus, ont appelé à l’unité nationale, à la valorisation du savoir, à la réforme éducative et au rétablissement de la sécurité, à l’occasion de la célébration de la fête du drapeau et de l’Université organisée au Palais national.

Dans plusieurs interventions prononcées lors de cette double commémoration du 18 mai, les responsables ont mis l’accent sur la nécessité de renforcer les institutions, de promouvoir l’éducation et de restaurer la stabilité dans un contexte de crise multidimensionnelle marquée notamment par l’insécurité et les difficultés socio-économiques.

Prenant la parole devant des représentants de l’État, des responsables éducatifs et des membres de la communauté universitaire, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a salué la résilience de l’université haïtienne malgré les difficultés actuelles.

« Malgré les épreuves, vous avez maintenu vivante la flamme sacrée du savoir. Malgré les douleurs persistantes, vous avez toujours répondu présent. Malgré les difficultés, l’université haïtienne reste debout. La nation vous dit merci », a déclaré le chef du gouvernement à l’adresse des recteurs, doyens, professeurs et étudiants.

Évoquant la création du drapeau haïtien le 18 mai 1803 à l’Arcahaie, il a rendu hommage aux figures de l’indépendance, notamment Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Henri Christophe, Alexandre Pétion et Capois-la-Mort, ainsi qu’aux héroïnes de la révolution haïtienne, dont Catherine Flon, Cécile Fatiman et Sanité Bélair.

« Le bleu et le rouge ne sont pas de simples couleurs. Ils portent la mémoire du sacrifice, l’espérance d’un peuple et notre vérité fondatrice : l’union fait la force », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a également insisté sur le rôle stratégique du savoir et de l’université dans l’avenir du pays face aux transformations technologiques mondiales. « L’avenir de notre pays se bâtira par le savoir, par l’intelligence collective et par l’engagement sacré de chaque fils et de chaque fille de cette nation », a-t-il soutenu, estimant qu’Haïti « ne peut rester en marge » des mutations liées à l’innovation scientifique et à l’intelligence artificielle.

Passant au créole pour s’adresser directement à la population, M. Fils-Aimé a dénoncé les divisions internes et plaidé pour un sursaut collectif. « Le pays a besoin de nos forces pour construire, pas pour détruire », a-t-il lancé, rappelant que « ce n’est pas la division qui a bâti le pays », mais « le courage, la vision et l’unité ».

Le chef du gouvernement a également appelé les acteurs politiques et la population à renouer avec « l’esprit du Congrès de l’Arcahaie », qu’il a présenté comme un modèle historique d’unité nationale.

« Nous voulons construire un seul pays, sous un seul drapeau. Nos chemins peuvent être différents, mais nos destins sont liés pour toujours », a déclaré M. Fils-Aimé, soulignant que « c’est dans la diversité que la nation trouve sa force » et « dans l’unité et la stabilité qu’elle trouve sa dignité ».

« Au moment du Congrès de l’Arcahaie, nos ancêtres ont dépassé les divisions et les intérêts personnels. Ils ont choisi Haïti », a-t-il poursuivi, estimant que le drapeau national représente « non seulement un symbole, mais aussi une promesse : celle que l’unité demeure notre plus grande force ».

Dans un appel adressé à la classe politique, le Premier ministre a exhorté les dirigeants à abandonner les pratiques ayant alimenté les crises successives du pays. « Nous, les acteurs politiques, devons divorcer d’avec les anciennes pratiques. Mettons Haïti au premier plan et choisissons la voie de la démocratie », a-t-il déclaré, invitant les partis à mener leurs campagnes « dans le respect » afin que les élections puissent se dérouler « dans la paix et la sécurité ».

Sur le terrain sécuritaire, M. Fils-Aimé a promis de poursuivre les opérations contre les groupes armés qui contrôlent plusieurs zones du pays. « Nous allons démanteler les gangs, reprendre les territoires et préparer le pays pour les élections », a-t-il affirmé.

Le Premier ministre a également assuré que les scrutins se tiendraient malgré les tensions actuelles. « Les élections auront lieu coûte que coûte. Personne ne sèmera le doute et la confusion pour continuer à régler ses propres affaires », a-t-il déclaré.

Reconnaissant les défis liés à l’insécurité, il a toutefois souligné que « sans sécurité, il ne peut y avoir d’élections sérieuses » et qu’« sans justice, il ne peut y avoir de démocratie durable ».

Réaffirmant une ligne dure face aux groupes criminels, le chef du gouvernement a martelé : « Nous ne négocierons pas avec les gangs, nous ne pactiserons pas avec les criminels. Zéro tolérance pour le crime », ajoutant que « chaque assassin devra répondre de ses actes conformément à la loi ».

S’adressant aux jeunes impliqués dans les violences armées, il a estimé qu’ils « trahissent le sang versé pour la liberté » et portent atteinte à « la dignité de tout un peuple ».

« Haïti mérite la lumière, le respect et un avenir où ses enfants pourront vivre sous le règne de la loi, de la justice et de la dignité », a conclu M. Fils-Aimé, avant de lancer : « Vive le drapeau bleu et rouge. Honneur et respect à nos ancêtres. Vive Haïti. »

Intervenant à son tour, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vigionet Démérite, a appelé à une « refondation en profondeur » du système éducatif haïtien et à l’émergence d’« une véritable conscience nationale ».

« Célébrer le 18 mai au Palais national, c’est raviver la flamme d’un contrat social sacré scellé il y a 223 ans à l’Arcahaie. C’est honorer l’acte fondateur par lequel nos ancêtres ont arraché la liberté », a déclaré le ministre, ajoutant que « notre souveraineté a été payée au prix du sang, du génie militaire et d’un esprit d’abnégation qui doit, aujourd’hui encore, inspirer nos actions publiques ».

Le titulaire du ministère de l’Éducation a également rappelé que la dimension universitaire de cette célébration avait été institutionnalisée en 1920 par Dantès Bellegarde dans le contexte de l’occupation américaine d’Haïti.

« Le 18 mai est la fête du drapeau, mais elle est aussi, de manière indissociable, la fête de l’université au sens large du terme », a-t-il affirmé, estimant que cette « double sémantique » constitue « une construction historique majeure ».

Dans son discours, le ministre a détaillé plusieurs orientations de la politique éducative gouvernementale, mettant notamment l’accent sur la transformation numérique du système scolaire.

Selon lui, cette stratégie repose sur « trois phases : l’accès à la technologie, l’utilisation du numérique et le développement des compétences numériques des cadres du ministère, des enseignants, des élèves et des étudiants ».

Le ministre a également annoncé que la santé mentale et le soutien psychosocial deviendraient « une priorité absolue au sein des écoles », en raison des traumatismes subis par de nombreux élèves, enseignants et étudiants dans le contexte de crise actuel.

« Cet accompagnement humain est indissociable de notre nouveau curriculum, qui intègre de manière obligatoire l’éducation citoyenne pour raviver le civisme, ainsi que l’éducation financière pour doter nos futurs cadres des compétences économiques indispensables à leur autonomie », a-t-il poursuivi.

Estimant qu’aucune réforme éducative ne saurait aboutir sans changement profond des mentalités, Vigionet Démérite a plaidé pour « une révolution des esprits » afin de sortir le pays de l’impasse socio-économique.

« L’école haïtienne ne doit plus se contenter de délivrer des diplômes », a soutenu le ministre, appelant à une mobilisation collective autour de la réforme éducative.

Dans la dernière partie de son intervention, prononcée en créole, il a lancé un appel aux syndicats d’enseignants afin de maintenir le dialogue social en vue de la valorisation de la fonction enseignante. Il a également invité les maisons d’édition à adapter les manuels scolaires au nouveau curriculum appelé à être déployé dans les prochains mois.

Le ministre a par ailleurs exhorté les parents et les enseignants à faire des salles de classe « des espaces de discipline, d’équilibre émotionnel et d’abnégation », tout en demandant aux partenaires techniques et financiers de continuer à soutenir les projets liés notamment à la technologie et à l’électrification des écoles.

Le recteur de l’Université d’État d’Haïti, Dieuseul Prévilus, a pour sa part plaidé pour une valorisation du savoir, de la recherche et de l’innovation comme piliers du développement national et de la souveraineté haïtienne.

Dans son discours, il a rappelé la portée historique de la bataille des drapeaux dans la construction de la nation haïtienne, estimant que cet épisode symbolisait « la volonté d’un peuple uni dans sa résolution de défendre sa liberté et sa souveraineté ».

Selon lui, la célébration conjointe du drapeau et de l’Université traduit également l’importance accordée au savoir dans le projet national haïtien.

« Pour les fondateurs de la nation, le savoir représentait une véritable arme de libération nationale », a-t-il déclaré, ajoutant que « l’université demeure un bastion de la souveraineté nationale ».

Le recteur a souligné que cette mission revêt aujourd’hui « une force et une urgence particulières » dans un contexte marqué par la crise multidimensionnelle que traverse Haïti.

Selon lui, le pays doit « reconstruire les fondements mêmes de sa capacité à vivre ensemble, à se protéger et à répondre collectivement aux besoins essentiels de la nation ».

Présentant l’université comme « une force intellectuelle patriotique », il a insisté sur son rôle dans la production du savoir, la formation de cadres compétents et la critique constructive des politiques publiques.

« L’université représente un engagement lucide dans la production du savoir et dans la formation de cadres capables de répondre aux problèmes du pays », a soutenu le responsable universitaire.

Le recteur a également rendu hommage aux enseignants haïtiens, saluant leur engagement malgré des conditions difficiles.

« Malgré des conditions souvent précaires, malgré les menaces extérieures et l’insuffisance des ressources, ils continuent de transmettre le savoir et de former les générations qui porteront demain l’avenir et le destin de la patrie », a-t-il affirmé.

Dieuseul Prévilus a par ailleurs insisté sur les responsabilités de la communauté universitaire dans la vie démocratique nationale, évoquant « le devoir de présence citoyenne dans les espaces démocratiques ».

« La démocratie haïtienne ne survivra pas si les plus instruits de ses enfants s’en désintéressent », a-t-il averti.

Le recteur a également appelé les universitaires à renforcer leur contribution à l’élaboration de politiques publiques adaptées aux réalités du pays, tout en encourageant l’innovation et la solidarité avec les communautés locales, les entrepreneurs et les agriculteurs.

Abordant enfin la question de l’économie du savoir, il a estimé que les nations prospères du XXIe siècle sont celles qui ont su « transformer leur capital humain en moteur de croissance » et « leur capacité d’innovation en levier de développement ».

« L’État haïtien doit impérativement placer le savoir, la recherche et l’innovation au cœur de sa stratégie nationale de développement », a conclu le recteur de l’Université d’État d’Haïti.