Haïti et Gaza parmi les crises mises en avant alors que l’ONU enregistre un nombre record de violations graves contre les enfants en 2025…

Les membres du Conseil de Securite de l'ONU en reunion...

NEW YORK, mercredi 24 juin 2026 (RHINEWS) – Les Nations Unies ont enregistré en 2025 un niveau sans précédent de violences graves commises contre des enfants dans les zones de conflit, avec 38 558 violations vérifiées touchant 24 174 mineurs à travers le monde. Réuni mercredi en débat public sur les enfants et les conflits armés, le Conseil de sécurité a été alerté sur une dégradation continue de la situation, notamment en Haïti, dans la bande de Gaza, au Soudan, en République démocratique du Congo et dans plusieurs autres théâtres de guerre.

Selon le rapport annuel présenté par la Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Vanessa Frazier, les violations recensées comprennent des meurtres, mutilations, recrutements forcés, enlèvements, violences sexuelles, attaques contre les écoles et les hôpitaux ainsi que des entraves à l’accès humanitaire.

« L’inaction n’est pas le résultat de l’ignorance. C’est un choix politique délibéré », a déclaré Mme Frazier devant les quinze membres du Conseil.

Pour la première fois depuis la création du mécanisme onusien de surveillance il y a trente ans, les forces gouvernementales ont été responsables d’un plus grand nombre de violations graves contre les enfants que les groupes armés non étatiques. Selon les Nations Unies, elles ont notamment été impliquées dans la majorité des cas d’enfants tués ou mutilés, dans des attaques contre des établissements scolaires et sanitaires ainsi que dans des restrictions à l’acheminement de l’aide humanitaire.

« Lorsque les États deviennent les principaux auteurs de violations contre les enfants, cela révèle un mépris profond du droit international humanitaire et des droits humains », a averti Vanessa Frazier. « Les générations futures nous jugeront sur cet effondrement de notre humanité collective. »

Le débat s’est tenu alors qu’une commission d’enquête indépendante mandatée par le Conseil des droits de l’homme a récemment accusé Israël de cibler délibérément des enfants palestiniens dans la bande de Gaza. Selon l’UNICEF, plus de 260 enfants y ont été tués depuis la reprise des hostilités à l’automne 2025.

Les responsables onusiens ont également mis en garde contre l’impact croissant des armes explosives utilisées dans des zones densément peuplées. Près de 70 % des enfants tués ou blessés en 2025 l’ont été à la suite de bombardements ou d’explosions. Les destructions d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures essentielles aggravent durablement les conséquences des conflits sur les populations civiles.

La directrice générale de l’UNICEF, Catherine Russell, a souligné que l’évolution des technologies militaires, notamment l’utilisation accrue des drones et de systèmes autonomes, modifie profondément l’expérience des enfants vivant dans les zones de guerre.

« À mesure que la nature de la guerre évolue, notre engagement à protéger les enfants doit, lui, rester inébranlable », a-t-elle déclaré. « Nous devons veiller à ce que les garanties destinées à les protéger soient préservées. »

Les Nations Unies ont également recensé plus de 8 300 incidents ayant entravé l’accès de l’aide humanitaire au cours de l’année écoulée. Des convois ont été bloqués, des opérations de secours attaquées et plus de 325 travailleurs humanitaires ont perdu la vie.

« Quand l’aide est bloquée, les enfants meurent », a affirmé Vanessa Frazier. « Quand les convois sont attaqués, les enfants ont faim. Quand les travailleurs humanitaires sont tués, les enfants sont privés de vaccination, de soutien psychologique, d’école et d’espoir. »

La violence sexuelle demeure également une préoccupation majeure. L’ONU a vérifié 1 783 cas de viols et autres violences sexuelles commis contre des enfants en 2025, tandis que 3 176 mineurs ont subi simultanément plusieurs violations graves.

Le cas d’Haïti a occupé une place particulière lors du débat. Invité à intervenir devant le Conseil de sécurité, le directeur de Plan International Haïti, Prospery Raymond, a rappelé les conséquences de l’insécurité sur les enfants vivant dans les zones sous l’influence de groupes armés.

« Derrière chaque chiffre se cache une histoire », a-t-il déclaré.

Pour illustrer cette réalité, il a lu le témoignage d’Aïssa, une jeune Haïtienne déplacée par la violence des gangs armés.

« Avant que la violence ne bouleverse ma vie, j’allais à l’école, je passais du temps avec mes amis et je rêvais de mon avenir dans mon pays. Puis tout a changé. Des gangs ont attaqué ma communauté. Des personnes ont été tuées. Notre maison a été incendiée. Nous avons dû fuir pour sauver nos vies. […] Aucun enfant ne devrait avoir à vivre ainsi », a-t-elle témoigné.

La jeune fille a également lancé un appel à la protection des établissements scolaires. « Protégez les écoles afin qu’elles restent des lieux d’apprentissage, et non des lieux de conflit. […] Sans sécurité, les enfants ne peuvent pas apprendre. Sans éducation, ils ne peuvent pas réaliser leur potentiel. Sans espoir, c’est toute une génération qui risque d’être abandonnée. »

Malgré l’ampleur de la crise, les Nations Unies ont souligné certaines avancées. Plus de 13 000 enfants ont été séparés de forces ou groupes armés en 2025 et ont bénéficié de programmes de réinsertion. Plusieurs États et acteurs armés ont également adopté ou renforcé des plans d’action avec les Nations Unies pour prévenir les violations.

Pour Catherine Russell, ces résultats démontrent que les mécanismes internationaux de protection restent efficaces lorsqu’ils bénéficient d’un soutien politique suffisant. Elle a toutefois mis en garde contre les réductions de financement qui affectent les opérations humanitaires.

« Personne ne peut prétendre qu’il ne sait pas ce qui se passe », a-t-elle déclaré, appelant les États à renoncer aux transferts d’armes « lorsqu’il existe un risque manifeste qu’elles puissent servir à commettre ou faciliter des violations graves contre des enfants ».

Trente ans après la création du mandat onusien consacré aux enfants et aux conflits armés, les responsables des Nations Unies estiment que les mécanismes de surveillance et de documentation n’ont jamais été aussi développés. Toutefois, malgré l’identification des responsables et l’accumulation des preuves, les violations graves contre les enfants continuent d’atteindre des niveaux records, faisant de cette question l’une des principales préoccupations humanitaires examinées par le Conseil de sécurité.