Haïti – Des organisations de la société civile exige un processus constitutionnel inclusif et légitime au IIIe Forum national…

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PORT-AU-PRINCE, lundi 23 juin 2025 (RHINEWS) — La société civile haïtienne a saisi l’occasion du IIIe Forum national organisé à Port-au-Prince ce jeudi pour exprimer, d’une seule voix, ses inquiétudes, ses exigences et ses recommandations à l’égard du processus constitutionnel en cours. Dans une déclaration solennelle, le Dr Charles Tardieu, s’adressant aux représentants du Conseil présidentiel de transition, du gouvernement, des Nations unies, de l’OEA, aux chefs d’institutions et aux organisations de la société civile tant de l’intérieur que de la diaspora, a souligné l’urgence d’une démarche réellement participative et ancrée dans les aspirations populaires.

« Votre présence, en ces lieux, confère à cette assemblée toute sa portée citoyenne et tout son sens politique, particulièrement en ces temps difficiles pour notre pays, mais également en ces moments de grandes opportunités », a déclaré Dr Tardieu, saluant la tenue de ce forum organisé par le Volontariat pour le Développement d’Haïti (VDH), qu’il a qualifié d’espace fondamental de dialogue national.

Revenant sur les consultations organisées ces derniers mois dans les dix départements du pays ainsi que dans la diaspora — aux États-Unis, au Canada, en République dominicaine, en Europe, au Chili et au Brésil — il a expliqué que de nombreuses organisations de base, des regroupements communautaires, des personnalités du secteur vaudou, des collectifs comme l’AEOSC, le FONSOC, ou encore le Forum haïtien pour la paix et le développement durable ont activement participé à l’élaboration d’une synthèse de propositions et de critiques sur l’avant-projet de Constitution.

Rappelant que la Constitution est la « manman lwa » d’un pays, le texte fondamental qui définit l’organisation des pouvoirs, les droits des citoyens et les rapports entre les institutions, Dr Tardieu a insisté sur l’importance d’un large consensus autour de son élaboration. « Yon nouvo konstitisyon se yon opòtinite pou fè parèt yon nouvo sosyete ki pi jis ak pi ekitab », a-t-il affirmé, ajoutant que seule une participation massive des citoyens et citoyennes à son élaboration pourrait garantir son acceptation et sa légitimité. De nombreuses voix consultées ont exprimé le souhait clair de voir une Assemblée constituante chargée de piloter un processus national transparent et démocratique.

Les points soulevés lors des consultations portent sur plusieurs thématiques majeures. Dans le domaine de la vie publique, les participants ont proposé le retour aux couleurs noir et rouge du drapeau national, l’adoption exclusive du créole comme langue officielle, la réduction des privilèges accordés aux élus et la nécessité d’instaurer des critères académiques pour l’accès aux fonctions électives, notamment l’âge minimum de 25 ans. Plusieurs intervenants ont aussi plaidé pour l’instauration d’un Conseil électoral de dix ans renouvelable sur la base de l’évaluation, la limitation du nombre de partis politiques, et la possibilité d’un second mandat présidentiel consécutif sous condition d’un bilan positif — sans possibilité d’amender la Constitution durant le mandat.

Dans le secteur éducatif, les consultations ont exigé une refonte en profondeur du système, la laïcité des institutions académiques, une plus grande adéquation entre la formation et le développement économique du pays, ainsi que l’attribution d’un pourcentage fixe du PIB à l’éducation pendant au moins 15 ans. Les enseignants devraient bénéficier de meilleurs avantages sociaux et l’enseignement devrait être débarrassé de toute discrimination de genre.

Concernant les collectivités territoriales, la majorité des participants a rejeté l’idée de gouverneurs départementaux et appelé au renforcement de la décentralisation et de la déconcentration. Ils ont insisté pour que l’État central respecte ses obligations envers les citoyens sur l’ensemble du territoire national et dans la diaspora. Une réforme de la structure CASEC-ASEC a aussi été évoquée, visant à fusionner les deux fonctions.

S’agissant des institutions, les recommandations vont dans le sens d’un rééquilibrage des pouvoirs avec une indépendance effective du judiciaire, l’intégration systématique de jeunes issus des écoles et universités dans l’administration publique, et la possibilité d’organiser des élections anticipées dans certaines circonstances. Plusieurs participants ont appelé à rétablir la peine de mort pour certains crimes graves, tels que les meurtres, la haute trahison ou le détournement de fonds publics.

Le processus électoral devrait être intégralement national, strict dans ses critères d’éligibilité, à l’abri de toute ingérence étrangère. Tous les postes de direction doivent être issus d’un processus électif.

Une attention particulière a été portée aux droits et à la place de la diaspora. « Moun ki fèt lòtbò dlo men ki gen san ayisyen pa gen okenn rezon pou yo pèdi nasyonalite yo », a affirmé un représentant. Il a été rappelé que le droit du sang est reconnu par la Constitution de 1987, et que le concept même de renonciation à la nationalité n’existe pas dans la législation haïtienne. Les contributions économiques, sociales et politiques de la diaspora appellent une pleine intégration dans le processus constitutionnel, avec les mêmes droits et devoirs que ceux vivant sur le territoire.

En conclusion, le Dr Tardieu a souligné que la majorité des voix entendues juge le processus en cours illégitime et inopportun. « Li pa gen serenite ki nesesè pou mennen yon tel demach nan peyi a jodi a », a-t-il déclaré. Le rejet s’appuie sur l’absence de débat de fond à tous les niveaux de la société, l’exclusion des secteurs sociaux marginalisés, le manque de pédagogie et l’opacité des procédures actuelles. Il appelle à « pran tan pou nou reflechi pi fon », pour éviter de perpétuer les crises et faire émerger un texte qui reflète réellement la volonté collective.

Le VDH a remercié toutes les organisations et individus ayant contribué à enrichir les discussions, tout en espérant que les ateliers à suivre permettront aux représentations citoyennes de formuler des résolutions claires, orientées vers une transition constitutionnelle légitime, durable et résolument démocratique.