Fils-Aimé affirme des gains sécuritaires et défend une stratégie combinant force, justice et réinsertion face aux gangs…

Alix Didier Fils-Aime, Premier d'Haiti...

PORT-AU-PRINCE, samedi 2 mai 2026 (RHINEWS) Le Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé a affirmé que les forces de sécurité nationales, appuyées par une force internationale, ont commencé à reprendre l’initiative face aux groupes armés, tout en reconnaissant la persistance d’une grave crise sécuritaire et humanitaire, lors d’un entretien accordé à CNN avec la journaliste Christiane Amanpour.

« Nous avons le soutien de la force GSF, de la police nationale et des forces armées haïtiennes pour restaurer la sécurité », a-t-il déclaré, ajoutant que « pour la première fois depuis 2021, les gangs sont sur la défensive » dans certaines zones de la capitale. Il a indiqué que des opérations récentes ont permis de reprendre le contrôle de plusieurs secteurs de Port-au-Prince auparavant dominés par des groupes armés, tout en reconnaissant que la situation demeure instable dans la zone métropolitaine.

Le chef du gouvernement a décrit une crise alimentée, selon lui, par des réseaux criminels transnationaux. « Ce que nous affrontons n’a pas d’idéologie. C’est de la criminalité pure, alimentée par le trafic d’armes et de drogue », a-t-il affirmé, évoquant également la fragilité historique des institutions de l’État. Il a toutefois précisé que la violence ne touche pas l’ensemble du territoire. « Haïti compte dix départements. Trois seulement sont affectés par la violence des gangs. Dans les autres, la vie continue normalement », a-t-il soutenu.

Sur le plan sécuritaire, il a annoncé le recrutement de 4 000 policiers supplémentaires afin de renforcer les capacités opérationnelles des forces de l’ordre, estimant que les effectifs actuels restent insuffisants face à l’ampleur des violences. « Nous n’avions pas assez d’effectifs pour faire face à l’insurrection des gangs », a-t-il expliqué.

Abordant les causes structurelles de la crise, Fils-Aimé a mis en avant la question de l’impunité et de la pauvreté. « L’impunité est généralisée », a-t-il déclaré, ajoutant que deux projets de loi sur les crimes de masse et les crimes financiers ont été adoptés pour renforcer le système judiciaire.

Il a également plaidé pour une transformation du modèle économique. « Nous devons passer de l’aide au commerce, car lorsque les armes se taisent, les emplois doivent suivre », a-t-il affirmé, estimant que le manque d’opportunités économiques favorise le recrutement des jeunes par les gangs.

Concernant la migration, il a reconnu que d’éventuels retours massifs de ressortissants haïtiens depuis l’étranger pourraient aggraver les difficultés internes. « Cela compliquerait la situation, mais chaque pays a sa politique migratoire », a-t-il déclaré, à propos des discussions sur le statut de protection temporaire accordé à des Haïtiens aux États-Unis.

Le Premier ministre a souligné que de nombreux membres des groupes armés sont très jeunes. « Certains ont été forcés, d’autres ont rejoint ces groupes par manque d’opportunités », a-t-il dit, précisant qu’environ 50 % des membres de gangs ont entre 13 et 18 ans, tandis que près de 1,5 million d’enfants sont privés d’accès à l’éducation.

Dans ce contexte, il a annoncé la relance de la Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion, chargée de récupérer les armes et de faciliter la réintégration sociale des jeunes. « Nous prenons des enfants de 13 à 18 ans pour les ramener à une vie normale », a-t-il affirmé, rappelant que « la jeunesse est l’avenir d’Haïti ».

Interrogé sur les critiques relatives aux opérations sécuritaires dans des zones densément peuplées, notamment l’usage de drones, il a reconnu que « toute mort, qu’il s’agisse d’un membre de gang ou d’un civil, est une mort de trop ». Il a toutefois rejeté l’idée de négociations directes avec les groupes armés, décrivant une stratégie articulée autour de trois piliers : la force, la justice et la réinsertion.

« Le premier est la force — la police, l’armée. Le second est la justice, pour que les financeurs et participants soient tenus responsables. Et le troisième est la réinsertion, pour donner aux jeunes de vraies compétences et des opportunités », a-t-il détaillé.

La situation humanitaire reste préoccupante, notamment pour les femmes et les enfants, principales victimes des violences. L’organisation Médecins Sans Frontières a signalé une augmentation marquée des cas de violences sexuelles, avec environ 250 admissions mensuelles dans ses structures. « Les gangs abusent des femmes, utilisent les enfants comme boucliers humains et brûlent tout sur leur passage », a déclaré le Premier ministre, assurant que les autorités agissent « dans le respect des droits humains internationaux ».

Sur le plan politique, le gouvernement maintient son objectif d’organiser des élections d’ici la fin de l’année, malgré un contexte d’insécurité persistante depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021.

Dans un registre plus symbolique, Fils-Aimé a salué la qualification historique de la sélection nationale pour la Coupe du monde, une première depuis plus de cinq décennies, y voyant un facteur d’unité nationale. « C’est une source de fierté et une opportunité de montrer aux jeunes qu’il existe une alternative aux gangs », a-t-il déclaré, appelant à « se rassembler pour un avenir meilleur ».

Malgré les risques liés à ses fonctions, il a affirmé rester déterminé. « Je suis inquiet, mais pas effrayé. C’est un combat nécessaire pour reprendre Haïti », a-t-il conclu.