Evalière Beauplan appelle le gouvernement haïtien à agir pour les Haïtiens menacés d’expulsion aux États-Unis…

Evalière Beauplan,ancien senateur de la Republique...

PORT-AU-PRINCE, samedi 8 août 2026 (RHINEWS)– L’ancien sénateur haïtien Evalière Beauplan a appelé le gouvernement haïtien à intensifier ses démarches diplomatiques et juridiques en faveur des quelque 350 000 Haïtiens dont la situation migratoire aux États-Unis est devenue incertaine, notamment les bénéficiaires du Statut de protection temporaire (TPS) et du programme de libération conditionnelle humanitaire.

Dans une déclaration présentée comme une « SOS pour nos 350 000 compatriotes en situation délicate aux États-Unis », M. Beauplan estime que le sort de ces ressortissants doit constituer une priorité pour les autorités haïtiennes. « Trois cent cinquante mille vies humaines ne sont ni une simple statistique, ni une variable d’ajustement », affirme-t-il.

Selon l’ancien parlementaire, l’État haïtien doit assumer davantage son rôle de protection des ressortissants haïtiens à l’étranger. Il considère que le silence des autorités face aux difficultés rencontrées par les Haïtiens aux États-Unis ne peut plus être justifié par la prudence diplomatique. « Le silence des autorités haïtiennes n’est pas une simple réserve diplomatique : une forme extrême de retenue, de tact ou de prudence verbale, c’est une complicité tacite », soutient-il.

M. Beauplan affirme que l’inaction des autorités pourrait également affecter la crédibilité de l’État haïtien. « La population interprète l’inaction comme un accord secret. L’État perd sa crédibilité lorsqu’il ne défend pas les victimes », déclare-t-il, estimant que l’absence de réaction pourrait aussi encourager les auteurs d’« infractions » à poursuivre leurs actions.

L’ancien sénateur insiste par ailleurs sur le statut des Haïtiens bénéficiant du TPS et de la libération conditionnelle humanitaire. « Les Haïtiens bénéficiaires du TPS et du programme de Libération Conditionnelle Humanitaire (programme Biden) ne sont pas des clandestins », affirme-t-il.

Il rappelle que ces migrants ont, selon lui, utilisé des mécanismes mis en place par les autorités américaines et engagé des dépenses importantes pour accomplir les démarches nécessaires. « Ces femmes et ces hommes ont fait le choix de la procédure légale en remplissant toutes les conditions exigées par les autorités de l’immigration », souligne-t-il.

M. Beauplan évoque également les sacrifices consentis par certaines familles haïtiennes pour financer leur départ vers les États-Unis. Selon lui, des familles auraient vendu des terres et du bétail afin de réunir les ressources nécessaires aux démarches administratives, aux frais liés au voyage et au déplacement.

Il estime que ces sacrifices rendent particulièrement préoccupante la perspective d’un retour forcé en Haïti. « Aujourd’hui, ces citoyens paisibles se retrouvent menacés d’expulsion, piégés comme des cobayes dans une bataille géopolitique et électorale opposant les factions politiques américaines », affirme-t-il.

L’ancien parlementaire interroge également la cohérence des politiques migratoires américaines à l’égard de personnes entrées dans le pays dans le cadre de procédures autorisées. « Comment peut-on inviter des gens à entrer légalement sur un territoire pour ensuite tenter de les chasser comme des criminels, sans qu’ils n’aient commis la moindre infraction ? », demande-t-il.

Face à cette situation, M. Beauplan appelle les autorités haïtiennes à adopter une position plus active auprès de Washington. Il estime que le gouvernement ne peut « prétendre diriger un pays tout en laissant ses enfants se faire piétiner à l’extérieur ».

Il demande notamment au ministère haïtien des Affaires étrangères et aux représentations diplomatiques haïtiennes aux États-Unis d’engager des démarches auprès des institutions américaines. Parmi les actions proposées figurent des initiatives juridiques, un plaidoyer auprès du Congrès américain, notamment auprès du Congressional Black Caucus, ainsi que des contacts avec des élus favorables à la cause haïtienne et les tribunaux fédéraux.

M. Beauplan souhaite également que la question soit portée devant les organisations internationales. Il appelle Haïti à « porter la voix d’Haïti devant l’OEA et l’ONU pour dénoncer le risque de crise humanitaire majeure qu’entraîneraient des déportations massives ».

Il estime que les autorités haïtiennes doivent faire preuve de davantage de fermeté dans leurs relations avec Washington lorsque les intérêts des ressortissants haïtiens sont en jeu. « Lorsque des relations bilatérales se détériorent, rester les bras croisés est une faute », affirme-t-il, appelant Haïti à démontrer qu’elle connaît les principes du droit international et peut défendre ses intérêts « avec fermeté et dignité ».

Pour l’ancien sénateur, la protection des ressortissants constitue un enjeu de souveraineté et de crédibilité nationale. « La dignité d’une nation se mesure à la manière dont elle défend ses ressortissants », déclare-t-il.

Evalière Beauplan, également coordonnateur du MOLHA, conclut en appelant l’État haïtien à adopter une position commune sur le dossier migratoire. « Il est temps que l’État haïtien se lève, parle d’une seule voix et exige pour ses citoyens le respect qu’ils ont dignement mérité », affirme-t-il.