Des organisations haïtiennes dénoncent un « Pacte pour la stabilité et les élections » qu’elles jugent illégal et téléguidé de l’étranger…

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PORT-AU-PRINCE, jeudi 26 février 2026 (RHINEWS)- Deux organisations haïtiennes ont dénoncé mardi le « Pacte pour la stabilité et les élections » promu par le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé, qu’elles qualifient de manœuvre visant à consolider un pouvoir sans base légale et à accentuer l’ingérence étrangère dans les affaires nationales.

Dans un communiqué transmis à la rédaction de RHINEWS, les signataires affirment que le chef du gouvernement et « un petit groupe d’amis et d’acteurs assoiffés de pouvoir » ont monté, le samedi 21 février, « un cinéma gratuit pour divertir leurs patrons de la communauté internationale et tenter de tromper la vigilance du peuple ». Ils présentent le pacte comme « le dernier film réalisé par Alix Didier Fils-Aimé avec ses alliés courant derrière les postes et divers privilèges ».

Le document soutient que l’initiative serait soutenue par « les grandes puissances impérialistes, les États-Unis en tête, dans leurs propres intérêts contre ceux du peuple haïtien ». Il désigne le chargé d’affaires des États-Unis en Haïti, Henry T. Wooster, comme « le principal metteur en scène », tandis que le Premier ministre et ses proches seraient, selon les auteurs, les exécutants locaux d’un agenda dicté de l’extérieur.

Les organisations estiment que l’accord « taillé sur mesure » conférerait « un pouvoir sans limite » au chef du gouvernement et à son équipe, au risque d’aggraver la crise multidimensionnelle que traverse le pays. « Plusieurs acteurs politiques déjà en place attendent de Tonton Sam et du roi Didier une petite parcelle de pouvoir pour continuer à sucer le sang du peuple », écrivent-elles, s’interrogeant sur la nature des « engagements » qui auraient été contractés dans le cadre de ce pacte.

La note critique également la passation de pouvoir intervenue le 7 février au profit du Conseil des ministres, affirmant qu’elle s’est déroulée « dans des conditions que tout le monde connaît ». Elle présente le nouveau pacte comme une tentative d’imposer des élections qu’elle qualifie de biaisées, dénonçant un renforcement de la dépendance politique et de l’ingérence étrangère. Les signataires évoquent par ailleurs des rumeurs selon lesquelles des dossiers de ministres pressentis auraient été soumis à un contrôle préalable à l’ambassade américaine avant toute nomination.

Les organisations mettent en cause la légitimité juridique du Premier ministre de facto pour organiser des élections ou engager une réforme constitutionnelle. « Sur quelle base légale et légitime repose le pouvoir de Didier, et pour combien de temps continuera-t-il à gérer les affaires courantes ? » interrogent-elles. Elles rappellent que, selon leur lecture de la Constitution, seul le président de la République est habilité à convoquer le corps électoral et soutiennent que la loi fondamentale interdit toute modification par voie référendaire ou consultation populaire.

Le texte dénonce en outre une transition qui pourrait, selon ses auteurs, se prolonger sans limite ni mécanisme réel de contrôle de l’action gouvernementale. Il évoque « une vaste savane politique sans lisière » où l’exécutif serait libre de se maintenir « deux, trois, quatre, cinq ou six ans » à la tête du pays.

La note fait également référence à un contrat impliquant l’homme d’affaires américain Erik Prince, qui accorderait à des intérêts étrangers un contrôle des frontières et des ports haïtiens pour une durée de dix ans. Les organisations qualifient cet accord de « contrat empoisonné » et en réclament l’annulation.

Les signataires appellent les Haïtiens, sur le territoire national comme au sein de la diaspora, à se mobiliser contre ce qu’ils décrivent comme un « plan funeste » et à œuvrer à un dialogue politique inclusif entre acteurs nationaux crédibles afin de parvenir à un accord haïtien pour résoudre la crise.