Des organisations haïtiennes appellent la CARICOM à soutenir une transition démocratique « crédible » en Haïti…

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PORT-AU-PRINCE L, mardi 7 juillet 2026 (RHINEWS)– Des organisations politiques et de la société civile haïtiennes ont appelé les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) à soutenir l’instauration d’une « transition démocratique crédible » en Haïti, estimant que la crise politique, sécuritaire et institutionnelle actuelle empêche la tenue d’élections libres et reconnues par l’ensemble des acteurs.

Dans une déclaration publiée le 5 juillet à Port-au-Prince, les signataires affirment vouloir attirer l’attention des dirigeants de l’organisation régionale sur « la gravité de la situation » dans ce pays membre de la CARICOM. Ils disent agir au nom « des principes de la démocratie, de l’État de droit, du respect des droits fondamentaux et de la stabilité régionale ».

Selon ces organisations, Haïti traverse depuis plusieurs années une « crise multidimensionnelle sans précédent », aggravée, d’après elles, par l’échec des différentes formules de transition mises en place après la démission de l’ancien Premier ministre Ariel Henry, puis sous l’égide du Conseil présidentiel de transition (CPT) et du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé.

Les signataires soutiennent que « le pacte de gouvernabilité qui devait servir de fondement à cette transition » n’a pas obtenu une légitimité politique suffisante. Ils affirment que « la majorité de ses signataires s’en est retirée », ce qui aurait compromis le consensus recherché pour restaurer les institutions démocratiques.

Sur le plan sécuritaire, les organisations dressent un tableau alarmant de la situation, évoquant l’expansion des groupes armés et leur emprise sur plusieurs zones du pays. Elles affirment que « les principaux axes routiers demeurent sous leur contrôle », affectant la libre circulation des personnes et des marchandises. Elles mentionnent également la fermeture prolongée de l’aéroport international de Port-au-Prince, la multiplication des enlèvements contre rançon et les violences visant les civils.

« Les gangs poursuivent leurs exactions en toute impunité, plongeant quotidiennement des milliers de familles dans la peur, le deuil et le déplacement forcé », écrivent-elles dans leur déclaration.

Les organisations estiment également que les conditions actuelles ne permettent pas d’envisager l’organisation prochaine d’élections crédibles. Elles dénoncent les tensions persistantes entre l’exécutif et le Conseil électoral provisoire (CEP), ainsi que les changements répétés dans la conduite du processus électoral, qu’elles attribuent à « une absence de planification cohérente ».

Elles affirment par ailleurs que le CEP serait devenu « totalement dépendant du pouvoir exécutif », ce qui, selon elles, porterait atteinte à son indépendance et à la confiance nécessaire à l’organisation d’un scrutin démocratique.

Dans leur correspondance à la CARICOM, les signataires rappellent qu’Haïti n’a pas organisé d’élection nationale depuis 2016. « Une génération entière est ainsi exclue de l’exercice de ses droits civils et politiques », soutiennent-elles, citant le cas d’un citoyen devenu majeur en 2016 qui n’aurait, selon elles, jamais eu l’occasion de participer à une élection nationale.

La déclaration critique également toute initiative visant à modifier la Constitution haïtienne de 1987 par décret. Les organisations considèrent qu’une telle démarche représenterait « une atteinte grave à l’ordre constitutionnel, au principe de souveraineté populaire et à l’État de droit ».

Elles dénoncent aussi une crise de gouvernance caractérisée, selon elles, par des accusations de corruption, un manque de transparence dans la gestion publique et une perte de confiance envers les institutions. « À cette crise politique et institutionnelle s’ajoutent des allégations persistantes de corruption, une gestion opaque des affaires publiques, une faiblesse croissante des mécanismes de l’action gouvernementale ainsi qu’une détérioration continue de la confiance des citoyens envers les institutions de l’État », écrivent-elles.

Sur le terrain des droits humains, les signataires font état d’une dégradation continue de la situation. Elles affirment que « la vie humaine semble avoir perdu toute valeur », évoquant des « massacres de populations civiles » et des restrictions aux libertés publiques. « Les libertés d’expression, de réunion et de manifestation pacifique sont régulièrement interdites, tandis que l’impunité continue d’alimenter la violence », déclarent-elles.

Au regard de ces éléments, les organisations remettent en cause la légitimité de l’exécutif actuel, qualifiant le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé de « gouvernement de facto ». Elles estiment qu’il ne disposerait pas « de la légitimité populaire, de crédibilité politique et de capacité institutionnelle nécessaires pour conduire Haïti vers le rétablissement de l’ordre démocratique et constitutionnel ».

Elles demandent à la CARICOM de jouer un rôle accru dans la recherche d’une issue politique à la crise haïtienne, notamment à travers la mise en place « d’un nouveau cadre de dialogue véritablement inclusif, réunissant les principales forces politiques, sociales, économiques et citoyennes du pays ».

Ce dialogue, selon elles, devrait permettre l’établissement « d’une gouvernance consensuelle capable de restaurer la sécurité, de rétablir les institutions républicaines et d’organiser, dans un délai raisonnable, des élections libres, honnêtes, transparentes, inclusives et démocratiques ».

Les signataires appellent enfin la CARICOM à s’appuyer sur les principes du Traité révisé de Chaguaramas, de la Charte des Nations unies et de la Charte démocratique interaméricaine, ainsi que sur les engagements internationaux relatifs aux droits humains, à la démocratie et à l’État de droit.

« Le peuple haïtien aspire à retrouver la paix, la sécurité, la stabilité institutionnelle et le droit de choisir librement ses dirigeants », affirment-elles, estimant qu’une implication régionale fondée sur « la solidarité régionale, l’exercice de la souveraineté nationale et les aspirations légitimes du peuple haïtien » pourrait contribuer à une « solution durable » à la crise.

Les signataires de cette correspondance  sont Jean Renel Sénatus, Djina Guillet Delatour, Nathalie Joseph, Dieudonné Actema, Myrtil Midy, Joseph Canwiste, Joseph Jeanwislet, Ing. Makenlove Jean-Pierre, Élan Vilner et Delorme Wilbert.