PORT-AU-PRINCE, vendredi 26 juin 2026 (RHINEWS)– Un collectif d’organisations internationales de défense des droits humains et de soutien aux victimes a appelé, jeudi, les Nations unies, le gouvernement haïtien ainsi que le Comité permanent de la Force de Répression des Gangs (GSF) à suspendre immédiatement le déploiement annoncé d’un contingent sri-lankais en Haïti, estimant que les garanties actuelles de vérification des antécédents des militaires et policiers concernés sont insuffisantes au regard des normes internationales.
Dans une déclaration commune rendue publique le 25 juin, les organisations affirment que le déploiement, qui pourrait concerner jusqu’à 900 militaires et 140 policiers sri-lankais selon des informations de presse, ne devrait pas être autorisé avant la mise en place d’un mécanisme « indépendant, crédible et transparent » de vérification des antécédents en matière de droits humains, avec la participation effective du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH).
« Aucune personne ne devrait être déployée sans une évaluation indépendante de son implication dans des violations passées », soutiennent les signataires, estimant que le processus actuellement envisagé repose principalement sur des informations fournies par les autorités sri-lankaises elles-mêmes ainsi que sur des contrôles diplomatiques et administratifs.
Selon ces organisations, les critères, la méthodologie et le degré d’indépendance des procédures de sélection mises en œuvre demeurent insuffisamment documentés. Elles considèrent qu’« aucune des mesures décrites publiquement ne constitue un mécanisme de vérification des antécédents en matière de droits de l’homme qui soit transparent et vérifiable de manière indépendante ».
Les ONG relèvent également qu’au moins un candidat aurait déjà été écarté par l’ambassade des États-Unis, ce qui démontrerait, selon elles, les limites du système actuel de sélection. « Si l’armée sri-lankaise propose des candidats dont on sait qu’ils ont des antécédents préoccupants en matière de droits de l’homme, c’est que le processus, qui repose sur leur bonne foi, a déjà échoué », écrivent-elles.
Les auteurs de la déclaration invoquent la Politique de diligence raisonnable des Nations unies en matière de droits humains (Human Rights Due Diligence Policy), qui prévoit que l’ONU doit évaluer les risques que son soutien puisse contribuer à des violations du droit international humanitaire ou des droits humains. Ils soutiennent que cette obligation ne peut être satisfaite par une simple autocertification ou par un contrôle exclusivement effectué par les autorités nationales concernées.
La déclaration affirme également que l’ancien mécanisme conjoint de vérification conduit entre la Commission des droits de l’homme du Sri Lanka et le HCDH, considéré comme plus robuste en raison de l’accès du Haut-Commissariat aux informations confidentielles des Nations unies, n’est plus opérationnel depuis le retrait de la commission sri-lankaise en 2024.
Les organisations expriment en outre leurs préoccupations concernant l’implication présumée de hauts responsables militaires sri-lankais dans la préparation du déploiement. Elles citent notamment le secrétaire à la Défense, H.S. Sampath Thuyacontha, et le conseiller militaire du Sri Lanka auprès des Nations unies, le commodore de l’air Asela Vasantha Jayasekara.
Les ONG précisent qu’elles ne les accusent pas personnellement de crimes, mais estiment que leurs parcours militaires, qui coïncident avec des opérations examinées dans le cadre d’enquêtes internationales sur la guerre civile sri-lankaise, créent « au moins l’apparence d’un conflit d’intérêts » incompatible avec une supervision indépendante du processus de sélection.
Une large partie de la déclaration revient également sur les précédents contingents sri-lankais ayant servi en Haïti dans le cadre de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH).
Les signataires rappellent que des enquêtes des Nations unies avaient conclu qu’entre 2004 et 2007, au moins 134 militaires sri-lankais avaient été impliqués dans des faits d’exploitation et d’abus sexuels sur des enfants haïtiens. Selon eux, ces violations auraient concerné plusieurs sites de déploiement et donné lieu à des investigations internes de l’ONU.
Les organisations affirment qu’aucune responsabilité pénale n’a finalement été établie à l’encontre des auteurs présumés et dénoncent des versions contradictoires fournies au fil des années par les autorités sri-lankaises concernant les sanctions disciplinaires effectivement prononcées.
« Le contingent sri-lankais en Haïti est devenu l’un des exemples les plus notoires d’abus sexuels systématiques commis sous mandat de l’ONU », écrivent-elles, estimant que l’absence de responsabilité judiciaire continue d’alimenter des inquiétudes quant à la capacité des mécanismes nationaux à prévenir de nouvelles violations.
Les ONG reconnaissent que les autorités haïtiennes et les responsables de la GSF ont annoncé la mise en place de formations préalables au déploiement, de mécanismes d’enquête ainsi que de procédures de traitement des plaintes. Elles jugent toutefois que ces mesures demeurent insuffisantes en l’absence d’un filtrage indépendant avant le départ des troupes.
« La formation, la surveillance et les mécanismes de plainte constituent des garanties importantes, mais ils ne peuvent à eux seuls compenser l’absence d’une vérification crédible avant le déploiement », indiquent-elles.
Dans leurs recommandations, les signataires demandent notamment aux Nations unies et au Comité permanent de la GSF de suspendre le déploiement jusqu’à l’instauration d’un mécanisme indépendant de contrôle, de publier la méthodologie de sélection, d’exclure toute personne susceptible de se trouver en situation de conflit d’intérêts et de mettre en place en Haïti un mécanisme confidentiel de plainte accessible aux victimes.
Ils exhortent également le gouvernement sri-lankais à répondre aux interrogations encore pendantes des mécanismes onusiens concernant les abus commis par les anciens contingents, à rendre publiques les mesures disciplinaires prises et à accorder des réparations effectives aux victimes.
Enfin, l’International Truth & Justice Project (ITJP), la Sri Lanka Campaign for Peace and Justice (SLC), People for Equality & Relief in Lanka (PEARL), le British Tamil Conservatives, Tamils for Labour, le Centre australien pour la justice internationale (ACIJ), l’International Centre for Prevention and Prosecution of Genocide (ICPPG), ainsi que plusieurs autres organisations de défense des droits humains établies au Sri Lanka, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Australie, soulignent que leur démarche « ne vise pas à empêcher le Sri Lanka de participer aux opérations internationales de soutien à la paix », mais à garantir que les normes des Nations unies en matière de droits humains soient appliquées de manière uniforme à tous les États contributeurs.

