PORT-AU-PRINCE, mercredi 28 octobre 2026 (RHINEWS) – Des organisations et personnalités haïtiennes réunies dans une liste de 51 signataires ont adressé une lettre ouverte au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, pour demander un engagement accru de l’ONU contre l’embargo américain visant Cuba et dénoncer des propos au secrétaire d’État américain, Marco Rubio.
Datée du 27 octobre à Port-au-Prince, la lettre présente cette démarche comme un acte de solidarité avec le peuple cubain et une défense des principes de souveraineté et de non-ingérence inscrits dans la Charte des Nations unies.
« Comment peut-on, au XXIe siècle, continuer à parler de démocratie, de liberté et de respect de la souveraineté des peuples tout en tolérant des discours et des politiques susceptibles d’aggraver les souffrances d’une population entière ? », interrogent les signataires.
Leur démarche fait suite à un appel de Marco Rubio invitant des Cubains souhaitant un changement politique à établir un « partenariat discret » avec la CIA, l’agence américaine de renseignement extérieur. Les auteurs de la lettre interprètent cette invitation comme un encouragement à la déstabilisation d’un État souverain.
« Sommes-nous encore dans un ordre international fondé sur le droit, ou assistons-nous au retour de la loi du plus fort ? », demandent-ils, en mettant en cause la compatibilité de cette initiative avec les principes défendus par l’ONU.
Les signataires établissent un parallèle avec les justifications invoquées lors de conquêtes coloniales, notamment sous le règne de Léopold II de Belgique au Congo. Selon eux, les références à la démocratie et à la liberté peuvent servir à dissimuler des objectifs de domination politique et économique.
Au centre de leur argumentation figurent les conséquences humaines de l’embargo américain, en vigueur depuis plus de six décennies. Ils lui attribuent une aggravation des difficultés économiques, des obstacles à l’accès aux soins et des décès qu’ils considèrent comme évitables, sans fournir de données chiffrées à l’appui de ces affirmations.
« Que l’on partage ou non les orientations politiques du gouvernement cubain, une distinction essentielle doit être faite : la critique d’un système politique ne saurait justifier l’indifférence à l’égard des souffrances d’un peuple », écrivent-ils.
Les auteurs interpellent également António Guterres sur les engagements pris au cours de ses deux mandats en faveur de la paix et de la confiance entre les nations. Ils rappellent les votes répétés de l’Assemblée générale demandant la levée de l’embargo et situent leur appel à la veille d’un nouveau scrutin annoncé pour le 28 octobre.
La lettre affirme toutefois que Washington s’est opposé à chacune des 33 résolutions précédentes. Les comptes rendus officiels de l’ONU établissent une exception : en 2016, les États-Unis s’étaient abstenus lors de l’adoption du texte par 191 voix favorables, aucune voix contre et deux abstentions.
Les signataires accusent par ailleurs Washington d’appliquer des critères différents à Cuba et au Canada. Ils invoquent le statut de Charles III comme chef de l’État canadien pour contester l’argument démocratique avancé à l’encontre des autorités cubaines.
Le Canada est cependant une monarchie constitutionnelle où les fonctions du chef de l’État sont exercées par le gouverneur général, qui accorde notamment la sanction royale aux lois. Dans la pratique, le pouvoir exécutif est exercé par le premier ministre et ses ministres, selon les précisions officielles canadiennes.
Élargissant leur propos aux relations entre Haïti et les États-Unis, les auteurs rapprochent l’embargo contre Cuba du différend territorial concernant l’île de La Navase, qu’ils présentent comme un territoire haïtien occupé par Washington. Ils citent à cet égard l’article 8.1 de la Constitution haïtienne.
« Face à ces dérives d’un État membre, il vous appartient d’élever le niveau d’engagement de l’ONU pour le respect des prescrits de sa Charte », écrivent-ils à António Guterres.
La liste comprend notamment le Mouvman Demokratik Popilè (MODEP), la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), la Centrale unitaire des travailleurs et travailleuses des secteurs public et privé d’Haïti (CUTRASEPH), l’Union nationale des normaliens et normaliennes d’Haïti (UNNOH), ainsi que des organisations paysannes, syndicales et citoyennes de plusieurs régions du pays.

