Ayiti, peut-on encore rêver ? Se demande Rodolphe « Sonson » Mathurin…

Rodolphe Mathurin, professeur et militant politique

PORT-AU-PRINCE, mardi 6 octobre 2026 (RHINEWS)– « Ayiti, peut-on encore rêver ? » : c’est la question posée par Rodolphe « Sonson » Mathurin dans une réflexion consacrée à l’avenir du pays, dans laquelle il appelle notamment à une redéfinition de l’unité nationale autour de la production et de la réorganisation de la richesse.

Selon M. Mathurin, nombreux sont ceux qui évitent cette question, tandis qu’une minorité ose encore « rêver ». Il considère cet exercice comme davantage qu’une démarche liée à des catégories idéologiques, estimant qu’il s’agit d’un effort visant à projeter Haïti vers un avenir positif. « AYITI SE DEMEN ! », écrit-il.

Mais, poursuit-il, « comment envisager Demain si on ne maîtrise pas le maintenant, l’aujourd’hui ? »

Parler d’Haïti aujourd’hui suppose, selon lui, de prendre en compte les difficultés liées aux données disponibles sur la situation du pays. Il évoque « les chiffres vrais ou faux », susceptibles d’être « construits » ou « manipulés » intentionnellement par des agences nationales et internationales, qui, écrit-il, « racontent/inventent notre misère ou pour dire mieux nos besoins et catastrophes humanitaires ».

Pour Rodolphe Mathurin, Haïti se trouve également à la fin d’une séquence de son histoire, caractérisée par l’effritement d’un cadre et la disparition progressive d’un certain ordre. « À l’évidence : l’État ou la société s’effondre(nt) », affirme-t-il.

Il estime que les anciennes formules ne sont plus capables de soutenir ou de justifier les anciens réflexes. Il critique par ailleurs les acteurs au pouvoir, auxquels il reproche de ne pas voir suffisamment loin et de persister dans ce qu’il qualifie de « pilule de l’indécence », marquée notamment par « une avarice plate, choquante, ignorante, subalternisée ».

Cette situation révèle, à ses yeux, « l’urgence d’une pensée nouvelle », consistant à « penser et faire autrement ».

La question est alors de savoir par qui ce changement pourrait être porté. « Par d’autres qui captent le sens du temps », répond-il, avant de mettre en avant « la nécessité de la redéfinition de l’Unité dans la nation ».

Dans son analyse, Rodolphe Mathurin inscrit la situation haïtienne dans un contexte international qu’il juge préoccupant. Les tendances mondiales des dernières années, écrit-il, « présagent d’un avenir peu assurant », voire « sombre pour toute la planète ».

Il estime que les perspectives pour les prochaines décennies, jusqu’à l’horizon 2050, laissent entrevoir des bouleversements et des remises en question susceptibles d’affecter tous les pays et tous les secteurs. La mise en place d’un nouvel ordre mondial, ajoute-t-il, « vient aussi avec ses propres exigences ».

« Il s’agira dès lors pour les nations de se définir, de se redéfinir », écrit-il.

Cette redéfinition devrait, selon lui, tenir compte de ce qu’il présente comme « la plus grande menace à la stabilité et à la sécurité dans le monde (dans chaque pays) : la crise économique, les inégalités, l’exclusion sociale ».

Pour illustrer son propos sur les inégalités en Haïti, il avance que près de la moitié du revenu national serait détenue par les 10 % des familles les plus riches, alors que les 20 % les plus pauvres n’en posséderaient que 1 %.

« Autrement dit, Ayiti se trouve devant l’urgence de reconstruire l’unité au sein de la nation autour de la production et de la réorganisation de la richesse », soutient-il.

Rodolphe Mathurin appelle ainsi à agir sur les mécanismes qui favorisent, selon lui, la reproduction des inégalités et de l’exclusion sociale. « Nous devons à tout prix travailler à saper les bases qui facilitent la reproduction des inégalités et de l’exclusion sociale », écrit-il, estimant que « tout Haïtien doit pouvoir intégrer le processus de production de richesse ».

Dans cette perspective, il considère la production de richesse comme un élément central de la refondation nationale. Cette question, affirme-t-il, constitue « l’axe principal » permettant de poser les interrogations relatives à la réconciliation de la nation, à la reconstruction de l’unité du peuple et à la convergence des énergies nationales vers « ce grand réveil de la nation ».

Cette réorganisation nécessiterait enfin, selon lui, « une réingénierie fondée sur le principe d’un État serviteur ».