Au Conseil de sécurité, Haïti plaide pour un soutien accru afin de rétablir la sécurité et organiser des élections crédibles…

Les membres du Conseil de Securite de l'ONU en reunion...

NEW-YORK, lundi 20 juillet 2026 (RHINEWS)– Le Conseil de sécurité des Nations Unies a consacré lundi une séance à la situation en Haïti, marquée par des appels convergents en faveur d’un renforcement du soutien international pour rétablir la sécurité, consolider les institutions de l’État et permettre la tenue d’élections nationales. Les interventions des responsables haïtiens, des représentants des Nations Unies et des États membres ont mis en avant la dégradation persistante de la situation sécuritaire, tout en soulignant les premiers résultats des opérations menées par la Force de répression des gangs (FRG).

Dans son intervention, la ministre haïtienne des Affaires étrangères et des Cultes, Raïna Forbin, a affirmé que son gouvernement estime n’avoir « jamais été aussi près de rétablir la sécurité et d’organiser des élections crédibles ». Selon elle, les autorités restent pleinement engagées dans le rétablissement de l’ordre constitutionnel et dans la mise en œuvre des réformes destinées à renforcer les institutions publiques.

« Ce n’est pas le moment de reculer. La communauté internationale doit aider Haïti à retrouver durablement la voie de la paix, de la sécurité, de la stabilité, de la démocratie et de l’espoir », a déclaré Mme Forbin devant le Conseil.

La cheffe de la diplomatie haïtienne a assuré que les forces nationales de sécurité ainsi que la Force de répression des gangs demeurent « pleinement mobilisées » pour restaurer l’ordre. Elle a indiqué que le processus électoral est désormais « pleinement opérationnel » et que l’objectif du gouvernement est de bâtir progressivement des institutions de sécurité capables d’assurer durablement la stabilité du pays.

Mme Forbin a également demandé au Conseil de sécurité de soutenir le plein déploiement de la FRG, de renouveler son mandat et de lui fournir les ressources nécessaires à l’accomplissement de sa mission. « Le faire, c’est soutenir la sécurité et soutenir la sécurité, c’est être aux côtés d’Haïti », a-t-elle affirmé.

Cette réunion intervient alors que l’ONU estime qu’un retour aux urnes pourrait constituer un tournant historique après près d’une décennie sans élections nationales. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti ne dispose plus d’un chef d’État élu. Toutefois, l’organisation rappelle que les ambitions électorales demeurent confrontées à une grave crise sécuritaire et humanitaire. Plus de 8 000 personnes ont été tuées en 2025, environ 1,5 million ont été déplacées à l’intérieur du pays et de vastes portions du territoire échappent toujours au contrôle de l’État.

Le représentant spécial de la Force de répression des gangs, Jack Christofides, a indiqué que les opérations de cette force enregistrent leurs « premiers résultats encourageants ». Il a rappelé que son mandat consiste à appuyer les autorités haïtiennes dans la réduction de l’influence des groupes armés.

« Restaurer la gouvernance démocratique en Haïti exige que les citoyens puissent vivre, travailler et participer à la vie publique dans la sûreté et la dignité », a déclaré M. Christofides.

Selon lui, les opérations s’étendent progressivement à des zones prioritaires. Il a notamment cité le démantèlement, la semaine précédente, d’une cache contenant des dispositifs incendiaires improvisés malgré des tirs de gangs. Il a toutefois reconnu que les groupes armés adaptent continuellement leurs tactiques, compliquant les opérations sur le terrain, et a appelé les États membres à maintenir leur soutien à la force internationale.

De son côté, la directrice exécutive de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Monica Juma, a estimé que la crise haïtienne dépasse désormais le seul cadre sécuritaire.

« Les gangs armés ne cherchent plus seulement à s’emparer de territoires, mais à prendre le contrôle des institutions et des infrastructures économiques vitales », a-t-elle déclaré après une récente visite en Haïti.

Mme Juma a expliqué que les organisations criminelles diversifient leurs activités illicites et étendent progressivement leur influence au-delà de Port-au-Prince, notamment dans l’Artibonite, le département du Centre et les principaux axes routiers du Sud. Selon elle, cette évolution transforme progressivement les gangs en acteurs capables de concurrencer, voire de remplacer, certaines fonctions de l’État.

Elle a plaidé pour une stratégie combinant le rétablissement du contrôle territorial, le démantèlement des économies criminelles, le renforcement des contrôles frontaliers ainsi qu’une coopération régionale accrue contre le trafic d’armes, de drogues et d’équipements.

La représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Vanessa Frazier, a pour sa part alerté sur la situation des mineurs.

« Les enfants d’Haïti ne sont pas que des dommages collatéraux de la crise, ce sont des cibles délibérées, exploitées, instrumentalisées par les acteurs armés », a-t-elle déclaré.

Mme Frazier a indiqué que l’ONU avait recensé en 2025 quelque 2 088 violations graves touchant 1 661 enfants. Elle a également rapporté que certains mineurs rencontrés lors de sa visite en mai dernier étaient détenus depuis plusieurs années sans avoir comparu devant un juge. Elle a néanmoins salué le transfert de plus de 570 enfants vers des structures de protection de l’enfance.

S’exprimant au nom des trois membres africains du Conseil de sécurité (A3), la ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo, Thérèse Kayikwamba Wagner, a estimé que les futurs programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration devaient être placés sous la responsabilité des autorités haïtiennes.

« Ce processus gagnerait à être placé sous l’égide des autorités haïtiennes afin de garantir une appropriation nationale par les institutions compétentes. Son succès dépendra d’un soutien politique constant et d’un financement prévisible et pérenne », a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que ces programmes devront s’attaquer aux causes socioéconomiques favorisant le recrutement d’enfants par les gangs, notamment par des investissements dans l’éducation, la formation professionnelle et l’insertion économique. Elle a également appelé au renforcement des capacités judiciaires, des mécanismes de lutte contre la corruption et des enquêtes financières afin de combattre durablement l’impunité.

Le représentant de la France, Jay Dharmadhikari, a également insisté sur la nécessité d’accélérer les efforts internationaux.

« Pour s’attaquer à ce fléau de l’insécurité, il nous faut utiliser pleinement la Force de répression des gangs, une approche globale visant au renforcement de l’ensemble de la chaîne police-justice-prison et l’embargo sur les armes », a-t-il déclaré.

Le diplomate français a estimé que les autorités haïtiennes devaient parallèlement poursuivre le renforcement de la Police nationale d’Haïti, des Forces armées d’Haïti ainsi que du contrôle des frontières, des armes et des munitions.

En marge des discussions consacrées à la sécurité, les Nations Unies ont également rappelé que la lutte contre la corruption demeure un élément essentiel de la stabilisation du pays. L’ONU soutient notamment des écoles d’été sur l’intégrité, des clubs anticorruption dans les établissements scolaires ainsi que la création de deux pôles judiciaires spécialisés dans la corruption et la criminalité financière, dans le but de renforcer une culture de responsabilité auprès d’une population dont plus de la moitié a moins de 25 ans.

Le mois dernier, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avait réaffirmé que l’Organisation des Nations Unies demeurait aux côtés du peuple haïtien afin de l’aider à se libérer de l’emprise des gangs et à restaurer des institutions capables de garantir durablement la paix, la sécurité et la gouvernance démocratique.