PORT-AU-PRINCE, mardi 29 septembre 2026 (RHINEWS)– L’avocat et politologue Samuel Madistin a apporté, dans une mise au point rendue publique le 29 septembre, des précisions sur ses récentes déclarations concernant la firme AGRITRANS S.A., fondée notamment par l’ancien président Jovenel Moïse, ainsi que sur les accusations dont il fait l’objet après son intervention consacrée au dossier de l’assassinat du président le 24 septembre 2026.
Intervenant dans l’émission « Se sa nou vle », animée par le journaliste Rudy Thomas Sanon, Me Madistin avait notamment contesté la thèse présentant Jovenel Moïse comme un entrepreneur à succès et critiqué ceux qui, selon lui, cherchent à imposer la théorie du « suspect idéal » dans l’enquête sur son assassinat. Il avait également estimé que certains défenseurs de l’ancien président ne pouvaient, selon lui, s’en prendre aux oligarques alors que Jovenel Moïse était lui-même, d’après son analyse, « un pur produit des oligarques ».
Dans sa mise au point, l’avocat revient particulièrement sur AGRITRANS S.A., affirmant que le projet agro-industriel de production et d’exportation de bananes biologiques présenté dans le passé comme une réussite ne correspondrait pas, selon lui, aux éléments disponibles. Il soutient notamment qu’une opération aurait été organisée avec l’achat de bananes en République dominicaine et leur expédition vers l’Allemagne afin de présenter le projet sous un jour favorable avant l’élection de Jovenel Moïse.
« L’histoire de Jovenel Moïse est donc l’histoire d’un grand bluff qui a réussi avec le support des oligarques », affirme Me Madistin dans sa mise au point.
L’avocat relève également l’absence, selon lui, de plusieurs documents permettant d’établir publiquement la situation financière d’AGRITRANS. Il cite notamment l’absence de publication d’états financiers audités, de la liste des actionnaires et de procès-verbaux de distribution de dividendes. Il demande aussi des explications sur une dette de six millions de dollars américains envers le Fonds de développement industriel (FDI), ainsi que sur l’utilisation de fonds PetroCaribe attribués à AGRITRANS pour des projets de réhabilitation routière.
Me Madistin s’appuie, dans sa mise au point, sur un rapport d’analyse publié en février 2019 par la Fondasyon Je Klere (FJKL) à propos du rapport d’audit de la Cour supérieure des comptes et du Contentieux administratif (CSCCA) sur la gestion des fonds PetroCaribe. Selon le passage qu’il cite, la FJKL avait relevé que la Cour n’avait pas retrouvé les documents fondateurs autorisant AGRITRANS S.A. à exécuter certains marchés financés par le Fonds PetroCaribe. Le document rappelle également qu’AGRITRANS était autorisée à fonctionner en Haïti depuis le 12 juin 2012, selon une publication au Moniteur du 17 août 2012.
La mise au point reproduit par ailleurs plusieurs dispositions des statuts de la société. L’article 3 définit l’objet social d’AGRITRANS comme étant notamment « la production et la transformation des produits à caractère agricole et toutes autres choses connexes ». Les statuts autorisent également la société à effectuer des opérations commerciales, financières, mobilières et immobilières liées directement ou indirectement à son objet, ainsi qu’à acheter, vendre, importer et exporter des produits entrant dans le champ de ses activités.
Me Madistin soutient que cet objet social ne permettait pas à AGRITRANS d’exécuter les deux projets routiers mentionnés dans son document, à savoir la réhabilitation du tronçon Borgne/Petit Bourg de Borgne et celle du tronçon Carrefour Trois/Côtes-de-Fer. Il estime que la responsabilité des dirigeants ayant éventuellement agi au-delà de l’objet social pourrait être engagée sur les plans civil et pénal, une question qui, selon lui, nécessite d’identifier les responsables concernés.
Le document fournit également des éléments sur la constitution d’AGRITRANS. Il indique que Jovenel Moïse figurait parmi les fondateurs aux côtés de Luc Albert Etienne, Eddy Garnier Salomon, Nahomme Dorvil, Martin Malherbe Dorvil et Steve Astrel Mathieu. Le capital social était fixé à un million de gourdes. Jovenel Moïse avait souscrit 650.000 actions d’une gourde, tandis que les autres souscripteurs détenaient des participations comprises entre 50.000 et 150.000 actions.
Selon le document, l’assemblée des actionnaires du 26 avril 2010 avait désigné Jovenel Moïse comme président, Luc Albert Etienne comme vice-président et Nahomme Dorvil comme secrétaire et trésorier. Me Madistin reprend ensuite la conclusion attribuée à l’analyse de la FJKL selon laquelle ces trois dirigeants pourraient être appelés à répondre des actes posés par la société lorsqu’ils seraient en contradiction avec son objet social.
Me Madistin affirme également qu’à la suite du rapport de la FJKL, l’un des signataires des statuts aurait contacté cette organisation pour déclarer qu’il n’était qu’un prête-nom et que les véritables actionnaires d’AGRITRANS seraient des hommes politiques et des hommes d’affaires. Il affirme qu’un autre dirigeant, Luc Albert Etienne, avait par la suite demandé publiquement au président de la société de l’époque, Pierre Richard Joseph, un rapport financier détaillé couvrant la période depuis 2010, y compris la gestion de Jovenel Moïse, et que ce rapport n’aurait pas été rendu public.
L’avocat rejette parallèlement les attaques dont il affirme faire l’objet de la part de personnes se présentant comme proches ou membres du conseil d’administration d’AGRITRANS. Il invoque la liberté d’expression et dit défendre le droit de ses contradicteurs à exprimer leur désaccord, tout en contestant les méthodes utilisées contre lui.
« Je ne suis pas d’accord avec vous, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez l’opportunité de le dire », écrit-il en reprenant une phrase attribuée à Voltaire.
Dans sa mise au point, Me Madistin affirme par ailleurs vouloir distinguer la recherche de justice dans le dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse de toute tentative de réhabilitation politique de l’ancien président.
« Justice pour Jovenel Moïse, oui. Mais non à l’exploitation politique du magnicide du 7 juillet 2021 », écrit-il, avant d’ajouter : « Justice pour Jovenel Moïse, oui. Mais non à la réhabilitation politique de Jovenel Moïse ! »
L’avocat formule enfin une série de questions sur la situation d’AGRITRANS et sur la réalité économique du projet agricole associé à Jovenel Moïse. Il demande notamment pourquoi la firme n’aurait pas continué à approvisionner le marché national en bananes, pourquoi les exportations vers l’Allemagne auraient cessé après l’élection de Jovenel Moïse, pourquoi la dette envers le FDI n’aurait pas été remboursée et pourquoi aucun dividende n’aurait été versé aux petits propriétaires de Trou-du-Nord qui, selon lui, avaient été associés au projet comme actionnaires minoritaires.
Il demande également où se trouvent les rapports financiers audités de la compagnie, ses déclarations de faillite, ses patentes annuelles et les éléments permettant d’établir ses contributions fiscales. « Comment justifier raisonnablement le succès de cette compagnie ? », interroge Me Madistin.
La mise au point se termine par un avertissement concernant les propos diffusés sur les plateformes numériques. Me Madistin soutient que la désinformation malveillante, la publicité mensongère et certains propos diffusés contre autrui peuvent être sanctionnés par la loi. « L’internet et les réseaux sociaux ne sont pas des zones de non-droit », écrit-il.
Avocat et politologue, Me Samuel Madistin est également président de la Fondasyon Je Klere (FJKL). La présente mise au point intervient alors que le dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse connaît de nouveaux développements judiciaires aux États-Unis, avec le transfert vers Miami de plusieurs personnes inculpées dans cette affaire.

