Par Evens Dubois,
NEW-YORK, lundi 5 janvier 2026 (RHINEWS)-
Depuis des années, une rumeur traverse le Venezuela comme un souffle d’espoir : quelque part, à Pékin, à Moscou ou à Téhéran, des alliés puissants se prépareraient à briser l’étau américain. Dans un pays éprouvé, cette idée rassure, presque comme une légende qu’on se raconte pour tenir debout. Mais derrière cette attente se cache une vérité plus sombre : la géopolitique n’a ni cœur ni fidélité, seulement des intérêts froids. Et dans ces calculs impitoyables, le Venezuela n’est pas un enjeu vital. Ni la Chine, ni la Russie, ni l’Iran ne risqueraient un affrontement direct avec les États-Unis, surtout pas dans les Caraïbes, territoire que Washington considère comme sacré depuis deux siècles. Le retour de Donald Trump ne fait qu’accentuer cette réalité : « l’Amérique aux Américains » n’est plus un slogan poussiéreux, mais une menace redevenue vivante. Dans la réalité, les illusions se fissurent, les certitudes s’effondrent, et le Venezuela découvre, une fois encore, qu’il devra affronter seul la tempête.
L’attente d’un sauveur : entre espoir populaire et déni stratégique
Dans les conversations quotidiennes comme dans certains discours officiels, une idée revient comme un refrain : la Chine, la Russie ou l’Iran ne laisseraient jamais tomber le Venezuela. Cette conviction s’appuie sur des années de coopération économique, militaire ou énergétique. Elle s’appuie aussi sur une proximité idéologique, entretenue par des récits de résistance commune face à l’Occident. Mais cette vision repose sur une confusion : croire que les alliances internationales fonctionnent comme des amitiés personnelles. Comme le rappelle Ellis, la Chine agit d’abord selon une logique d’intérêts graduels, cherchant « l’influence sans confrontation » en Amérique latine (Ellis, 2023). Or, les États n’agissent pas par loyauté, mais par intérêt. Et l’intérêt de Pékin, Moscou ou Téhéran n’est pas de risquer une confrontation directe avec Washington pour défendre Caracas.
Le précédent ukrainien : une comparaison séduisante mais trompeuse
Certains, au Venezuela, chez des compatriotes, évoquent l’exemple ukrainien : si la Russie a défié l’OTAN en Europe, pourquoi la Chine ou l’Iran ne défieraient-ils pas les États-Unis dans les Caraïbes ? La comparaison semble logique, mais elle ne tient pas. L’Ukraine touche au cœur de la sécurité russe. Le Venezuela, lui, se trouve dans la zone d’influence directe des États-Unis, protégée depuis deux siècles par la doctrine Monroe. Comme le souligne Brands, cette doctrine « n’a jamais cessé d’exister, elle change seulement de forme » (Brands, 2020). Ce que Moscou peut se permettre en Europe de l’Est, Pékin et Téhéran ne peuvent pas le tenter dans l’arrière-cour américaine.
Pékin, Moscou, Téhéran : un soutien réel, mais limité et calculé
Il serait faux de dire que ces pays abandonnent le Venezuela. Ils y ont investi, y ont des intérêts, y voient un symbole de résistance à l’ordre américain. Mais leur soutien reste calibré, prudent, mesuré. La Chine continuera d’acheter du pétrole, de financer certains projets, de contourner discrètement les sanctions. Mais, comme le montre Ellis, Pékin évite soigneusement toute action qui pourrait être interprétée comme une provocation militaire directe (Ellis, 2023). La Russie maintiendra une présence militaire symbolique, quelques conseillers, quelques opérations d’influence. Mais cette présence reste largement « symbolique plutôt que substantielle » (Kurmanaev & Herrera, 2021). L’Iran poursuivra sa coopération sécuritaire et technologique, mais sa stratégie en Amérique latine repose sur des réseaux discrets, non sur des engagements militaires. Levitt rappelle que Téhéran privilégie « l’influence asymétrique plutôt que la confrontation » (Levitt, 2022).
Le retour de Trump : la doctrine Monroe redevient une arme
Avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, un principe ancien retrouve une vigueur presque brutale : l’hémisphère occidental doit redevenir un espace réservé aux États-Unis. Ce n’est plus une simple référence historique, mais une ligne directrice assumée, martelée, revendiquée. Trump impose une vision implacable : les Amériques comme territoire exclusif, sans interférences extérieures. Une lecture qui s’inscrit parfaitement dans l’évolution décrite par Brands, et qui accentue la fragilité stratégique du Venezuela.

