Nice B. : l’énigme d’un passage entre deux frontières…

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PORT-AU-PRINCE, lundi 14 septembre 2026 (RHINEWS)– Elle était recherchée en Haïti. Puis elle est apparue en République dominicaine. Quelques jours plus tard, de nouvelles images la montraient de nouveau en Haïti. Entre ces apparitions successives, plusieurs centaines de kilomètres, une frontière officiellement fermée et un itinéraire qui demeure à établir. Esther Thomas, dite « Nice B », est ainsi devenue le personnage central d’une affaire où les vidéos circulant sur les réseaux sociaux soulèvent autant de questions qu’elles apportent d’indices.

Dans le collimateur des autorités haïtiennes dans une affaire criminelle, Esther Thomas, alias « Nice B », aurait été aperçue par des internautes à San Isidoro, en République dominicaine, avant de réapparaître en Haïti. Cette succession d’images soulève la question de son itinéraire et des moyens utilisés pour franchir une frontière officiellement fermée, ainsi que de l’existence éventuelle de réseaux capables d’organiser de tels déplacements.

Le 5 septembre 2026, l’affaire prend un tournant judiciaire. Le parquet de Croix-des-Bouquets demande la localisation et l’arrestation d’Esther Thomas, alias « Nice B », dans le cadre de l’enquête sur la mort de « Baby Love », tuée à coups de machette dans la base du gang 400 Mawozo. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montre Nice B, machette en main, tenant des propos particulièrement violents à l’encontre de la victime, qu’elle accuse de l’avoir trahie. Le meurtre aurait également été commis par Darlens Duclona, alias « Tèt Kale », en présence d’une dizaine de membres du gang.

La diffusion de cette vidéo conduit ensuite la Police nationale d’Haïti, par l’intermédiaire de la DCPJ, à publier un avis de recherche visant Nice B et Tèt Kale. La procédure porte notamment sur des faits d’assassinat, de tentative d’assassinat et d’association de malfaiteurs.

L’affaire acquiert rapidement une dimension transfrontalière. Le 10 septembre, la Direction générale de la migration dominicaine annonce l’activation de ses mécanismes de vérification et de coordination avec les services de sécurité et d’enquête. À ce stade, les autorités dominicaines déclarent ne disposer d’aucune localisation confirmée de Nice B sur leur territoire.

Quelques jours plus tard, une nouvelle vidéo la montre aux côtés de Wilson Joseph, alias « Lanmò 100 Jou », et de Darlens Duclona. Ce dernier affirme que Nice B se trouve en Haïti et bénéficie de la protection de 400 Mawozo.

Des informations évoquent son retour clandestin en Haïti, possiblement par bateau ou hélicoptère, avec l’éventuelle complicité de ressortissants dominicains. Les conditions de ce retour constituent désormais un volet clé de l’enquête, dans un contexte marqué par la fermeture des frontières dominicaines avec Haïti depuis septembre 2023.

Un tel retour clandestin aurait-il été possible sans complicités ou failles dans les dispositifs de surveillance terrestre, maritime et aérienne ? Toute enquête devra déterminer si des soldats dominicains, des policiers haïtiens ou d’autres intermédiaires ont pu faciliter son passage, ou si Nice B. aurait profité d’un point de passage véritablement poreux, échappant à la surveillance des forces de l’ordre des deux pays. Par voie terrestre, maritime ou aérienne, comment aurait-elle pu franchir la frontière sans être repérée ?

La frontière haïtiano-dominicaine s’était transformée en ligne de haute tension depuis septembre 2023. Le 11 septembre, Luis Abinader ordonnait la suspension des visas pour les Haïtiens, avant la fermeture de la frontière le 15 septembre, sur fond de conflit autour du canal de la rivière Massacre. Les échanges commerciaux avaient ensuite repris par des dispositifs strictement contrôlés, tandis que la surveillance militaire s’était renforcée. En 2024, près de 10 000 militaires dominicains étaient déployés le long des quelque 400 kilomètres de frontière.

Pourtant, des rumeurs persistantes font état de paiements versés à certains soldats dominicains pour faciliter des passages clandestins. Ces accusations restent à vérifier. Si elles étaient établies, une question surgirait : la frontière serait-elle réellement étanche ?

La frontière haïtiano-dominicaine s’étire sur plusieurs centaines de kilomètres, avec quatre principaux postes officiels et 96 passages non officiels recensés. Derrière les points de contrôle connus s’ouvre un autre territoire : chemins ruraux, routes secondaires, sentiers et passages difficiles à surveiller. Une géographie qui complique considérablement le contrôle des mouvements entre les deux pays.

Lors d’une récente visite de l’un de nos reporters à Cerca-la-Source et à Thomassique, plusieurs scènes ont soulevé des interrogations. Des camions de fort tonnage en provenance de la République dominicaine, chargés de marchandises, circulaient dans des zones où la présence des autorités haïtiennes semblait limitée. Que transportaient ces véhicules ? Dans quelles conditions ces marchandises ont-elles franchi la frontière ? Autant de questions qui méritent d’être vérifiées auprès des services douaniers, policiers et autres autorités compétentes.

L’affaire Nice B. intervient par ailleurs dans une région où les trafics transfrontaliers alimentent depuis plusieurs années les inquiétudes des autorités. Des enquêtes internationales ont documenté des circuits d’armes destinées à Haïti, avec des approvisionnements provenant notamment des États-Unis et transitant par différents territoires de la Caraïbe.

La République dominicaine, en raison de sa proximité avec Haïti et de l’importance de ses infrastructures commerciales et de transport, occupe une position stratégique dans cette géographie régionale.

Quelques jours avant la médiatisation de l’affaire Nice B., une vidéo devenue virale a attiré l’attention : Wilson Joseph, alias « Lanmò 100 Jou », accompagné d’autres individus présentés comme membres de 400 Mawozo, y exhibait un important stock d’armes de gros calibre, qu’ils sortaient de plusieurs drums.

L’affaire Nice B. rappelle une évidence : la sécurité de la frontière haïtiano-dominicaine exige une action concertée des deux pays. Dans la perspective d’une reprise du dialogue et d’un rapprochement des relations bilatérales, Port-au-Prince et Santo Domingo doivent renforcer leur coopération entre polices, douanes, services de migration et autorités judiciaires afin de lutter contre les passages clandestins, les trafics et les réseaux criminels.