Le président Donald Trump est-il un mégalomane ou un enfant gâté ?

Donald Trump, President des EtatsUnis

Par Evens Dubois,

NEW-YORKAIS, lundi 19 janvier 2026 (RHINEWS)- À mi-chemin entre la posture d’un chef d’État persuadé d’être investi d’une mission historique et les réactions d’un enfant gâté qui supporte mal la frustration, Donald Trump dévoile une personnalité où la démesure et l’immaturité apparaissent de façon frappante.

Depuis son retour aux affaires, bientôt une année, la politique américaine ressemble moins à une démocratie qu’à une scène de théâtre. Le président Donald Trump y évolue comme un personnage central, éclairé par des projecteurs qu’il semble lui-même orienter. Depuis des années, la presse américaine tente de le ranger dans des catégories — « isolationniste », « néo-conservateur », « impérialiste ». Mais ces étiquettes glissent sur lui comme l’eau sur un imperméable.

« Trump n’a jamais été un idéologue ; il est avant tout un homme obsédé par lui-même », rappelait The Atlantic. C’est peut-être là que tout commence : dans cette situation, le pouvoir n’est pas un outil, mais un miroir.

Un mégalomane est quelqu’un qui se croit investi d’une grandeur qui n’existe que dans son esprit. Chez lui, la réalité n’est pas un cadre, mais un décor. Il surestime sa valeur, se fabrique des mythes où il occupe toujours le rôle du sauveur, cherche à humilier pour confirmer sa supériorité, interprète toute limite comme une injustice et toute critique comme une attaque.

Ce type de personnalité ne veut pas seulement être admiré : il veut être vénéré, craint, obéi. Et derrière cette façade, souvent, un château de cartes soutenu par la peur, le mensonge et la mise en scène.

Le mégalomane : un pouvoir conçu comme un spectacle.

Dans les couloirs du pouvoir, Trump avance comme un acteur persuadé d’être le héros d’un film dont il écrit les scènes au fur et à mesure. « Il se comporte comme s’il jouait dans un film dont il serait à la fois le héros, le scénariste et le metteur en scène », notait un éditorialiste du Washington Post.

Cette théâtralité rappelle étrangement le film La Folie des grandeurs, avec Louis de Funès, où la quête de domination devient un spectacle permanent. Cette sensibilité extrême à la reconnaissance symbolique s’est révélée dans un épisode devenu emblématique : son obsession pour le prix Nobel de la paix.

En 2019, il déclarait au New York Times : « Je devrais avoir plusieurs prix Nobel, mais ils ne me les donneront jamais. » Il a ensuite envoyé un message hallucinant au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, dévoilé le lundi 19 janvier sur X par le journaliste américain Nick Schifrin de PBS NewsHour.

« Cher Jonas, considérant que votre pays a décidé de ne pas me décerner le prix Nobel de la paix pour avoir empêché plus de huit guerres, je ne me sens plus tenu de penser uniquement à la paix, même si elle restera toujours ma priorité. »

Puis il s’en prend au Danemark, accusé de ne pas avoir de « droit de propriété » sur le Groenland, territoire qu’il décrivait comme un simple héritage d’un bateau « accosté là il y a des centaines d’années ». BBC News rappellera qu’il avait qualifié l’île de « gros projet immobilier ».

Dans cette logique, le Groenland n’était pas un enjeu stratégique : c’était un trophée, un substitut symbolique à un Nobel refusé.

Le narcissisme de Trump ne date pas d’hier. Il plonge ses racines dans une histoire familiale marquée par la dureté et la négligence émotionnelle, décrite par sa nièce Mary Trump dans Too Much — and Never Enough. La psychiatre Alexa Albert résume ce type de trajectoire : un individu « profondément honteux et dépendant de l’affirmation extérieure, enivré par les louanges et hypersensible à la critique ».

L’enfant gâté : une diplomatie au rythme des caprices.

Selon plusieurs analystes, Trump présente aussi les traits d’un enfant gâté, habitué à obtenir ce qu’il veut et prompt à s’emporter lorsque la réalité lui résiste. Sa réaction au prix Nobel de la paix qu’il n’a pas reçu en est l’illustration la plus frappante.

Loin de masquer sa frustration, il l’a exhibée publiquement, répétant qu’il « aurait dû » recevoir plusieurs Nobels et que son absence au palmarès relevait d’une injustice personnelle. Cette manière de se poser en victime d’un monde qui ne reconnaît pas sa grandeur révèle une immaturité émotionnelle profonde.

Chez lui, la frustration ne se transforme pas en introspection, mais en ressentiment, en revanche symbolique, parfois même en geste géopolitique disproportionné. La diplomatie devient alors une chambre d’enfant où l’on renverse les meubles pour montrer qu’on n’est pas content.

Cette psychologie éclaire aussi ses attaques répétées contre les institutions américaines. Politico notait qu’il avait « méthodiquement ciblé les piliers de la gouvernance moderne », de l’éducation à la justice, en passant par la recherche scientifique et les médias.

En France, Le Monde observait que « Trump s’en prend à tout ce qui limite son pouvoir ou contredit son récit ». Cette stratégie rappelle, de manière troublante, les premières années d’Adolf Hitler au pouvoir, lorsque la délégitimation des contre-pouvoirs servait à concentrer l’autorité entre les mains d’un seul homme.

Et pourtant, malgré les scandales, les enquêtes et les mises en accusation, Trump continue de mobiliser. En 2024, il a recueilli près de 77 millions de voix, davantage qu’en 2016 et 2020. « Sa base reste imperméable aux scandales, aux mensonges et aux diagnostics psychologiques », soulignait USA Today.

Une partie de l’électorat, souvent moins diplômée, voit en lui un champion contre les élites, un homme qui dit tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Radio-Canada notait qu’il avait « transformé le ressentiment social en moteur politique ».

Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir si Donald Trump est un mégalomane ou un enfant gâté. Selon plusieurs observateurs, il est probablement les deux à la fois : un dirigeant qui rêve de grandeur tout en réclamant des récompenses comme on réclame un jouet.

Et si la politique américaine ressemble parfois à une cour de récréation sous son administration, c’est peut-être parce que, dans cette histoire, celui qui tient le ballon n’a jamais vraiment accepté qu’on lui dise non.

Evens Dubois

Brooklyn, NY

19 janvier 2026

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