Haïti : élections sous insécurité, la communauté internationale face à l’échec de sa propre stratégie…

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Par Francklyn B. Geffrard,

PORT-AU-PRINCE, jeudi 20 août 2026 (RHINEWS)– Il y a, dans la dernière déclaration du secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert Ramdin, une contradiction qui mérite d’être examinée au-delà du langage diplomatique. À l’issue de sa visite en Haïti, le 19 août 2026, le responsable de l’organisation interaméricaine a appelé à accélérer simultanément les efforts en matière de sécurité et les préparatifs électoraux. Il a notamment estimé que ces deux dimensions constituaient « les deux priorités les plus immédiates et interdépendantes d’Haïti ».

Cette formulation, en apparence anodine, contient en réalité l’un des constats les plus sévères que la communauté internationale puisse faire sur sa propre action en Haïti. Car si la sécurité et les élections sont effectivement interdépendantes, une question fondamentale s’impose : comment peut-on raisonnablement accélérer un processus électoral alors que les conditions sécuritaires indispensables à sa crédibilité ne sont toujours pas réunies ?

Albert Ramdin ne dit pas explicitement que la stratégie internationale a échoué. La diplomatie ne fonctionne généralement pas avec ce vocabulaire. Mais son intervention montre, presque malgré elle, l’ampleur du problème. Plusieurs années après le début de la crise sécuritaire actuelle, la communauté internationale appelle encore à fournir à la force chargée de contribuer à la sécurité les hommes, les équipements, les financements, la logistique et les capacités opérationnelles nécessaires. Elle demande encore que les principaux axes soient sécurisés, que l’accès à l’aéroport et au port soit garanti et que les gangs réduisent leur emprise territoriale.

Autrement dit, les conditions élémentaires nécessaires à la tenue d’élections crédibles restent encore à construire.

C’est là que se trouve le paradoxe fondamental de la politique internationale en Haïti. D’un côté, on affirme qu’il faut des élections pour sortir de la crise institutionnelle. De l’autre, on reconnaît que l’insécurité empêche précisément la création des conditions nécessaires à ces élections. On demande donc au pays de courir vers une échéance électorale alors qu’il n’a toujours pas franchi les obstacles qui ont rendu impossible l’organisation de scrutins crédibles depuis près d’une décennie.

La question n’est pas de savoir si les élections sont nécessaires. Elles le sont. Une démocratie ne peut durablement fonctionner sans institutions issues du suffrage populaire. La question est plutôt de savoir dans quelles conditions ces élections doivent être organisées et quel type d’autorité elles sont susceptibles de produire.

Une élection n’est pas crédible simplement parce que des bulletins sont imprimés, que des bureaux sont ouverts et qu’un résultat est proclamé. La crédibilité d’un scrutin dépend de la liberté réelle dont disposent les électeurs et les candidats. Elle suppose que les citoyens puissent se déplacer, s’inscrire, voter et participer à la vie politique sans intimidation. Elle suppose également que les candidats puissent faire campagne sur l’ensemble du territoire, que les partis puissent communiquer avec leurs électeurs, que les bureaux de vote soient accessibles et protégés et que l’administration soit suffisamment présente pour garantir l’intégrité du processus.

Que restera-t-il de cette crédibilité si une partie du territoire demeure sous l’influence de groupes armés ? Quelle liberté de choix peut avoir un électeur qui doit traverser une zone contrôlée par un gang pour accéder à un bureau de vote ? Quelle compétition électorale peut exister lorsqu’un candidat ne peut pas se rendre dans certaines communes ou certains quartiers ? Quelle égalité entre candidats peut être garantie si certains peuvent faire campagne partout et d’autres non ?

Ces questions ne sont pas théoriques. Elles sont au cœur de la réalité haïtienne.

Albert Ramdin reconnaît lui-même que les objectifs sécuritaires immédiats comprennent la réduction du contrôle territorial des gangs armés, la sécurisation de la principale voie d’accès à l’aéroport international, le maintien de l’accès à l’aéroport et au port ainsi que le rétablissement d’un accès sécurisé vers le sud du pays.

Cette liste est particulièrement révélatrice. Elle ne décrit pas les derniers détails d’une opération de sécurisation presque achevée. Elle décrit des fonctions fondamentales de l’État qui restent encore à restaurer.

Si, à quelques mois d’une élection nationale, l’accès sécurisé à des infrastructures aussi essentielles demeure un objectif à atteindre, comment peut-on demander aux Haïtiens de croire que toutes les conditions seront réunies pour un scrutin national crédible ?

La question devient encore plus troublante lorsqu’on regarde le calendrier. Les élections sont annoncées pour le 13 décembre 2026. Il reste donc environ quatre mois pour réaliser ce qui n’a pas pu être réalisé pendant plusieurs années.

Peut-on faire en quatre mois ce qui a été impossible pendant plus de cinq ans ?

Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, la situation sécuritaire ne s’est pas stabilisée. Elle s’est au contraire progressivement détériorée. Les groupes armés ont étendu leur influence, des populations ont été déplacées, des axes routiers ont été coupés, des institutions ont été fragilisées et l’autorité de l’État s’est réduite dans plusieurs zones du pays.

Durant cette période, les autorités haïtiennes successives et leurs partenaires internationaux ont répété les mêmes promesses : rétablir la sécurité, renforcer la Police nationale, combattre les groupes armés, restaurer l’autorité de l’État et organiser des élections.

Or, aujourd’hui, le constat demeure difficile à contester : les deux objectifs fondamentaux — sécurité et élections — n’ont toujours pas été atteints.

Haïti n’a pas organisé de véritable scrutin général depuis environ dix ans. Et, dans le même temps, l’État n’a pas réussi à reprendre durablement le contrôle de plusieurs territoires.

À force de répéter que les élections constituent la sortie de crise, on finit par oublier de poser la question la plus importante : pourquoi les élections précédemment annoncées n’ont-elles jamais pu être organisées ?

Le problème n’était pas uniquement l’absence d’un calendrier. Le problème était et demeure l’absence d’un environnement institutionnel et sécuritaire suffisamment stable.

C’est ici que la déclaration d’Albert Ramdin devient particulièrement intéressante. Le secrétaire général de l’OEA demande aux États membres et aux partenaires internationaux ayant promis du personnel, des équipements ou des ressources financières d’accélérer la réalisation de leurs engagements. Il reconnaît également que le renouvellement du mandat de la Force de suppression des gangs, la GSF, ne suffira pas à lui seul.

Cette reconnaissance soulève une question embarrassante : pourquoi ces engagements ne sont-ils toujours pas pleinement réalisés ?

Depuis combien de temps la communauté internationale sait-elle que la sécurité est la condition préalable à la stabilisation politique d’Haïti ? Depuis combien de temps les partenaires internationaux promettent-ils d’aider à reconstruire la capacité sécuritaire de l’État ? Combien de conférences, de missions, de déclarations, de résolutions et de mécanismes de transition faudra-t-il encore avant que les résultats deviennent réellement visibles sur le terrain ?

Ramdin demande lui-même que les progrès soient « visibles et mesurables le plus tôt possible ».

Cette phrase devrait retenir toute l’attention.

Parce qu’elle signifie implicitement qu’après des années d’engagement international, les résultats ne sont pas encore suffisamment visibles et mesurables.

C’est peut-être là le véritable aveu d’échec.

Pas nécessairement l’échec de l’idée d’une assistance internationale à Haïti, mais l’échec d’une stratégie qui n’a pas réussi, jusqu’ici, à transformer les ressources mobilisées en résultats suffisamment tangibles pour modifier durablement le rapport de force sur le terrain.

Il serait cependant injuste de faire porter à la seule communauté internationale la responsabilité de la catastrophe haïtienne. Les élites politiques haïtiennes, les gouvernements successifs, les secteurs économiques et les institutions nationales portent une responsabilité considérable dans la dégradation du pays. La corruption, la mauvaise gouvernance, l’impunité, la faiblesse de la justice et l’incapacité des dirigeants à construire un consensus national ont profondément contribué à la crise.

Mais cette responsabilité haïtienne ne peut pas servir de paravent à l’inefficacité des politiques internationales.

La communauté internationale n’est pas un simple spectateur. Elle accompagne les gouvernements, finance des programmes, influence les transitions, participe à la définition des priorités, soutient des structures institutionnelles et intervient directement dans le secteur sécuritaire. Elle dispose donc d’une responsabilité politique qui ne peut être évacuée.

Or le système semble aujourd’hui enfermé dans un cercle vicieux.

Il faut des élections pour restaurer la légitimité institutionnelle. Mais il faut un minimum de stabilité institutionnelle et sécuritaire pour organiser des élections crédibles. La communauté internationale pousse donc à l’organisation du scrutin tout en reconnaissant que les conditions de sécurité ne sont pas encore réunies.

C’est précisément ce paradoxe qu’il faut avoir le courage de regarder en face.

Pas de sécurité, pas de véritable liberté électorale. Pas de liberté électorale, pas de véritable légitimité. Et sans légitimité solide, pas de sortie durable de crise.

Le risque est alors de confondre légalité et légitimité.

Un gouvernement peut être élu conformément à une procédure électorale et néanmoins disposer d’une légitimité politique fragile. La tenue d’un scrutin ne garantit pas automatiquement la qualité de la démocratie produite.

Il est parfaitement possible d’organiser une élection techniquement correcte dans un environnement politiquement dégradé.

Le danger pour Haïti serait de produire un pouvoir qui puisse dire : « Nous avons été élus », sans être capable de répondre à une question beaucoup plus difficile : « Êtes-vous réellement en mesure de gouverner ? »

Un président élu qui ne peut pas circuler librement sur le territoire, un gouvernement qui ne peut pas garantir la sécurité de ses citoyens, une administration incapable d’exercer son autorité dans des zones entières du pays et une justice qui peine à atteindre les principaux responsables de la criminalité organisée constitueraient-ils réellement une sortie de crise ?

Ou ne ferait-on que transformer une crise de transition en crise de gouvernance ?

C’est là que le débat électoral devrait être déplacé.

Il ne faut pas opposer élections et sécurité. Il faut précisément comprendre leur interdépendance. Une démocratie sérieuse ne peut choisir entre les deux. Elle doit créer les conditions permettant à l’une de renforcer l’autre.

Le problème est que le calendrier semble aujourd’hui prendre le pas sur les conditions.

Le 7 février 2026 devait marquer une étape institutionnelle majeure. Un nouveau président élu aurait dû, dans un scénario normal, entrer en fonction à cette date. Il n’en a rien été. Le Conseil présidentiel de transition est arrivé au terme de son mandat sans avoir réussi à conduire le pays jusqu’aux élections. Alix Didier Fils-Aimé, nommé Premier ministre en novembre 2024, demeure aux commandes du gouvernement dans une configuration institutionnelle issue de cette transition.

Cette situation pose une question politique majeure : comment expliquer que le pays se retrouve encore dans une architecture de pouvoir exceptionnelle après avoir consacré plusieurs années à préparer le retour à l’ordre constitutionnel ?

Et surtout, pourquoi ceux qui n’ont pas réussi à organiser les élections dans les délais précédents seraient-ils aujourd’hui certains de pouvoir accomplir en quelques mois une tâche encore plus complexe, dans un environnement sécuritaire qui demeure profondément dégradé ?

Il ne s’agit pas d’accuser personnellement le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Il s’agit de poser la question de la cohérence du système.

Les pouvoirs de transition ont promis des élections. La communauté internationale les a soutenus. Des calendriers ont été élaborés. Des échéances ont été annoncées. Des institutions électorales ont été renforcées. Pourtant, le pays demeure sans président élu et sans parlement fonctionnel issu d’un scrutin général.

Le problème n’est donc plus simplement technique.

Il est politique.

Il est stratégique.

Et il est également international.

Pendant ce temps, les groupes armés continuent d’exercer une influence considérable dans plusieurs parties du territoire national, notamment dans l’Ouest, l’Artibonite et le Centre. Des axes stratégiques restent difficiles d’accès. Des populations vivent sous la menace permanente de la violence. Des personnes déplacées peinent à retrouver une existence normale.

La question de l’impunité est tout aussi préoccupante.

Les principaux chefs de gangs continuent de défier publiquement les autorités, notamment à travers les réseaux sociaux. Ils disposent de moyens de communication modernes et affichent régulièrement leur capacité à influencer la situation sur le terrain.

Dans ces conditions, l’État donne parfois l’impression de subir plutôt que d’imposer son autorité.

C’est cette réalité qui devrait être au centre du débat électoral.

Une démocratie ne se résume pas à l’organisation périodique d’élections. Elle suppose l’existence d’un État capable de protéger les droits des citoyens. Elle suppose une justice capable de sanctionner les crimes. Elle suppose une police capable d’assurer la sécurité. Elle suppose des institutions capables d’exercer leur autorité sur l’ensemble du territoire.

Sans ces éléments, l’élection risque de devenir un rituel institutionnel plutôt qu’un instrument de transformation politique.

Il faut également se méfier d’une autre illusion : celle qui consiste à croire que la technologie électorale peut résoudre une crise politique et sécuritaire.

L’accord de trois millions de dollars conclu avec le Japon pour renforcer l’identification civile et acquérir 350.000 cartes biométriques constitue certes une initiative utile. L’amélioration de l’identification des citoyens peut contribuer à renforcer l’administration électorale.

Mais une carte biométrique ne peut pas sécuriser une route.

Une base de données électorale ne peut pas empêcher un gang de contrôler un quartier.

Une technologie de transmission des résultats ne peut pas protéger un candidat menacé.

Et un registre électoral perfectionné ne peut pas garantir qu’un citoyen déplacé pourra retourner dans sa commune pour voter.

La modernisation administrative est nécessaire. Elle n’est simplement pas suffisante.

Il en va de même pour les annonces financières. L’adhésion d’Haïti à la CAF, les accords avec le Japon, la coopération avec Viva Rio et les projets d’investissement annoncés sont des initiatives potentiellement importantes. Mais elles ne peuvent produire leur plein effet dans un environnement où l’insécurité demeure l’un des principaux obstacles à l’activité économique et à la circulation des personnes et des biens.

La communauté internationale doit donc accepter une vérité inconfortable : elle ne peut pas indéfiniment mesurer son succès à l’aune du nombre d’accords signés, de réunions organisées ou de déclarations publiées.

Le succès doit être mesuré par les changements observables dans la vie des Haïtiens.

Une route nationale est-elle effectivement sécurisée ?

Un citoyen peut-il voyager d’un département à un autre sans craindre une attaque ?

Une famille peut-elle rentrer chez elle ?

Un candidat peut-il faire campagne librement ?

Une école peut-elle fonctionner ?

Un commerçant peut-il transporter ses marchandises ?

Un policier peut-il exercer son métier sans être abandonné lorsqu’il est blessé ?

Une victime peut-elle obtenir justice ?

Voilà les indicateurs qui devraient permettre de mesurer l’efficacité de la politique internationale en Haïti.

Albert Ramdin annonce qu’il présentera, le 26 août, au Conseil permanent de l’OEA les conclusions de sa mission et qu’il réunira, le 4 septembre, le Groupe des amis d’Haïti. Ces rendez-vous peuvent être utiles. Mais ils doivent surtout servir à changer de méthode.

Car Haïti n’a pas besoin d’une énième répétition des mêmes promesses.

Le pays a besoin de résultats.

Il faut également cesser de présenter toute personne qui questionne le calendrier électoral comme un adversaire de la démocratie. Ce raccourci est intellectuellement dangereux.

Demander des conditions minimales pour des élections crédibles ne signifie pas être contre les élections.

Au contraire.

C’est précisément parce que les élections sont essentielles qu’il faut éviter de les transformer en simple exercice de légitimation institutionnelle.

Ceux qui intègrent aveuglément le processus électoral en cours prennent donc un risque qu’ils doivent assumer. Ils peuvent participer à une dynamique dont l’issue demeure incertaine. Ils peuvent contribuer à installer un pouvoir qui aura la légalité d’une élection mais pas nécessairement la force politique, territoriale et institutionnelle nécessaire pour résoudre la crise.

L’enjeu n’est pas de savoir si le 13 décembre peut être inscrit sur un calendrier.

L’enjeu est de savoir si, le 14 décembre, Haïti sera réellement dans une situation différente de celle du 12 décembre.

Si les gangs contrôlent toujours les mêmes territoires, si les routes restent bloquées, si la population demeure déplacée, si la police reste sous-équipée, si la justice reste incapable de poursuivre efficacement les principaux responsables de la criminalité organisée et si une partie de la population demeure incapable de participer pleinement au processus politique, qu’aura réellement produit l’élection ?

Un changement de gouvernement ?

Oui.

Une sortie de crise ?

Pas nécessairement.

C’est toute la différence.

La communauté internationale devrait donc abandonner la logique du calendrier à tout prix et privilégier une approche fondée sur des conditions objectives et vérifiables. Il ne s’agit pas de reporter indéfiniment les élections. Il s’agit de définir les conditions minimales sans lesquelles leur crédibilité serait gravement compromise.

La sécurisation des principaux axes nationaux, l’accès aux infrastructures stratégiques, la protection des candidats, la liberté de campagne, l’enregistrement des électeurs, l’accès des déplacés au vote, la sécurisation des bureaux et la capacité de l’État à exercer une autorité minimale sur les territoires concernés devraient faire partie de ces critères.

L’échéance électorale doit être un objectif. Elle ne doit pas devenir une obsession.

Car une élection n’est pas une fin en soi.

Elle doit être un instrument permettant de reconstruire la légitimité, la confiance et l’autorité de l’État.

Or le véritable danger qui guette Haïti est de produire une autorité électoralement légitimée mais institutionnellement impuissante.

Ce serait une légitimité de façade.

Et cette façade pourrait être encore plus dangereuse qu’une transition, parce qu’elle donnerait à la communauté internationale le sentiment d’avoir accompli sa mission alors que les causes profondes de la crise resteraient intactes.

C’est peut-être la contradiction la plus profonde de l’approche actuelle.

La communauté internationale veut pouvoir dire qu’Haïti a retrouvé un gouvernement démocratiquement élu. Mais les Haïtiens ont besoin de beaucoup plus qu’un gouvernement élu. Ils ont besoin d’un État capable de les protéger, d’une justice capable de sanctionner les criminels, d’institutions capables de fonctionner et d’un pouvoir politique capable d’exercer son autorité.

La déclaration d’Albert Ramdin devrait donc être l’occasion d’un examen de conscience.

Lorsqu’un secrétaire général de l’OEA affirme qu’il faut encore accélérer la sécurité, accélérer les engagements internationaux, rendre les progrès « visibles et mesurables » et accélérer parallèlement les préparatifs électoraux, il ne décrit pas une stratégie arrivée à son aboutissement. Il décrit une stratégie encore à la recherche de ses résultats.

C’est pourquoi ses propos peuvent être interprétés, tacitement, comme le constat de l’échec d’une communauté internationale qui, depuis des années, n’a pas réussi à transformer ses engagements en capacité réelle de l’État haïtien.

Il faut maintenant avoir le courage de poser la question que les discours diplomatiques évitent généralement :

Et si le problème n’était pas seulement qu’Haïti n’a pas encore réussi à organiser ses élections, mais que la stratégie utilisée pour l’y conduire n’a pas réussi à créer les conditions permettant à ces élections de résoudre la crise ?

Haïti ne peut pas se permettre une nouvelle expérience institutionnelle dont le seul succès serait de proclamer des résultats.

Le pays a besoin d’une élection qui permette de gouverner.

Il a besoin d’un pouvoir qui puisse exercer son autorité.

Il a besoin d’institutions capables de survivre au-delà des transitions.

Et surtout, il a besoin que la communauté internationale cesse de confondre la tenue d’un scrutin avec la résolution d’une crise.

Le 13 décembre ne doit donc pas être seulement une date sur un calendrier.

Il doit être l’aboutissement d’un processus ayant créé les conditions permettant aux Haïtiens de choisir librement leurs dirigeants et à ces dirigeants d’exercer réellement leur mandat.

Sinon, le pays risque de changer de dirigeants sans changer de réalité.

Et dans ce cas, l’élection tant attendue pourrait ne pas être la sortie de crise annoncée, mais simplement une nouvelle étape d’un cycle dont Haïti cherche depuis trop longtemps à sortir.