Haïti-Élections : où siègeront le prochain président et les parlementaires ?

Le Palais effondre d'Haiti qui n'a jamais ete reconstruit depuis le 12 janvier 2010...

Par Francklyn B. Geffrard,

PORT-AU-PRINCE, vendredi 25 septembre 2026 (RHINEWS)– Qu’avons-nous fait d’Haïti ? Et qu’est-ce que nous voulons encore faire d’Haïti ? La question peut paraître brutale. Elle est pourtant devenue incontournable au moment où le pays se prépare, du moins sur le papier, à retourner aux urnes après une décennie sans élections nationales. Le Conseil électoral provisoire a fixé au 13 décembre 2026 le premier tour des élections présidentielle et législatives, ainsi que la ratification populaire des changements proposés à la Constitution. Le second tour de la présidentielle et des législatives est prévu pour le 21 février 2027. Mais le CEP lui-même précise que le respect de ce calendrier dépend notamment de l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable et de la disponibilité des ressources financières nécessaires.

À la date du 25 septembre, il reste exactement 79 jours avant le premier scrutin annoncé. Et pourtant, au-delà des questions de sécurité, de financement, d’inscription des électeurs, d’organisation matérielle et de crédibilité du processus, une question élémentaire semble presque absente du débat national : où vont siéger les élus qui sortiront éventuellement de ces élections ?

La question mérite d’être posée frontalement. Où le prochain président de la République sera-t-il installé ? Où exercera-t-il officiellement ses fonctions ? Où recevra-t-il les représentants des autres États et les dignitaires étrangers ? Où se matérialisera la continuité de l’État ? Le Palais national, détruit par le séisme du 12 janvier 2010, n’a toujours pas été reconstruit.

Et où les députés et les sénateurs iront-ils siéger ? Où les représentants de la nation se réuniront-ils pour délibérer, légiférer, contrôler l’action gouvernementale et exercer les prérogatives que leur confère la Constitution ? Le véritable siège du pouvoir législatif n’existe toujours pas non plus.

Seize ans après le tremblement de terre qui a dévasté une partie considérable de la capitale et détruit des infrastructures essentielles de l’État, Haïti se trouve ainsi devant une situation qui devrait interpeller non seulement les dirigeants politiques, mais toute la société. Le pays se prépare à élire de nouvelles autorités alors qu’il n’a toujours pas reconstruit les deux édifices qui incarnent matériellement les pouvoirs exécutif et législatif.

Sommes-nous sérieux ?

La question n’est pas de savoir si un président peut exercer temporairement ses fonctions dans un autre bâtiment. Bien sûr qu’il le peut. La question est beaucoup plus profonde. Elle concerne la capacité d’un État à restaurer durablement ses propres institutions et à leur donner une existence physique conforme à leur importance politique, constitutionnelle et symbolique.

La Constitution haïtienne ne traite d’ailleurs pas le Palais national comme un simple immeuble administratif. L’article 153 établit le président de la République comme chef de l’État et prévoit sa résidence officielle au Palais national, sauf déplacement du siège de l’exécutif. Le bâtiment représente donc bien davantage qu’un lieu de travail ou une résidence officielle. Il constitue l’un des principaux symboles matériels de la continuité de la République.

Le propre État haïtien l’avait reconnu lorsqu’en 2017 un groupe de travail et de réflexion avait été créé pour la reconstruction du bâtiment historique du Palais national. L’arrêté instituant ce groupe rappelait explicitement la « valeur historique, culturelle et symbolique » du lieu et la nécessité de doter le pouvoir exécutif d’un cadre permettant le travail de la présidence et à la nation d’accueillir dignement ses invités. Le groupe devait notamment élaborer une feuille de route, organiser un concours architectural et définir le programme de reconstruction.

Ce n’était donc pas une idée vague. L’État avait commencé à organiser la reconstruction. Un concours architectural a effectivement été lancé et, en janvier 2020, dix ans après le séisme, le projet de la firme Raco Deco a été retenu pour reconstruire le Palais national.

Et pourtant, six ans après le choix du projet et seize ans après la catastrophe, le Palais national n’est toujours pas là.

Comment expliquer une telle situation ?

Comment comprendre qu’un État puisse passer par un groupe de travail, des études, des réflexions, un concours architectural et la sélection d’un projet sans parvenir, des années plus tard, à matérialiser le siège historique de son pouvoir exécutif ?

Il ne s’agit plus simplement d’une question de bâtiment. C’est une question de capacité institutionnelle. C’est une question de continuité de l’État. C’est une question de volonté politique.

Le même raisonnement vaut pour le Parlement, avec une dimension supplémentaire : celle de la gestion des ressources publiques.

Après le séisme, les États-Unis ont construit et financé un bâtiment provisoire destiné à permettre au Parlement haïtien de continuer à fonctionner. Le caractère temporaire de cette solution était précisément lié à la perspective de construire de nouveaux locaux permanents. Or le provisoire s’est installé dans la durée.

Pendant ce temps, le projet de construction du véritable siège du Parlement a donné lieu à des contrats, des décaissements, des études, des reprises et des controverses.

Le dossier PetroCaribe est particulièrement révélateur. Dans ses travaux sur la gestion des projets financés par le fonds, la commission sénatoriale chargée d’enquêter sur les dépenses a relevé des irrégularités concernant le contrat attribué à Constructora HADOM pour la construction du Palais législatif. Le contrat, d’un montant de plus de 33 millions de dollars, avait notamment été conclu avec une entreprise dont la commission avait contesté le respect de certaines conditions prévues dans le processus de passation des marchés.

Il faut toutefois faire preuve de précision : une irrégularité relevée dans une procédure de marché public ne constitue pas automatiquement la preuve d’un détournement de fonds. De même, il ne faut pas confondre les conclusions d’une commission parlementaire avec celles d’un audit de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif. Ce qui doit être demandé, précisément, c’est la publication et la mise en cohérence de l’ensemble des informations disponibles sur les contrats, les décaissements, l’exécution physique des travaux, les avenants, les audits et les responsabilités éventuellement établies.

C’est là que la question devient incontournable : combien l’État haïtien a-t-il effectivement dépensé depuis 2010 pour reconstruire son Parlement ? Combien de contrats ont été signés ? Quels montants ont été décaissés ? Quels travaux ont réellement été exécutés ? Quels contrats ont été interrompus, renégociés ou repris ? Quelles conclusions les institutions de contrôle ont-elles rendues ? Et surtout, quelles responsabilités ont été établies lorsque des irrégularités ont été constatées ?

La CSCCA n’est pas une institution décorative. Elle est précisément chargée du contrôle des finances publiques. Son audit spécifique sur la gestion du fonds PetroCaribe comporte d’ailleurs une section consacrée aux projets relevant de l’Unité de construction de logements et de bâtiments publics.

La République doit donc être capable de répondre à ces questions autrement que par le silence, les promesses ou la succession de nouveaux projets.

Car le problème n’est pas seulement que le Parlement n’a pas été reconstruit. Le problème est qu’un pays peut mobiliser des ressources publiques pendant des années autour d’un projet aussi essentiel sans parvenir à expliquer clairement à ses citoyens pourquoi le résultat attendu n’est toujours pas là.

C’est ici que le symbole rejoint la réalité politique.

Un Parlement n’est pas simplement une salle où des élus se réunissent. Il représente la nation délibérante. Il incarne la représentation politique du peuple. Il est le lieu où la loi est discutée, adoptée et contestée, où l’action du gouvernement peut être contrôlée et où les intérêts contradictoires de la société doivent pouvoir se confronter dans un cadre institutionnel.

De la même manière, le Palais national n’est pas simplement l’adresse du chef de l’État. Il est l’un des symboles les plus visibles de la souveraineté nationale. C’est l’endroit où la République accueille ses hôtes, où s’exerce une partie de la représentation officielle de l’État et où se matérialise, aux yeux des citoyens comme des étrangers, la permanence du pouvoir exécutif.

Lorsqu’un État perd temporairement ces bâtiments à la suite d’une catastrophe naturelle, cela peut être compris. Lorsqu’il les reconstruit rapidement, il démontre sa capacité de résilience. Mais lorsque seize années passent et que les symboles matériels de deux pouvoirs essentiels de la République demeurent absents, la question change de nature.

Le provisoire devient permanent.

Et lorsque le provisoire devient permanent, il finit par modifier notre rapport à l’État.

Nous avons progressivement accepté l’idée qu’une République puisse fonctionner sans Palais national. Nous avons accepté qu’un Parlement national travaille pendant des années dans des locaux conçus comme une solution temporaire. Nous avons accepté que les institutions déménagent, se déplacent, changent de locaux et cherchent continuellement des espaces où exercer leurs fonctions.

Mais jusqu’où peut-on aller dans cette normalisation de l’anormal ?

Peut-on accepter comme normal qu’un État soit toujours ambulant ? Peut-on accepter qu’il soit constamment obligé de déplacer ses institutions pour les protéger de la violence des groupes armés ? Peut-on accepter que les sièges institutionnels de la République deviennent secondaires au point que leur absence ne provoque même plus une véritable indignation nationale ?

La question est d’autant plus grave que le problème des bâtiments s’inscrit aujourd’hui dans une crise beaucoup plus large de la présence territoriale de l’État.

Une partie considérable de Port-au-Prince demeure sous l’influence ou le contrôle de groupes armés. L’insécurité a déjà contraint des centaines de milliers de personnes à se déplacer et continue de compromettre le fonctionnement normal des institutions. Reuters rapportait en juillet que les groupes armés contrôlaient une grande partie de la capitale et que les autorités avaient déjà dû reporter des échéances électorales en raison de l’insécurité.

Dans ces conditions, la question de savoir où siègeront les futurs élus n’est plus une curiosité architecturale. Elle devient une question de souveraineté.

Car un État ne peut pas indéfiniment se contenter d’exister à travers des adresses provisoires.

Il doit pouvoir garantir la sécurité de ses institutions, la permanence de leur fonctionnement et leur présence dans les lieux où s’exerce l’autorité républicaine.

Le contraste devient particulièrement saisissant lorsque l’on regarde le calendrier électoral. À moins de trois mois du scrutin annoncé, le pays doit encore résoudre des problèmes considérables liés à la sécurité, à l’inscription des électeurs et à la logistique électorale. Le CEP prévoit notamment que l’inscription des électeurs se poursuive jusqu’au 13 octobre et que la campagne du premier tour commence le 5 octobre. Il conditionne cependant explicitement le respect de son calendrier à la situation sécuritaire et aux ressources financières disponibles.

Il serait donc imprudent de déclarer aujourd’hui que les élections du 13 décembre auront nécessairement lieu. Mais il serait tout aussi imprudent d’affirmer qu’elles n’auront pas lieu. La seule certitude, à ce stade, est que le calendrier existe et que son propre promoteur reconnaît les conditions dont dépend sa mise en œuvre.

C’est précisément pourquoi la question des infrastructures institutionnelles doit être posée maintenant, et non après les élections.

Car supposons que le scrutin ait lieu. Supposons qu’un président soit élu. Supposons que des députés et des sénateurs soient élus. Que fera-t-on ensuite ?

Le président ira-t-il travailler à la Primature ?

La Primature elle-même a changé de localisation au fil des années. Le gouvernement a dû fonctionner dans des espaces qui n’étaient pas conçus pour devenir indéfiniment les symboles de la permanence du pouvoir exécutif.

Et les parlementaires ?

Retourneront-ils dans le bâtiment provisoire mis à disposition après le séisme ? Dans quelles conditions ? Avec quelles garanties de sécurité ? Avec quelle capacité d’accueillir durablement les deux chambres, leurs commissions, leurs services administratifs, leurs archives et leurs collaborateurs ?

Et si les conditions sécuritaires ne permettent même pas de garantir la présence permanente du Parlement dans la zone où se trouve son bâtiment provisoire, quelle conception avons-nous alors de la représentation nationale ?

Le problème ne se limite donc pas à la prochaine élection. Il touche à la nature même de l’État que nous voulons construire.

Une élection peut donner une légitimité électorale à un président et à des parlementaires. Elle ne leur donnera pas automatiquement des institutions fonctionnelles. Un bulletin de vote ne construit pas un Palais national. Une proclamation de résultats ne reconstruit pas le Parlement. Une cérémonie d’investiture ne rétablit pas, par elle-même, l’autorité territoriale de l’État.

C’est là que se trouve l’une des contradictions les plus profondes de notre moment politique.

Nous parlons de transition démocratique, de retour à l’ordre constitutionnel, de nouvelles élections et de renouvellement des institutions. Mais nous semblons encore incapables de répondre à une question aussi élémentaire que celle-ci : où les institutions renouvelées vont-elles physiquement exercer leur pouvoir ?

À quoi sert-il de reconstruire une façade électorale de la République si nous ne reconstruisons pas en même temps les conditions matérielles et sécuritaires qui permettent à cette République de fonctionner ?

Et où est passée la puissance de l’État, détenteur de la violence légitime ?

Cette question ne signifie pas que l’État doit être violent. Elle renvoie à un principe fondamental de la souveraineté moderne : l’État est censé être l’autorité publique capable de faire respecter la loi sur l’ensemble de son territoire et de garantir la sécurité de ses institutions et de ses citoyens.

Or que dit au monde l’image d’un État dont les bâtiments symboliques restent détruits seize ans après une catastrophe, dont le Parlement fonctionne dans une structure provisoire et dont les institutions doivent constamment s’adapter à l’évolution de la violence armée ?

Quelle image donnons-nous de la République d’Haïti ?

Quelle image donnons-nous de notre souveraineté ?

Et surtout, quel message envoyons-nous à nos propres citoyens ?

La responsabilité ne peut évidemment pas être attribuée à un seul gouvernement. Seize années représentent une succession de gouvernements, de parlements, de responsables administratifs, de partis politiques, de secteurs économiques, d’organisations de la société civile et de partenaires internationaux. Tous ne portent pas la même responsabilité et il serait intellectuellement malhonnête de les placer indistinctement dans le même ensemble.

Mais cette continuité dans l’échec oblige précisément à poser la question de la responsabilité collective.

Pourquoi la reconstruction du Palais national n’a-t-elle jamais été érigée en priorité nationale durable ?

Pourquoi le Parlement n’a-t-il jamais été livré malgré les différentes initiatives et les ressources engagées ?

Pourquoi les institutions de contrôle n’ont-elles pas produit, puis rendu suffisamment accessibles au public, une comptabilité exhaustive permettant de suivre l’argent consacré à ces projets ?

Pourquoi la classe politique haïtienne ne fait-elle pas de la reconstruction des sièges de souveraineté un enjeu majeur du débat public ?

Pourquoi la société civile, si prompte à dénoncer les crises institutionnelles, ne fait-elle pas de la question des infrastructures de l’État une exigence permanente de reddition de comptes ?

Pourquoi acceptons-nous aussi facilement que le provisoire devienne notre manière permanente de gouverner ?

Ce sont là des questions que nous devons avoir le courage de poser.

Il ne s’agit pas de construire des palais pour satisfaire le prestige d’une classe politique. Il ne s’agit pas de gaspiller des ressources dans des édifices somptueux alors que la population manque de services essentiels. Il s’agit de savoir si la République considère ses institutions comme suffisamment importantes pour leur garantir des espaces permanents, sécurisés, fonctionnels et dignes de leur mission.

La reconstruction doit évidemment être soumise à la transparence, à la concurrence, au contrôle des dépenses publiques et à des normes modernes de construction. Elle doit être pensée en fonction des besoins réels de l’État et des contraintes économiques du pays. Elle ne doit surtout pas devenir un nouveau prétexte à des contrats opaques ou à des dépenses incontrôlées.

Mais renoncer à reconstruire les symboles institutionnels de l’État au nom des difficultés économiques reviendrait également à accepter une conception minimaliste et presque résignée de la souveraineté.

Un pays ne peut pas éternellement demander à ses citoyens de croire en l’État alors que l’État lui-même semble avoir cessé de croire en la nécessité de matérialiser ses propres institutions.

Haïti doit donc demander des comptes. Pas seulement sur l’argent dépensé, mais sur les décisions prises, les promesses faites, les projets abandonnés, les contrats signés, les études réalisées, les travaux exécutés et les responsabilités établies.

Il faut savoir ce qui s’est passé avec le Palais national. Il faut savoir ce qui s’est passé avec le Palais législatif. Il faut connaître les montants engagés et les montants réellement dépensés. Il faut publier les résultats des audits pertinents. Il faut distinguer les fautes administratives des infractions pénales et les soupçons des faits établis.

Mais il faut surtout sortir de cette culture politique dans laquelle l’échec d’un projet public semble ne jamais avoir de véritable propriétaire.

Seize ans après le séisme, personne ne devrait pouvoir considérer comme normal que la République d’Haïti prépare le renouvellement de ses institutions sans être capable de répondre simplement à cette question : où vont-elles siéger ?

La réponse ne peut pas être éternellement : quelque part.

Le président de la République doit avoir une institution présidentielle qui existe non seulement dans la Constitution, mais également dans l’espace national. Le Parlement doit disposer d’un siège permanent, sécurisé et adapté à sa mission. Les institutions de la République doivent pouvoir fonctionner sans être constamment déplacées au gré des circonstances.

Ce n’est pas une question de luxe. C’est une question de dignité institutionnelle.

C’est aussi une question de souveraineté.

Alors, oui, il faut demander : qu’avons-nous fait d’Haïti ? Mais il faut surtout demander : qu’allons-nous encore faire d’Haïti ?

Allons-nous continuer à organiser des élections sans reconstruire les conditions matérielles de fonctionnement de l’État ? Allons-nous continuer à proclamer la restauration des institutions alors que leurs sièges physiques demeurent détruits ou provisoires ? Allons-nous continuer à déplacer l’État au lieu de restaurer son autorité ? Allons-nous continuer à considérer comme normal qu’une République puisse vivre pendant seize ans sans les maisons institutionnelles de ses deux principaux pouvoirs politiques ?

Sommes-nous sérieux ?

Est-ce que nous nous respectons vraiment ?

La question n’est finalement pas seulement de savoir où siégeront le prochain président, les députés et les sénateurs. La question est de savoir si nous voulons encore construire un État capable de durer.

Parce qu’une République ne se résume pas à des élections. Elle a besoin d’institutions. Les institutions ont besoin de moyens. Les moyens doivent être contrôlés. Et l’autorité publique doit pouvoir s’exercer dans un espace sécurisé, permanent et reconnu.

Si nous sommes incapables, seize ans après le séisme, de reconstruire les lieux qui incarnent matériellement la souveraineté nationale, alors il faut avoir le courage de reconnaître que le problème dépasse largement le béton, l’architecture et les marchés publics.

Le problème est peut-être que nous avons fini par accepter l’inacceptable.

Et qu’un peuple qui finit par considérer l’anormal comme normal risque, un jour, de ne plus savoir exactement ce qu’il doit exiger de son État.