Par Evens Dubois.
NEW-York, vendredi 5 décembre. 2025 (RHINEWS)- En marge d’un forum économique « La Russie vous appelle ! » tenu à Moscou ce mardi 2 décembre 2025, le président Vladimir Poutine a déclaré : « Nous n’avons pas l’intention de faire la guerre à l’Europe, mais si l’Europe le souhaite et commence, nous sommes prêts dès maintenant. » Le président russe accuse les Européens de vouloir « empêcher » les efforts américains visant à mettre fin au conflit en Ukraine et de s’être « écartés eux-mêmes » des négociations. Pour lui, l’Europe n’a « pas de programme de paix » et se place « du côté de la guerre ». Il s’est exprimé devant des journalistes avant une rencontre avec l’émissaire américain Steve Witkoff, envoyé spécial du président Donald Trump. Cette sortie musclée vise à river le clou aux dirigeants européens, en les décrivant comme prisonniers d’une lubie : celle de pouvoir infliger une « défaite stratégique » à la Russie. Mais derrière cette confrontation immédiate se dessine une toile plus large : celle des contradictions occidentales, des calculs géopolitiques et d’un mépris civilisationnel rappelant les heures sombres de l’histoire européenne.
Les capitales occidentales clament vouloir la paix, mais chaque fenêtre d’opportunité pour un cessez-le-feu est torpillée par des conditions irréalistes ou par un soutien militaire accru à Kiev (capitale de l’Ukraine, siège du pouvoir central). Le mot « paix » devient une posture diplomatique, un slogan répété à l’infini mais vidé de son contenu. L’Occident le brandit comme une bannière, mais agit d’une autre façon, promettant la fin des hostilités tout en alimentant les flammes. Ce paradoxe nourrit la méfiance et révèle une duplicité : derrière les discours, c’est la logique de l’affrontement qui domine. La mémoire des accords de Minsk II plane sur le conflit, ce compromis de 2015 ayant donné à l’Ukraine un répit… mais aussi le temps de se réarmer. Pour Moscou, ce fut une trahison, une manœuvre dilatoire orchestrée par Angela Merkel et François Hollande.
Aujourd’hui, la Russie soupçonne l’Occident de vouloir rejouer la même partition : un cessez-le-feu tactique suivi d’une reprise des hostilités quelques années plus tard. Minsk II devient ainsi le symbole d’une paix trompeuse, une façade destinée à préparer la guerre.
Le rouleau compresseur russe face au bêtize
Depuis quand une armée qui avance comme un rouleau compresseur, avalant du terrain à un rythme effréné, devrait-elle baisser les armes sur ordre du perdant ? Cette absurdité, répétée en boucle par les médias occidentaux, illustre la dissonance entre la réalité du champ de bataille et la narration politique. Emmanuel Macron et ses homologues européens veulent dicter leurs conditions à la Russie, comme si Moscou devait stopper la guerre par simple injonction. L’image est saisissante : c’est comme si Hitler, après le débarquement en Normandie, avait prétendu imposer son tempo aux Alliés. Une inversion grotesque des rapports de force, une illusion entretenue par ceux qui refusent de regarder la réalité en face. Cette posture traduit une arrogance civilisationnelle : l’Occident croit pouvoir imposer ses règles même lorsqu’il n’a plus la maîtrise du terrain, parlant de paix tout en formulant des diktats au moment même où l’adversaire avance.
Une confrontation risquée avec une puissance nucléaire
L’Occident agit comme si la Russie pouvait être traitée comme un adversaire ordinaire, alors qu’il s’agit d’une puissance nucléaire enracinée dans une civilisation millénaire. La stratégie occidentale, faite de sanctions économiques, d’isolement diplomatique et de soutien militaire à Kiev, comporte un risque majeur : pousser Moscou à durcir sa posture et à se rapprocher encore davantage de la Chine, de l’Inde ou de l’Iran pour bâtir un contre-bloc. Défier une puissance nucléaire revient à jouer avec le feu, comme organiser un pique-nique au bord d’un volcan en croyant que la lave ne jaillira jamais.
Le racisme implicite de l’Occident face à la Russie
Au-delà des calculs géopolitiques, la guerre a révélé un biais profond dans la perception occidentale de la Russie. Dès les premières heures du conflit, plusieurs médias occidentaux soulignaient que les Ukrainiens « leur ressemblent », qu’ils partagent un « mode de vie occidental », tandis que la Russie était décrite avec des images archaïques, presque déshumanisantes : « barbares », « héritiers d’Ivan le Terrible », « empire asiatique ». L’épisode selon lequel Moscou aurait récupéré des composants électroniques dans des appareils électroménagers pour soutenir son effort de guerre a renforcé cette vision condescendante. Ce langage rappelle celui de l’opération Barbarossa, lorsque les nazis considéraient les Slaves comme des sous-hommes. Aujourd’hui encore, l’Ukraine est présentée comme une frontière de civilisation, tandis que la Russie est reléguée hors d’Europe.
Ce racisme implicite éclaire la facilité avec laquelle l’Occident parle de paix tout en alimentant la guerre, ou défend la démocratie tout en refusant à la Russie un statut de partenaire égal. La guerre russo-ukrainienne a ravivé un parfum de revanche historique : plusieurs dirigeants européens portent dans leurs lignées familiales des ombres liées au passé nazi. Ursula von der Leyen ou Kaja Kallas ont vu ces ascendances évoquées publiquement. Chrystia Freeland, ministre canadienne des Affaires étrangères, est d’origine ukrainienne par sa famille maternelle, et son grand-père, Michael Chomiak, était rédacteur en chef du journal Krakivs’ki Visti en Pologne occupée, organe de propagande contrôlé par les nazis. En 1942, il titrait « Glorieuse victoire allemande » après le raid de Dieppe qui coûta la vie à des milliers de soldats canadiens. L’information révélée en 2017 a montré le rôle de collaborateur que Freeland avait longtemps nié.
Ce qui choque encore davantage, c’est la façon dont certains discours occidentaux semblent réhabiliter une mémoire nazie au mépris des Russes qui se sont sacrifiés pour vaincre Hitler. L’image d’un ancien de la Waffen-SS applaudi au Parlement canadien illustre cette dérive et cette démesure. Kaja Kallas a même affirmé que la Russie est « trop grande pour posséder toutes ces richesses dans son sous-sol », rêvant de la démembrer en plusieurs États afin de s’approprier ses ressources. Ces propos témoignent d’une logique prédatrice rappelant les ambitions expansionnistes du passé.
Parallèlement, ces dirigeants belliqueux sont confrontés à une forte impopularité dans leurs pays respectifs. Inflation, crise énergétique, dépenses militaires croissantes : la guerre en Ukraine divise profondément les opinions publiques. Une partie des citoyens estime que les coûts sont trop lourds et que la politique extérieure est déconnectée des réalités quotidiennes. Cette impopularité fragilise leur légitimité et alimente l’idée que leur engagement international relève du calcul politique ou de la volonté de masquer leurs échecs internes.
En définitive, la guerre en Ukraine reflète non seulement les ambitions de Moscou, mais aussi les illusions de l’Occident. Elle montre que derrière les discours sur des valeurs universelles se cache une hiérarchie implicite où certains peuples sont jugés plus dignes de compassion que d’autres. En traitant la Russie comme un corps étranger à l’Europe, en tolérant des relents de réhabilitation nazie et en rêvant de dépecer un pays pour s’approprier ses richesses, l’Occident répète les erreurs du passé. Il réactive les fantômes de Barbarossa et rejoue la vieille partition de l’arrogance, du mépris et du racisme. Mais cette illusion de supériorité finit toujours par se briser au contact de la réalité.
Evens Dubois
Brooklyn, NY
12/05/25

