Par James Cadet,
PORT-AU-PRINCE, mardi 6 octobre 2026 – Les ajustements annoncés par le Conseil électoral provisoire constituent une avancée. Ils doivent désormais s’inscrire dans une démarche cohérente pour rendre possible un scrutin transparent, inclusif et crédible.
Par James CADET | Citoyen engagé
Haïti doit retrouver un fonctionnement démocratique régulier. Cette nécessité engage la légitimité des dirigeants et le droit des citoyens à choisir leur avenir. Elle impose aussi une responsabilité : établir les conditions qui permettront aux élections d’ouvrir une issue à la crise. Un scrutin précipité, dont la crédibilité serait compromise avant même le vote, risquerait d’aggraver les fractures qu’il devrait contribuer à résorber.
C’est avec cette préoccupation que je prends part au débat public. Mon attention se porte particulièrement sur la sécurité et les conditions du retour aux urnes, deux exigences indissociables. Je mesure la difficulté des responsabilités exercées par les autorités. Ma démarche demeure celle d’un citoyen conscient des limites de sa contribution, attaché aux institutions de son pays et désireux de les voir réussir. Cet attachement appelle une vigilance respectueuse, capable de reconnaître les avancées comme de signaler les fragilités.
Dans ma tribune « Élections en Haïti : je m’inscris en faux contre la fuite en avant électorale », publiée dans Le Nouvelliste le 23 septembre 2026, puis dans le magazine Haïti-Espoir, no 56, volume 2, daté du 26 septembre au 3 octobre 2026, j’avais attiré l’attention du CEP et du Gouvernement sur plusieurs risques : l’incohérence du calendrier, les campagnes prématurées, l’insuffisance des garanties de neutralité et l’incertitude des conditions matérielles du scrutin.
Les décisions récentes du CEP rejoignent plusieurs de ces préoccupations. Après avoir mis en garde contre les campagnes anticipées, le CEP annonce, dans sa note du 5 octobre, la prolongation jusqu’au 31 octobre de l’inscription des candidats et du dépôt des pièces, le report de la campagne ainsi que la préparation d’un calendrier actualisé. Il convient de saluer ces mesures sans leur attribuer une origine particulière. Leur valeur réside dans leur contribution à un processus mieux ordonné.
Ces premiers ajustements doivent toutefois trouver leur prolongement dans une cohérence d’ensemble. Le prochain calendrier devra ménager le temps nécessaire aux inscriptions, aux vérifications, aux contestations et à la campagne, tout en reposant sur des capacités opérationnelles démontrables. Déplacer des échéances ne résout pas, à lui seul, les difficultés qui les rendent incertaines.
La sécurité des territoires, l’accès aux centres de vote, la liberté de circulation, la fiabilité du registre et la participation des personnes déplacées doivent ainsi faire l’objet d’une évaluation rigoureuse. La protection des identités sur les plateformes numériques, la transparence des financements et l’accès effectif aux recours conditionnent également la confiance. Il ne serait raisonnable ni d’attendre la disparition de toutes les difficultés ni d’en minimiser les conséquences. Il faut établir les garanties indispensables et montrer comment elles seront réunies.
C’est pourquoi je réitère l’appel à instituer, pour une durée initiale de quatre-vingt-dix jours, un dispositif national temporaire d’évaluation, d’alerte et de suivi des conditions électorales. Dans le respect des compétences du CEP et des institutions concernées, il réunirait les données disponibles, suivrait des indicateurs publics et signalerait les obstacles appelant une décision. Son mandat, sa composition et ses méthodes devraient être transparents, avec des garanties d’indépendance.
Ce mécanisme offrirait une base commune pour apprécier les progrès, orienter les dépenses et déterminer une échéance soutenable. Sa durée ne vaudrait pas report automatique du scrutin. Il s’agirait d’éclairer les choix suffisamment tôt pour prévenir les impasses, plutôt que de découvrir leurs conséquences une fois les ressources engagées et les tensions installées.
La même exigence de vérification doit s’appliquer à la neutralité institutionnelle. Il importe notamment de distinguer les responsabilités du Gouvernement des influences politiques, économiques et autres intérêts susceptibles de peser sur les décisions publiques ou de bénéficier d’un accès privilégié à l’État.
Les engagements gouvernementaux doivent donc être accompagnés de contrôles sur l’usage des ressources publiques, l’accès aux médias d’État et les avantages susceptibles de découler de nominations ou de programmes administratifs. Les règles encadrant les campagnes doivent être appliquées uniformément. Ces garanties rendraient tangible la volonté de neutralité du Gouvernement et protégeraient l’autorité du CEP.
Cette vigilance ne suppose aucun procès d’intention. Elle vise à empêcher que des stratégies de conquête ou de conservation du pouvoir n’altèrent progressivement l’équité du processus, jusqu’à provoquer une crise électorale d’une ampleur nouvelle. La confiance publique se construit lorsque les règles résistent aux intérêts particuliers et que leur application peut être constatée.
Je souhaite la réussite des institutions chargées de préparer ce retour démocratique. Reconnaître leurs avancées et demander que l’effort se poursuive relèvent du même engagement. Haïti a besoin d’élections dont le peuple puisse reconnaître la sincérité et accepter les résultats. Donner à cette ambition des fondements solides est une manière de servir les institutions et de respecter les citoyens auxquels elles doivent répondre.

