PORT-AU-PRINCE, mercredi 18 février 2026 (RHINEWS)- Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a publié un bilan non exhaustif du fonctionnement de l’appareil judiciaire haïtien, dénonçant de graves dysfonctionnements structurels, l’aggravation de la détention préventive prolongée et l’inaction du Ministère de la Justice et de la Sécurité publique face à la dégradation continue du système.
Selon l’organisation de défense des droits humains, « de nombreux tribunaux de paix sont désaffectés en raison de l’insécurité », tandis que « les juridictions de première instance sont dysfonctionnelles ». Le RNDDH souligne en particulier l’absence d’audiences criminelles dans certaines juridictions importantes, notamment à Port-au-Prince, précisant que dans d’autres ressorts, « ce sont les chefs de juridiction qui s’arrangent pour les organiser ». Il en résulte, selon le rapport, que « très peu d’audiences criminelles avec assistance de jury sont tenues ».
L’organisation met en avant le bilan de l’année judiciaire 2024-2025 pour illustrer l’ampleur de la crise. « Seulement 243 personnes sont jugées dans les 18 juridictions de première instance du pays », alors que « plus de 6 000 personnes, soit 82 % de la population carcérale, sont en attente de jugement », dont plusieurs sont incarcérées pour leur implication probable dans la perpétration d’un crime. Pour le RNDDH, ce « maigre bilan » constitue « la preuve que l’appareil judiciaire haïtien fonctionne très mal ».
Le document relève également que les promesses faites aux greffiers, huissiers, commissaires du gouvernement et à leurs substituts d’améliorer leurs conditions de travail et de régulariser leur situation « n’ont jamais été tenues par les autorités judiciaires ». « Les grèves se suivent et se succèdent », constate l’organisation, estimant que ces mouvements paralysent « encore plus l’appareil judiciaire déjà malade ».
Le RNDDH souligne par ailleurs que les pôles judiciaires spécialisés créés en 2024 pour lutter contre les crimes de masse, les violences sexuelles et les crimes financiers, ainsi que les nouvelles juridictions de paix et de première instance, « ne sont pas fonctionnels, en dépit des promesses qui ont été faites en ce sens ». L’organisation dénonce également la situation du Centre de rééducation des mineurs en conflit avec la loi (CERMICOL), affirmant qu’il est « converti depuis 2024 en un véritable complexe pénitentiaire où sont entassés femmes, filles, garçons et hommes, dans la promiscuité, l’insalubrité et le non-respect de la dignité qui leur est due ».
À ces difficultés s’ajoutent, selon le RNDDH, des interrogations sur le respect des règles de passation de marché dans le cadre d’un projet de construction de trois nouvelles prisons. L’organisation indique que « six avis défavorables de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif ne sont pas de nature à décourager ce projet non viable de construction dans des localités complètement sous le contrôle des bandits armés ».
Estimant que l’ensemble de ces problèmes « ne semblent pas affecter le ministère de la Justice et de la Sécurité publique », le RNDDH appelle les autorités à prendre des mesures urgentes afin de rétablir le fonctionnement normal de l’appareil judiciaire et de garantir le respect des droits fondamentaux des personnes détenues.

