GRAND PRÉ (Quartier-Morin), jeudi 24 juillet 2025 (RHINEWS) – L’ancien député de Quartier-Morin, Hugues Célestin, a livré ce mardi un témoignage poignant mêlant spiritualité, critique sociale, mémoire historique et appel à l’insurrection des consciences. Intitulée « Loas et Saints en liesse ; mémoires oubliées », sa tribune sonne comme une dénonciation solennelle de l’oubli organisé de l’histoire haïtienne, et une défense vibrante du rôle subversif et sacré de la spiritualité populaire dans la lutte pour la dignité nationale.
« Le mois de juillet n’est pas un simple repère dans le calendrier républicain », écrit Hugues Célestin. Il y voit « la saison des orages du mystique populaire », où les tambours vodou résonnent plus fort que les clochers, soulevant les voiles du clérical pour faire place à un sacré incarné, enraciné dans la terre, les morts et les coutumes. Dans ce contexte, l’ancien député dépeint avec une force poétique saisissante la ferveur spirituelle qui envahit Saut-d’Eau et d’autres hauts lieux de pèlerinage : « Saints vernissés et loas indociles s’invitent sans protocole dans les chairs et les consciences ».
À Saut-d’Eau, le 15 juillet 2025, pendant que les foules pieuses convergent vers la cascade sacrée, Célestin décrit la scène bouleversante d’un homme, vodouisant silencieux, traversant les zones contrôlées par les gangs armés pour aller déposer plainte mystique contre l’injustice d’État : « Il offrit le coq noir, sept chandelles rouges, sept noires […] et lança d’une voix claire : ‘Boran ! Kriminèl ki fè m ap kriye a voye l jwenn Bawon Samdi san pran tan.’ » Quelques jours plus tard, dit-il, l’officiel ciblé par cette invocation mourut subitement, alors que la République parlait pudiquement d’un arrêt cardiaque. « Boran pa jwe », murmuraient pourtant les témoins à Saut-d’Eau.
Pour l’ex-député, ces manifestations spirituelles de masse – à Saut-d’Eau, Bas-Limbé, Plaine-du-Nord, Limonade – sont des formes de résistance qui échappent aux radars des institutions et des bailleurs. « Les statistiques officielles, trop occupées à comptabiliser la détresse, ignorent royalement ce déplacement massif », écrit-il. Il insiste : « Aucune élection truquée, aucun référendum bâclé […] ne suscite autant de ferveur ni ne porte autant de sens. »
Selon lui, cette effervescence spirituelle est aussi économique. « L’économie des fêtes champêtres, réelle, bruyante, mystique, palpite dans les entrailles délaissées du Nord », affirme-t-il. Hugues Célestin évoque une « économie circulaire que les économistes colonisés snobent », mais qui fait vivre des dizaines de milliers de familles, sans l’aide de l’État, des ONG ou des bailleurs étrangers. « Le loa prend, mais il redistribue : sans bureaucratie, sans corruption, sans népotisme », écrit-il avec force.
Mais cette vitalité populaire ne saurait faire oublier les plaies du passé. Dans une envolée finale, Célestin fustige l’effacement méthodique de deux dates clés de l’histoire haïtienne : le 17 avril 1825, jour où la France imposa à Haïti une rançon de 150 millions de francs or pour reconnaître son indépendance, et le 28 juillet 1915, date de l’occupation américaine. « Une anesthésie nationale, dosée avec méthode par les élites locales, encensée par des autels complaisants, et grassement subventionnée par des agences qui préfèrent des Haïtiens en transe plutôt qu’en conscience », écrit-il avec virulence.
Face à cet oubli organisé, il appelle à une reconquête de la mémoire historique à travers la mémoire mystique : « Il faut arracher la spiritualité à son statut de refuge passif pour en faire une arme de combat. » Pour lui, l’avenir d’Haïti ne réside ni dans les élections téléguidées, ni dans les négociations internationales, mais dans une réappropriation collective de son héritage spirituel et révolutionnaire. « Ce qu’il faut, c’est une révolte de la mémoire, une rébellion sacrée, un soulèvement spirituel », assène-t-il.
Concluant son texte en appelant à la « réactivation de notre mémoire indigène, rebelle, insoumise », Hugues Célestin lance un avertissement : « Un peuple sans mémoire n’est pas simplement désarmé pour l’avenir ; il est mûr pour toutes les bassesses, toutes les manipulations, toutes les redditions honteuses. »

