États-Unis : la fin du TPS de plus de 300 000 Haïtiens alimente les craintes de pénuries de main-d’œuvre…

Vue d’une construction en cours…

WASHINGTON, mercredi 29 juillet 2026 (RHINEWS) – La fin du statut de protection temporaire (TPS) pour plus de 300 000 ressortissants haïtiens aux États-Unis suscite de vives inquiétudes au sein de plusieurs secteurs de l’économie américaine, alors que les prolongations temporaires des permis de travail accordées par les tribunaux ont officiellement pris fin à la suite d’une décision de la Cour suprême ouvrant la voie à l’administration Trump pour mettre un terme à cette protection.

Des coalitions d’entreprises, des économistes ainsi que des élus locaux des partis démocrate et républicain estiment que la perte soudaine de l’autorisation légale de travailler pour des centaines de milliers de personnes risque d’aggraver les pénuries de main-d’œuvre déjà observées dans plusieurs secteurs stratégiques de l’économie américaine.

Le secteur des soins de santé figure parmi les plus touchés. Selon les estimations citées par plusieurs analyses économiques, environ 21 000 bénéficiaires haïtiens du TPS travaillent à l’échelle nationale comme aides-soignants ou accompagnateurs de personnes âgées. Des responsables d’établissements de soins de longue durée, notamment dans les États du Massachusetts et de New York, disent craindre une aggravation des difficultés de recrutement.

Les secteurs de la construction et de l’hôtellerie anticipent également des perturbations importantes. Des organisations représentant les employeurs du bâtiment, dont l’Associated Builders and Contractors, ont sollicité les autorités fédérales afin d’alerter sur les conséquences de la disparition rapide d’une partie de cette main-d’œuvre, estimant que les chantiers et les activités de services risquent d’en subir les répercussions.

L’industrie manufacturière et la logistique sont aussi concernées. À Springfield, dans l’Ohio, où la communauté haïtienne a contribué à soutenir la croissance de plusieurs entreprises manufacturières, des employeurs doivent désormais composer avec la perte du droit au travail de salariés présents depuis plusieurs années.

Au-delà des effets sectoriels, plusieurs économistes mettent en avant les répercussions macroéconomiques de cette décision. Le Penn Wharton Budget Model, un centre d’analyse indépendant, a déjà estimé que les bénéficiaires haïtiens du TPS contribuaient chaque année à hauteur de plusieurs milliards de dollars au produit intérieur brut (PIB) américain grâce à leur participation au marché du travail et à leurs dépenses de consommation, tout en versant des centaines de millions de dollars en impôts.

La Chambre de commerce des États-Unis a également intensifié ses démarches auprès des dirigeants du Sénat afin de promouvoir une solution législative. Selon l’organisation patronale, la disparition de milliers de travailleurs autorisés « réduit la productivité » et « augmente les coûts d’exploitation » des entreprises, qui doivent désormais recruter et former de nouveaux employés dans un marché du travail déjà tendu.

Sur le plan politique, le Département de la sécurité intérieure (DHS) affirme que le TPS a toujours été conçu comme une mesure d’urgence temporaire et que son maintien au-delà de cette vocation initiale ne correspond pas à l’objectif du programme.

Plusieurs responsables locaux contestent toutefois cette approche. Le gouverneur républicain de l’Ohio, Mike DeWine, a notamment qualifié la suppression du TPS d’« erreur », estimant que ses conséquences économiques seront importantes pour les entreprises et les collectivités de son État.

Au Congrès, une tentative menée par des sénateurs démocrates visant à adopter une prolongation bipartisane du TPS jusqu’en 2029 a été bloquée par les républicains. Ces derniers soutiennent que le programme a progressivement été utilisé comme une voie indirecte vers une immigration permanente de grande ampleur.

Alors que les autorités fédérales renforcent leurs opérations de contrôle de l’immigration, de nombreuses familles concernées ainsi que leurs employeurs cherchent désormais d’autres solutions juridiques, notamment par le biais de demandes d’asile en attente ou de procédures de regroupement familial, afin d’éviter des expulsions ou la perte définitive de leur droit de travailler aux États-Unis.