BRICS : vers un renforcement du commerce en monnaies locales, mais pas encore de monnaie commune…

Drapeaux des principaux pays formant le BRICS...

RIO DE JANEIRO (Brésil), dimanche 22 juin 2025 (RHINEWS)À l’approche du sommet des BRICS prévu les 6 et 7 juillet à Rio de Janeiro, plusieurs diplomates de haut niveau ont indiqué que le groupe entend intensifier ses efforts pour favoriser les échanges commerciaux en devises nationales, tout en écartant pour l’instant la création d’une monnaie commune.

Lors d’une conférence organisée conjointement par l’ambassade du Brésil et le Centre pour les perspectives globales sur l’Inde (CGII), l’ambassadeur de Russie, Denis Alipov, a réaffirmé le soutien de Moscou à cette orientation. « Le BRICS est une plateforme sérieuse pour élaborer des réponses communes aux grands défis », a-t-il déclaré, rejetant toute idée de rivalité directe avec l’Occident. « Il ne s’agit pas d’un contre-bloc, mais d’un pôle d’attraction pour les pays qui recherchent le respect mutuel et la non-ingérence. »

Le représentant indien au BRICS et secrétaire aux relations économiques au ministère indien des Affaires étrangères, Dammu Ravi, a précisé que les discussions sur une éventuelle monnaie commune ne faisaient qu’« émerger ». « Nous parlons uniquement de règlements en monnaies nationales pour l’instant. L’harmonisation des politiques fiscales et monétaires est extrêmement difficile à atteindre », a-t-il souligné.

Même prudence du côté brésilien : l’ambassadeur Kenneth da Nobrega a reconnu que toute intégration monétaire exigerait des années de convergence politique. « Le chemin est encore long. En revanche, le commerce en monnaies locales fonctionne déjà », a-t-il affirmé.

Ce sommet des BRICS se déroule dans un climat géopolitique tendu, notamment en raison des avertissements de Donald Trump contre toute tentative du groupe de remettre en question la domination du dollar américain dans le commerce mondial. Les hausses tarifaires décidées par son administration suscitent l’inquiétude dans plusieurs économies émergentes.

La rencontre de Rio réunira, entre autres, le Premier ministre indien Narendra Modi, le président chinois Xi Jinping, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, ainsi que les dirigeants de nouveaux membres comme l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, les Émirats arabes unis et l’Indonésie.

L’ambassadrice indonésienne Ina Krisnamurthi a appelé à une réforme systémique : « L’ordre international actuel touche aux limites de sa vision fondatrice. Le BRICS doit passer du dialogue à l’action », a-t-elle dit, plaidant pour des engagements concrets en matière de financement climatique, d’aide humanitaire et d’équité numérique.

Elle a rappelé que le Sud global représente désormais 85 % de la population mondiale et 39 % du PIB mondial, alors que les institutions multilatérales ne reflètent pas encore cette réalité. Évoquant l’essor de la classe moyenne en Asie, elle a souligné qu’« en 2000, seuls 150 millions de personnes vivaient selon des standards de classe moyenne. Aujourd’hui, ce chiffre atteint 1,5 milliard — le double de la population de l’Occident ».

De son côté, le représentant égyptien Kamel Galal a souligné que l’Égypte s’identifie naturellement à la vision du BRICS, appelant le groupe à se concentrer sur les domaines de coopération consensuels. Il a défendu une approche priorisant le développement, notamment pour l’Afrique et le Moyen-Orient, et plaidé pour une réforme des institutions internationales afin qu’elles tiennent compte de la montée en puissance des pays du Sud.

Citant le Livre des morts de l’Égypte antique, il a conclu : « Ce que je déteste, c’est l’ignorance, la petitesse de l’imagination, l’œil qui ne voit pas au-delà de son propre idole. Tout est possible. Ce que vous êtes dépend de ce que vous croyez être. »

À l’issue de la conférence, une session de questions-réponses a porté sur l’avenir institutionnel du BRICS, la perspective d’une monnaie unique, et le rôle du groupe dans le cadre des Objectifs de développement durable des Nations unies.