WASHINGTON, vendredi 27 juin 2025 (RHINEWS)- Les États-Unis ont officiellement annoncé la fin du Statut de Protection Temporaire (TPS)pour des milliers de ressortissants haïtiens vivant sur leur territoire, une décision du Département de la Sécurité intérieure (DHS) qui intervient dans un contexte d’escalade dramatique de la violence en Haïti, qualifiée par les Nations unies de crise humanitaire majeure.
Dans un communiqué publié ce vendredi 27 juin, la Secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que les conditions en Haïti “ne justifient plus la désignation de TPS”, estimant que les Haïtiens peuvent rentrer dans leur pays « de manière sûre ».
« Cette décision rétablit l’intégrité de notre système d’immigration et garantit que le Temporary Protected Status reste temporaire », a affirmé un porte-parole du DHS. « Nous encourageons les bénéficiaires actuels à demander un autre statut légal s’ils y sont éligibles, ou à organiser leur retour en utilisant les outils mis à leur disposition. »
Cette décision survient un mois seulement après que les États-Unis ont désigné les puissants groupes armés haïtiens “Gran Grif” et “Viv Ansanm” comme « organisations terroristes étrangères », les accusant de commettre des crimes transnationaux, y compris des enlèvements, du trafic d’armes et des meurtres de masse. Le Département d’État avait alors dénoncé leur rôle central dans l’effondrement de l’ordre public dans la capitale Port-au-Prince.
Dans son dernier rapport, le Bureau des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA) note que plus de 578 000 personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays, principalement à cause des violences armées. L’ONU dénonce « une montée brutale de la terreur urbaine imposée par les gangs, qui utilisent viols, incendies et assassinats comme instruments de contrôle territorial ».
« Haïti fait face à une situation d’urgence sans précédent depuis le séisme de 2010 », a déclaré Ulrika Richardson, coordinatrice humanitaire de l’ONU pour Haïti, le 20 juin. « La violence a atteint un niveau tel que même les humanitaires sont ciblés, et l’accès aux services de base est devenu quasi inexistant pour des millions de personnes. »
Malgré ces alertes, la Secrétaire Noem affirme que la situation en Haïti s’est améliorée sur le plan environnemental et institutionnel, justifiant ainsi la fin de la protection. Le DHS précise que les Haïtiens bénéficiant du TPS ont jusqu’au 3 août 2025 pour régulariser leur statut ou quitter le pays.
Des défenseurs des droits humains, des élus du Congrès et des membres de la diaspora haïtienne ont immédiatement critiqué cette décision. Pour eux, elle expose des milliers de familles à un retour forcé dans un pays en guerre interne, où les gangs occupent désormais plus de 80 % de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince selon les données de BINUH.
Dans une déclaration publiée le 21 février 2025, la députée Sheila Cherfilus-McCormick s’est opposée à la décision de mettre fin au TPS pour Haïti, avertissant : « Cette décision aura un impact immense et irréparable sur les économies locales à travers le pays. Elle mettra en péril notre sécurité nationale et exposera les communautés haïtiennes à un danger inacceptable. J’appelle l’administration à reconsidérer et à renverser cette décision. »
Plusieurs organisations comme le National TPS Alliance demandent également une reconsidération immédiate de la décision, soulignant que Haïti ne peut ni recevoir ni protéger ses ressortissants rapatriés, et que cela contredit la doctrine même des droits humains promue par les États-Unis.

