PORT-AU-PRINCE, lundi 13 octobre 2025 (RHINEWS) – L’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) a remis au Parquet de Port-au-Prince, le 10 septembre 2024, un rapport d’analyse financière accablant sur les avoirs et les activités bancaires de Holrithe Martineau, un entrepreneur de 44 ans, originaire de Cavaillon, dans le Sud du pays. Selon les conclusions du rapport, les comptes détenus par M. Martineau, principalement à la Unibank, ont enregistré entre 2017 et 2021 des mouvements financiers totalisant plus de 30 millions de gourdes, présentant des caractéristiques « incohérentes » et « potentiellement liées à des opérations de blanchiment ».
L’UCREF indique avoir ouvert cette enquête sur la base d’une déclaration de soupçondéposée en vertu des articles 17, 19, 20, 21, 22 et 77 du décret du 30 avril 2023 sanctionnant le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. L’objectif était, selon le rapport, « d’analyser en profondeur les transactions signalées, d’identifier tout indice de blanchiment et de reconstituer l’origine et le cheminement des fonds ».
Holrithe Martineau se présente comme entrepreneur, plombier et comptable, propriétaire de la maison de jeux Divinité Loto, domiciliée à Carrefour, Côte-Plage 16. Ses coordonnées bancaires figurent dans plusieurs institutions, notamment la Unibank, la Banque Nationale de Crédit (BNC), la Sogebank et la Banque de l’Union Haïtienne (BUH). Toutefois, seuls les deux comptes ouverts à la Unibank ont fait l’objet d’une analyse détaillée en raison de leurs flux financiers « significatifs ».
Le premier compte, un compte d’épargne en gourdes (#275-2015-12926363), ouvert le 26 novembre 2010, a enregistré 28 dépôts totalisant 30 208 676,72 gourdes et 141 retraits s’élevant à 32 411 815,25 gourdes sur la période du 1er janvier 2017 au 5 avril 2021. En tenant compte des frais et intérêts, le compte a été ramené à un solde nul. Le rapport précise qu’au 1er janvier 2017, le compte disposait déjà d’un solde de 2 341 808,51 gourdes, indiquant une activité antérieure non documentée.
Trois prêts inscrits sous la mention « Avis de crédit / Prêt DEVE » figurent dans les relevés :
– le 10 octobre 2017, pour **1 024 049,18 gourdes ** ;
– le 28 mars 2019, pour **1 525 073,77 gourdes ** ;
– le 21 janvier 2021, pour 1 525 073,77 gourdes.
Les deux premiers prêts ont été remboursés progressivement sur douze mois, tandis que le troisième a été intégralement remboursé en trois mois, un comportement que l’UCREF juge « atypique » et « susceptible d’indiquer un mécanisme de recyclage de fonds ». Le rapport note : « Cette capacité soudaine à rembourser un montant aussi élevé en si peu de temps est assimilable à une tentative de légitimation de fonds d’origine douteuse à travers un remboursement de prêt formel. »
L’absence de contrats de prêts et de justificatifs bancaires empêche toute vérification complète des modalités, mais l’UCREF souligne la nécessité d’obtenir ces documents pour déterminer si les prêts étaient adossés à une activité économique réelle ou utilisés pour masquer des flux financiers irréguliers.
Le second compte à la Unibank, libellé en dollars américains (#275-2016-12926371), ouvert le 5 avril 2021, n’a enregistré aucune activité, tout comme ceux détenus à la BUH et à la Sogebank. L’unique compte ouvert à la BNC est décrit comme « inactif ».
Les investigations ont également révélé que Martineau utilisait plusieurs canaux de transfert d’argent – Capital Transfert, Unitransfer et CAM – par lesquels il aurait reçu et expédié des sommes non justifiées. Les volumes exacts de ces transferts n’ont pas été précisés dans le rapport, mais les analystes de l’UCREF estiment qu’ils pourraient « constituer une seconde voie d’alimentation » des comptes bancaires.
Dans sa conclusion, l’UCREF affirme : « Les éléments recueillis laissent entrevoir des indices suffisants de manipulation de fonds dont la provenance licite n’est pas établie. Les transactions observées sont disproportionnées par rapport au profil économique déclaré du sujet, entrepreneur indépendant, et présentent des caractéristiques compatibles avec un schéma de blanchiment. »
Le rapport, désormais transmis au Parquet du Tribunal de première instance de Port-au-Prince, recommande la poursuite de l’enquête judiciaire pour déterminer l’origine réelle des fonds, les bénéficiaires économiques des opérations et l’éventuelle existence d’un réseau de complicité.
Selon un analyste contacté par RHINEWS, ce type de dossier illustre « la complexité des flux financiers informels en Haïti », où de nombreux acteurs non institutionnels exploitent le système bancaire pour blanchir de l’argent issu de la contrebande, des jeux ou d’activités parallèles.
Ce nouveau rapport vient s’ajouter à une série d’enquêtes similaires de l’UCREF visant à assainir le système financier national et à renforcer la traçabilité des fonds circulant dans le pays, dans un contexte de pression internationale croissante sur la transparence et la conformité bancaire.

