République dominicaine : Une politique migratoire sans droits humains est inconcevable, selon Amnesty International

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Saint-Domingue, (Rhinews), mardi 8 juillet 2025 — Dans le cadre du « Dialogue sur la crise haïtienne et ses implications pour la République dominicaine », organisé par le Conseil économique et social (CES), Amnesty International lance un appel pressant : toute future politique migratoire dans le pays doit être fondée sur le respect absolu des droits humains, la non-discrimination, la justice raciale et l’accès réel à des mécanismes de régularisation pour les personnes migrantes et réfugiées haïtiennes.

« À un moment où la société dominicaine cherche à établir un consensus sur la manière de répondre aux défis posés par la mobilité humaine, l’État a l’opportunité — et la responsabilité — de concevoir une politique migratoire centrée sur l’humain, et non sur la persécution ni sur les expulsions vers des contextes où la vie des personnes est en danger », a déclaré Ana Piquer, directrice pour les Amériques d’Amnesty International.

L’organisation insiste : les politiques migratoires de la République dominicaine doivent impérativement respecter les normes internationales, notamment le principe de non-refoulement, le droit à une procédure régulière, l’intérêt supérieur de l’enfant et le droit à la nationalité. Amnesty International exhorte ainsi le président Luis Abinader à mettre fin immédiatement aux expulsions collectives, au profilage racial et aux pratiques discriminatoires.

Dans sa participation formelle à la table thématique sur la migration, Amnesty International a répondu à la question centrale du dialogue :

Quel modèle de politique migratoire intégrale peut garantir durabilité, sécurité et respect des droits humains pour les 20 prochaines années ?

Depuis octobre 2024, plus de 180 000 ressortissants haïtiens ont été expulsés lors d’opérations massives sans évaluation individuelle, bien que nombre d’entre eux aient besoin d’une protection internationale. Parmi les personnes expulsées figurent des femmes enceintes, des enfants, des personnes noires ainsi que des Dominicains d’ascendance haïtienne. Amnesty International a documenté des cas de torture, de violences physiques et de détention dans des conditions qualifiées de cruelles, inhumaines et dégradantes.

Face à cette réalité, l’organisation exige que le gouvernement retire le protocole qui autorise les expulsions après des soins médicaux, rappelant que l’accès à la santé ne doit jamais dépendre du statut migratoire. Elle qualifie d’inacceptables et de potentiellement mortelles les pratiques d’intimidation et d’expulsion visant des personnes en quête d’assistance médicale — y compris des enfants, des personnes gravement malades et des femmes enceintes.

Par ailleurs, Amnesty souligne les effets négatifs de cette politique migratoire sur des secteurs économiques clés, touchés par une pénurie de main-d’œuvre. Elle encourage la poursuite du dialogue autour de l’ouverture de voies de régularisation, tout en avertissant contre la répétition des erreurs du passé, telles que celles du Plan national de régularisation, dont les bénéficiaires n’ont souvent pas pu renouveler leurs documents depuis l’arrivée au pouvoir de l’administration actuelle — les exposant ainsi à des détentions arbitraires, à l’extorsion par des agents corrompus et aux réseaux de traite.

« Toute politique migratoire doit garantir des voies légales d’entrée et de résidence sans discrimination », a déclaré Johanna Cilano Peláez, chercheuse pour la Caraïbe à Amnesty International. « Cela inclut la réouverture du système de visas pour les Haïtiens, fermé depuis 2023, ainsi que l’accès à des procédures d’asile et à des documents renouvelables. »

L’organisation réaffirme également l’urgence de rétablir la nationalité aux personnes dominicaines d’ascendance haïtienne touchées par l’arrêt 168-13 de la Cour constitutionnelle. L’absence de mise en œuvre efficace de la loi 169-14 perpétue la situation d’apatridie, en contradiction flagrante avec le droit international.

« Les discours officiels dans le cadre du dialogue et du président Abinader ont mis l’accent sur la souveraineté et la sécurité, en occultant l’approche fondée sur les droits humains et en excluant des questions fondamentales comme la discrimination raciale et l’apatridie », déplore Johanna Cilano Peláez. « Cette vision restreint considérablement les chances de construire une politique migratoire équitable et durable. »

Amnesty International demande instamment que le rapport final du dialogue contienne des engagements clairs en faveur d’une politique migratoire globale, durable et fondée sur les droits humains, intégrant des mesures concrètes pour prévenir la discrimination, éliminer le profilage racial et éradiquer toute pratique mettant des vies en péril.

« Le moment de corriger le tir, c’est maintenant. La République dominicaine a besoin d’une politique migratoire antiraciste, humaine, durable, et respectueuse des droits des femmes et des filles », conclut Ana Piquer.