PORT-AU-PRINCE, vendredi 30 mai 2025 (RHINEWS) –Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a publié ce vendredi un rapport accablant sur les conditions de détention dans dix postes de police du département de l’Ouest. S’appuyant sur des visites de monitoring effectuées en avril et mai 2025, le RNDDH dénonce une situation qu’il qualifie d’“alarmante”, caractérisée par la promiscuité extrême, une insalubrité criante et la propagation de maladies contagieuses. L’organisation exige des autorités qu’elles respectent la dignité humaine des personnes gardées dans ces cellules transformées en lieux de détention de facto depuis l’effondrement du système carcéral en mars 2024.
Selon le rapport, la destruction des prisons civiles de Port-au-Prince et de la Croix-des-Bouquets lors des attaques menées les 2 et 3 mars 2024 par le groupe armé « Viv Ansanm » a entraîné le transfert prolongé des personnes arrêtées vers des commissariats et sous-commissariats. Le RNDDH observe que « les cellules de garde à vue des commissariats et sous-commissariats du département de l’Ouest sont transformées en prison », ajoutant que « des personnes arrêtées passent des jours, voire des mois en rétention, dans des cellules exigües, non-aérées et très peu éclairées ».
Dans les commissariats de Delmas 33, Pétion-Ville, Port-au-Prince, Tabarre, et à l’Anse-à-Galets notamment, les personnes en garde à vue sont maintenues parfois depuis plus d’un an, sans accès à un juge, ni soins médicaux. « Les cellules sont sombres, infestées de rats et d’insectes, et dégageant une odeur nauséabonde », note le rapport, soulignant que ces conditions « sont susceptibles d’affecter la santé des détenus ainsi que celle des agents de la PNH ».
Des cas de tuberculose, d’infections cutanées, de démangeaisons, de furoncles, de saignements persistants, et d’infections vaginales sont recensés dans plusieurs postes. À Canapé-Vert, un détenu crache du sang depuis plusieurs mois sans jamais avoir été conduit à l’hôpital. À Tabarre, un cas de tuberculose a été confirmé.
Le RNDDH a recueilli le témoignage de 121 personnes, représentant 42 % des 289 personnes recensées dans les dix postes de police visités. Il ressort que nombre d’entre elles sont maintenues sur ordre de la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), des tribunaux de Port-au-Prince ou de la Croix-des-Bouquets, ou encore des parquets, parfois après avoir été extraites, puis renvoyées dans leurs cellules.
Au commissariat de Delmas 33, Jean Chrisilome Romain, accusé d’enlèvement, y est enfermé depuis janvier 2024. Erline Thélusma, accusée d’assassinat de policier, vol et association de malfaiteurs, y est maintenue depuis août 2024. G.J., également accusée d’assassinat, est détenue sans suite depuis octobre 2024.
À Pétion-Ville, Jacky Abinet, 53 ans, arrêté en mars 2024 pour vol de véhicule, n’a jamais été présenté au parquet, ne reçoit aucune visite et ne dispose pas d’avocat. D’autres détenus, tels que Fontnel Paul (accusé de viol), Jackendy Désir (enlèvement), Judeline Salien (proche d’un suspect), attendent depuis des mois une suite judiciaire.
Seuls trois postes – Borne Soldat, Delmas 62 et Petit-Goâve – se démarquent par des pratiques moins abusives. À Borne Soldat et Delmas 62, aucune personne n’était détenue au moment du monitoring, tandis qu’à Petit-Goâve, les responsables affirment limiter la durée de rétention à huit jours, bien que cela excède les 48 heures constitutionnelles.
Le RNDDH appelle les autorités judiciaires, policières et administratives à prendre des mesures urgentes. « Le traitement réservé aux personnes gardées dans les cellules de garde à vue viole les droits humains les plus élémentaires. La détention prolongée dans des conditions insalubres et sans jugement constitue une forme de torture psychologique et physique », affirme le RNDDH.
L’organisation exige notamment la libération immédiate des personnes détenues arbitrairement, l’amélioration des conditions sanitaires dans les commissariats et la réactivation des circuits judiciaires bloqués. Elle appelle également à une prise en charge médicale des cas urgents et au respect strict des délais légaux de garde à vue.
« La dignité humaine ne saurait être une option conditionnelle. Elle est un droit fondamental », conclut le rapport, soulignant la nécessité de rétablir rapidement un cadre légal et humain dans les lieux de détention, quels qu’ils soient.

