PORT-AU-PRINCE, août 2025 (RHINEWS) –Une source judiciaire proche du dossier confirme que l’ancienne mairesse de l’Arcahaie, Marie Rosemila Saint-Vil Petit-Frère, est visée par une enquête financière approfondie portant sur ses avoirs, ses comptes bancaires et ses acquisitions immobilières, en raison de soupçons de blanchiment d’argent et de fausses déclarations de patrimoine.
Selon cette source, trois comptes bancaires domiciliés à la Banque Nationale de Crédit (BNC) ont attiré l’attention des enquêteurs. L’un d’eux, identifié au numéro 3110000766, présente un capital dont 71 % provient de deux entités liées directement à l’ex-élue : FENAFEM.H et un “Centre Commercial” lui appartenant. « Le déficit de documentation sur l’activité économique réelle de ces structures nous pousse à nous interroger sur leur capacité à générer de tels montants », explique la source judiciaire, précisant que plus de 18,65 millions de gourdes ont transité sur ce seul compte.
D’autres anomalies concernent un compte en dollars américains et un dépôt à terme également ouverts à la BNC. Les enquêteurs notent que la quasi-totalité des fonds déposés a été retirée rapidement, souvent sans justification claire. « Ces comptes se présentent davantage comme des comptes de transit, utilisés pour faire circuler des fonds dont l’origine et la finalité restent obscures », ajoute la source.
Parallèlement, des documents obtenus de la Sogexpress révèlent que plus de 8 435 dollars américains ont circulé sous forme de transferts entrants et sortants entre 2017 et 2019. La majorité des envois, soit plus de 80 %, étaient destinés à Mme Saint-Vil Petit-Frère, notamment de la part de Phito Anouce (2 328,94 USD), mais aussi de Fednel Monchery, Jean Claude Petit-Frère, Joseph Gontran Louis, Sherley Olivier, Wilson Jean François et Juneau René. L’ancienne mairesse a également expédié des transferts vers Soumalia Sainvil, pour un total de 1 057 USD.
Les enquêteurs ont également recensé un parc automobile, dont un véhicule Frontier gris, plaque AA-17784, 6 cylindres, enregistré le 14 février 2023, ainsi qu’un immeuble sis au #47, Martissant 23, Port-au-Prince, non mentionné dans sa déclaration de patrimoine.
Mais les plus grandes zones d’ombre concernent les propriétés bâties et non bâties. Dans ses déclarations de patrimoine (2019 et 2022), Mme Petit-Frère a affirmé détenir plusieurs biens, dont une maison acquise en 1999 pour 12 000 USD et estimée à 150 000 USD, ainsi qu’une maison commerciale, une ferme agricole et une propriété non bâtie. Or, la documentation officielle montre de graves discordances temporelles. Ainsi, une propriété située à l’angle des rues Stella et Delmas 41 aurait été acquise en mars 2022, bien qu’elle ait été déclarée comme achetée en 2021. Plus encore, cette propriété a été enregistrée au nom de ses enfants, Junior Sainvils et Claude Berson Petit-Frère, alors mineur, tandis qu’elle en reste l’usufruitière à vie. « Le fait qu’elle ait omis de déclarer ce bien pourtant détenu par des “personnes liées” constitue une omission majeure et soulève des interrogations sur la volonté de dissimulation », souligne la source judiciaire.
L’enquête examine également le parcours professionnel de l’ex-élue. Fonctionnaire depuis 2008, elle percevait 25 000 gourdes mensuelles comme technicienne au ministère des Affaires sociales, puis a déclaré avoir occupé simultanément des postes de membre de cabinet dans quatre ministères – Intérieur, Condition féminine, Environnement et Affaires sociales – pour un revenu de 150 000 gourdes par ministère. Toutefois, seuls les paiements relatifs au ministère de l’Intérieur en 2015 ont pu être retracés. « Ces incohérences salariales exigent des éclaircissements », affirme la source. En tant que mairesse de l’Arcahaie à partir de 2016, elle aurait ensuite perçu un salaire de 130 000 gourdes mensuelles.
Entre 2008 et 2015, la carrière publique de Mme Petit-Frère s’amorce ainsi comme technicienne au Ministère des Affaires sociales et du Travail, avec un salaire déclaré de 25 000 gourdes, tandis que des pièces salariales attestent aussi de versements de 23 500 gourdes pour certains mois. En 2015, des paiements de 23 500 gourdes (chèques 1504PAK084 et 1505PAB557) et de 150 000 gourdes (chèques 1505DAP523 et 1505DAP195) ont été identifiés au cabinet du ministère de l’Intérieur. En 2016, son mandat de mairesse s’ouvre avec un salaire déclaré de 130 000 gourdes, sans autres détails disponibles. « Ces jalons salariaux sont indispensables pour apprécier la cohérence temporelle entre revenus officiels et acquisitions postérieures », insiste la même source.
Sur la période 2018–2023, trois relations bancaires sont attribuées à l’intéressée à la BNC : le compte épargne n° 3110000766, le compte en dollars n° 3111007545 et le dépôt à terme n° 313000000177. Pour ces trois comptes, « la quasi-totalité des avoirs a été retirée dans des délais brefs, avec une traçabilité lacunaire ; ces comportements s’apparentent à l’usage de comptes de transit », souligne la source, qui rappelle l’absence de justificatifs couvrant l’ensemble des opérations.
Au registre patrimonial, la source confirme la détention du bien sis au n° 47, Martissant 23, non déclaré, et note des incohérences autour d’une maison commerciale valorisée successivement à 1 000 000 HTG et 100 000 USD, ainsi que d’un immeuble de Delmas 41 acquis au profit de ses enfants, mais omis dans la rubrique des « biens au nom de personnes liées ».
Concernant les biens mobiliers, le véhicule Frontier de 2006 est dûment enregistré, mais le régime matrimonial de communauté légale de l’intéressée n’a pas été assorti de la déclaration des biens du conjoint.
La synthèse provisoire de l’instruction insiste sur quatre points : l’origine économique non justifiée de flux importants, l’usage de comptes de transit, les incohérences temporelles sur les acquisitions immobilières et les omissions réitérées dans les déclarations de patrimoine. « Pris ensemble, ces éléments recoupent des indicateurs classiques de blanchiment — structures de propriété sophistiquées, divergences déclaratives, implication de mineurs comme nus-propriétaires », conclut la source.
« De nombreuses questions restent sans réponse : l’origine réelle des fonds, la légitimité des biens acquis, la valeur exacte du patrimoine et le rôle éventuel de proches », confie la source judiciaire, rappelant que le dossier reste ouvert et pourrait conduire à de nouvelles poursuites en vertu du décret du 30 avril 2023 sur le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
La conclusion des enquêteurs, indique lq source, est sans équivoque : « Des suspicions sérieuses de dissimulation patrimoniale et de blanchiment planent sur l’ensemble des avoirs de Mme Saint-Vil Petit-Frère. Une enquête complémentaire est indispensable afin d’établir les responsabilités et de déterminer si des infractions pénales ont été commises. »
L’ancienne mairesse de l’Arcahaie (2016–2020), Rosemila Sainvil Petit-Frère, a été remise lundi aux autorités haïtiennes au poste frontalier de Dajabón–Ouanaminthe par la Direction générale de la migration dominicaine. L’opération, menée vers 17 h (heure locale), s’est déroulée sous escorte et a abouti à la passation officielle de l’ex-élue au commissaire principal Léonard Anténor, responsable de la Police Frontalière (Polifront).
Arrêtée le 10 août à Puerto Plata à son arrivée du Canada, Mme Petit-Frère a été conduite sous escorte en Haïti et transférée vers les services compétents de la Police nationale pour la suite de la procédure.

