BEYROUTH, vendredi 7 août (RHINEWS) – L’organisation Human Rights Watch (HRW) affirme, dans un rapport publié jeudi, que les frappes menées par l’armée israélienne le 22 avril 2026 contre la localité d’al-Tiri, dans le sud du Liban, ayant coûté la vie à la journaliste libanaise Amal Khalil et grièvement blessé la journaliste indépendante Zainab Faraj, présentent les caractéristiques d’« attaques délibérées contre des civils et des biens civils » et pourraient constituer des crimes de guerre au regard du droit international humanitaire. L’organisation estime également que les forces israéliennes auraient entravé les opérations de secours menées par la Croix-Rouge libanaise.
Selon Human Rights Watch, Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien libanais Al-Akhbar, et Zainab Faraj, qui assurait la captation vidéo de leur reportage, couvraient la situation sécuritaire dans le sud du Liban lorsqu’elles ont été prises pour cible. « L’armée israélienne affirme qu’elle ne cible pas les journalistes, mais les faits et les preuves montrent qu’elle l’a fait à plusieurs reprises. Amal Khalil et Zainab Faraj sont les dernières victimes d’une longue série d’attaques de ce type », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur de Human Rights Watch pour le Liban.
L’organisation indique avoir fondé ses conclusions sur des photographies, des vidéos, des témoignages de huit personnes, des relevés téléphoniques, des images géolocalisées, ainsi que sur des échanges entre les secouristes, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et l’armée israélienne. Selon HRW, ces éléments montrent que les autorités militaires israéliennes « savaient ou auraient dû savoir » que les deux journalistes étaient des civiles.
D’après le rapport, les événements ont débuté vers 14 h 30 lorsqu’une première frappe a touché le véhicule circulant devant celui des journalistes. Deux hommes, Ali Nabil Bazzi et Mohammed al-Hourani, qui voyageaient dans cette voiture, ont été tués sur le coup. Amal Khalil et Zainab Faraj ont alors abandonné leur véhicule et se sont réfugiées sous un auvent à proximité. « C’était calme. Je filmais lorsque j’ai entendu Amal crier : “Ils les ont frappés !” », a raconté Zainab Faraj à Human Rights Watch.
Les deux journalistes ont expliqué qu’elles avaient quitté précipitamment leur véhicule sans pouvoir récupérer leurs gilets portant la mention « Presse ». Peu après, les secours ont été alertés et la Croix-Rouge libanaise a sollicité, par l’intermédiaire de la FINUL, une autorisation de l’armée israélienne pour accéder à la zone et évacuer les personnes piégées. Selon trois sources citées par Human Rights Watch, cette demande détaillant l’itinéraire des secouristes a été transmise aux autorités israéliennes à 15 heures.
Le rapport indique que, durant leur attente, Amal Khalil et Zainab Faraj sont restées en contact avec des membres de la Croix-Rouge libanaise, de la Défense civile, de l’armée libanaise, de la FINUL ainsi qu’avec leurs proches. Elles auraient également signalé la présence persistante de drones israéliens de type quadricoptère qui les survolaient. « Il y avait une fissure dans le toit et nous pouvions voir le drone juste au-dessus de nous. Pendant une heure entière, deux quadricoptères sont restés au-dessus de nous », a déclaré Zainab Faraj.
Selon Human Rights Watch, une deuxième frappe est intervenue entre 15 h 21 et 15 h 42, visant le véhicule des journalistes stationné à quelques mètres de leur cachette. Amal Khalil a été blessée et les deux femmes se sont alors réfugiées à l’intérieur d’un bâtiment voisin. « Le drone s’est rapproché et ils ont frappé la voiture. Amal m’a serrée contre elle et m’a demandé si j’allais bien », a raconté Zainab Faraj. Quelques instants plus tard, selon le rapport, Amal Khalil aurait informé un secouriste par téléphone : « Une bombe est tombée près de moi… Je suis blessée, je ne peux pas venir jusqu’à vous. »
Human Rights Watch affirme qu’une troisième frappe, vers 16 h 25, a directement visé le bâtiment dans lequel les deux journalistes s’étaient réfugiées, le détruisant complètement. Les enquêteurs estiment que la présence continue des drones au-dessus du site, conjuguée aux informations communiquées auparavant à l’armée israélienne par la FINUL concernant la présence de journalistes, indique que les forces israéliennes « savaient ou auraient dû savoir » que les personnes présentes étaient des civiles.
Le rapport souligne également que les équipes de secours n’ont obtenu l’autorisation d’accéder à al-Tiri qu’autour de 17 heures, soit environ trente minutes après la destruction du bâtiment. Les secouristes ont extrait Zainab Faraj vivante des décombres vers 17 h 40, mais Amal Khalil demeurait ensevelie. Peu après cette opération, Human Rights Watch affirme qu’un drone israélien aurait lancé une grenade assourdissante à proximité des équipes de secours, les contraignant à se replier sans pouvoir récupérer immédiatement la journaliste blessée.
L’organisation ajoute que des témoins ont entendu des tirs d’armes légères pendant les opérations d’évacuation. Après examen de photographies montrant deux impacts sur une ambulance de la Croix-Rouge libanaise, Human Rights Watch estime que ces dommages sont compatibles avec des tirs de petit calibre. Sans pouvoir déterminer avec certitude l’origine exacte des tirs, l’organisation considère que la présence et le contrôle exercés par l’armée israélienne dans cette zone rendent celle-ci « très probablement responsable » de ces impacts.
Selon un rapport médical consulté par Human Rights Watch, Amal Khalil est décédée vers 19 heures d’un arrêt cardiaque consécutif à une grave blessure à la tête ayant provoqué une importante hémorragie. L’organisation estime que les éléments recueillis indiquent qu’elle était probablement encore en vie lorsque les secouristes ont été contraints d’interrompre leur première tentative de sauvetage.
Dans une déclaration publiée le soir même des faits, l’armée israélienne avait qualifié les quatre occupants des deux véhicules de « saboteurs », affirmant que deux membres de la branche militaire du Hezbollah avaient été éliminés après avoir quitté une structure militaire et représenté une menace immédiate pour les forces israéliennes. Elle avait également soutenu ne pas avoir empêché les secours d’accéder au site et annoncé l’ouverture d’une enquête interne. Human Rights Watch indique toutefois que Zainab Faraj conteste cette version, affirmant que les deux véhicules n’ont jamais quitté une installation du Hezbollah, et précise que l’armée israélienne n’a pas répondu à ses demandes de précisions sur les preuves justifiant cette qualification.
Dans sa réponse écrite adressée à Human Rights Watch, l’armée israélienne a déclaré qu’une enquête préliminaire concluait qu’Amal Khalil avait été tuée au cours d’une opération visant deux membres de la branche militaire du Hezbollah, tout en affirmant qu’elle « ne cible pas les journalistes et respecte la liberté de la presse ainsi que le rôle important joué par les journalistes ». L’organisation souligne toutefois que les autorités israéliennes n’ont pas répondu à plusieurs questions complémentaires portant notamment sur les éléments ayant conduit à identifier Ali Nabil Bazzi et Mohammed al-Hourani comme des objectifs militaires légitimes.
Human Rights Watch rappelle que, selon le droit international humanitaire, les journalistes et les personnels médicaux bénéficient de la protection accordée aux civils et ne peuvent être pris pour cible tant qu’ils ne participent pas directement aux hostilités. Les ambulances et les équipes médicales arborant les emblèmes de la Croix-Rouge doivent également être protégées en toutes circonstances, sauf dans des situations très limitées prévues par les conventions internationales. L’organisation estime que les éléments recueillis laissent penser que ces protections n’ont pas été respectées lors de cette opération.
Human Rights Watch appelle les autorités libanaises à ouvrir des enquêtes nationales, à adopter une législation réprimant les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide, et à adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale avec effet rétroactif au moins jusqu’au 7 octobre 2023. L’organisation demande également aux alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et les États membres de l’Union européenne, de suspendre leurs transferts d’armes et leur assistance militaire à Israël ainsi que d’exercer des pressions afin de garantir l’établissement des responsabilités. « Les preuves montrent clairement que l’armée israélienne savait ou aurait dû savoir que Faraj et Khalil étaient des civiles, mais les a attaquées malgré tout, avant d’empêcher pendant plusieurs heures les secouristes de les sauver », a déclaré Ramzi Kaiss.

