Les Nations unies alertent : le programme enfants et conflits armés stable mais menacé, face à une recrudescence mondiale des violations graves

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GENÈVE,  vendredi 13 juin 2025 (RHINEWS) —Selon un rapport publié hier jeudi par le “Security Council Report” (Rapport du Conseil de Sécurité), l’agenda « Enfants et conflits armés » du Conseil de sécurité de l’ONU – un des volets thématiques les plus avancés du Conseil – est pour l’instant maintenu, mais il fait face à de sérieux défis, malgré une hausse alarmante des violations graves envers les enfants dans le monde  .

Ce neuvième rapport d’analyse couvrait la période 2020–2024, à l’aube du 20ᵉ anniversaire de la résolution 1612 (26 juillet 2005), qui institua le mécanisme de suivi et de rapport (MRM) ainsi qu’un Groupe de travail dédié. Selon le rapport, ces outils robustes « ont généralement été préservés (…) malgré des dynamiques difficiles au sein du Conseil », a souligné un porte-parole  .

Toutefois, le rapport met en garde : « La hausse alarmante des violations graves contre les enfants, malgré des instruments solides, souligne l’urgence d’une action efficace », conclut le document, invitant à sortir d’une logique de statu quo pour éviter une régression de l’agenda .

D’après les données du MRM, entre 2023 et 2024, un record de 32 990 violations graves(meurtres, mutilations, recrutement d’enfants, attaques ciblées, violences sexuelles et enlèvements) a été constaté – un bond de 21 % par rapport à 2022  . Cette situation place la protection des enfants dans une « crise inédite », a alerté l’UNICEF, qui déplore également que près de 19 % des enfants mondiaux vivent dans les zones de conflit, un niveau historique  .

Le rapport identifie plusieurs obstacles à la mise en œuvre complète de l’agenda :

– Des délais importants dans l’adoption des conclusions du Groupe de travail, et parfois l’impossibilité d’aboutir à un consensus.

– Une politisation croissante au sein du Conseil, notamment sur les crises ukrainienne et israélo-palestinienne, qui affaiblit la pression collective sur les responsables de violations  .

– Un financement en recul, résultat de coupes drastiques dans les budgets des Nations unies et des ONG, remettant en cause la capacité de suivi et d’intervention sur le terrain  .

Les auteurs estiment que sans une “seconde ère de l’application” — centrée sur la mise en œuvre effective des normes — les avancées normatives risquent de se dégrader  .

Le rapport formule plusieurs recommandations : améliorer la rotation des experts chargés des mises à jour, tenir des retraites annuelles pour renforcer les capacités, assurer la présence systématique des conclusions du Groupe de travail dans les débats nationaux, et renforcer l’intégration du volet enfants dans toutes les opérations de paix et résolutions pays spécifique .

Les violations augmentent malgré les sanctions prévues pour les contrevenants, y compris les embargos, les interdictions de voyager ou les gels d’avoirs. Selon Watchlist on Children and Armed Conflict, il est indispensable que les listes annuelles des responsables de violations soient basées sur des preuves rigoureuses du MRM et appliquées de manière impartiale et transparente  .

Un porte-parole du Security Council Report a déclaré : « Le maintien de cet agenda est un succès, mais la stagnation et le financement en berne menacent de compromettre l’intégrité de cette action ».

Face à l’augmentation sans précédent des violations graves contre les enfants, selon l’UNICEF, « il ne faut surtout pas laisser les enfants devenir les dommages collatéraux de conflits que notre communauté internationale refuse d’affronter » .

Avec la fin de l’ère normative, l’avenir de l’agenda « Enfants et conflits armés » dépendra désormais de la volonté politique des États membres, de la mobilisation de la société civile et du renforcement des capacités opérationnelles sur le terrain.