L’Église épiscopale réclame la libération de ses membres et réaffirme leur innocence dans le trafic d’armes…

Vue de l'Eglise episcopale d'haiti...

PÉTION-VILLE, lundi  avril 2026 (RHINEWS)  L’Église Épiscopale d’Haïti a appelé les autorités judiciaires à procéder à la libération de plusieurs prêtres et laïcs incarcérés dans le cadre d’un dossier de trafic d’armes, affirmant que les éléments du dossier confirment leur innocence et dénonçant une détention injustifiée.

Dans une communiqué officiel, l’institution indique être « sortie de son silence » afin d’informer l’opinion publique de l’évolution de cette affaire, tout en rappelant avoir choisi jusque-là « d’éviter toute interprétation d’une quelconque influence sur le fonctionnement de la justice ».

Elle réaffirme que « ni l’institution, ni les prêtres, encore moins les laïcs, ne sont impliqués dans cette affaire », soulignant que cette position a été maintenue « de l’enquête policière au cabinet d’instruction ».

Selon l’Église, une ordonnance rendue le 29 septembre 2023 avait déjà établi que les personnes concernées étaient « étrangères à ces faits » et « victimes d’un réseau mafieux », ce qui avait conduit à leur mise hors de cause en première instance.

Toutefois, le parquet a interjeté appel, entraînant la poursuite de la procédure. L’Église affirme que cette démarche a été faite « de manière irrégulière et illégale », tout en disant maintenir sa confiance dans la justice.

Elle met également en avant le comportement des détenus lors de l’attaque du Pénitencier national en mars 2024, affirmant qu’ils « n’ont pas fui », ce qui constitue selon elle « une preuve de leur confiance dans la justice de leur pays ».

L’institution souligne par ailleurs qu’un rapport soumis le 2 février 2026 par le juge chargé du complément d’enquête « établit clairement » que des individus ont « utilisé frauduleusement le nom de l’Église », précisant que la pièce centrale du dossier est « fausse » et que la signature incriminée a été « formellement identifiée comme imitation ».

« La pièce centrale ne provient d’aucune autorité ecclésiastique habilitée », insiste-t-elle, ajoutant que les enquêtes n’ont révélé « aucun élément probant » d’enrichissement illicite des personnes concernées.

Dans ce contexte, elle demande aux autorités judiciaires « d’agir avec toute la diligence requise » afin de permettre la libération des Révérends Fritz Désiré et Frantz Cole, ainsi que des laïcs Jean-Marie Jean-Gilles et Mamion Saint-Germain, estimant qu’ils sont détenus injustement.

L’Église conclut en affirmant : « La vérité doit triompher. La justice doit être rendue. Les innocents doivent être libérés », tout en appelant les magistrats à agir « avec intégrité, conscience et courage ».

L’affaire remonte au 14 juillet 2022, lorsque des agents de la douane et des unités spécialisées ont saisi, à Port-au-Prince, un conteneur arrivé sous franchise au nom de l’Église épiscopale et présenté comme contenant des dons. À l’intérieur, les autorités ont découvert un important lot d’armes, de munitions et de faux billets, déclenchant un scandale national.

Selon des documents d’enquête, la cargaison comprenait notamment des armes de guerre, des milliers de cartouches, des chargeurs ainsi que de la fausse monnaie, dans une affaire impliquant plusieurs individus soupçonnés de trafic, de contrebande et d’association de malfaiteurs .

Dans les semaines et mois qui ont suivi, plusieurs personnes ont été arrêtées, dont des responsables liés à l’institution religieuse, avant que certains ne soient blanchis en première instance en septembre 2023. La procédure a toutefois connu plusieurs rebondissements judiciaires, la cour d’appel ayant ultérieurement relancé l’instruction .

L’affaire, qui avait fortement marqué l’opinion publique en Haïti, reste à ce jour l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles liés au trafic d’armes dans le pays.