PORT-AU-PRINCE, dimanche 24 mai 2026 (RHINEWS)– Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a adressé une plainte au président du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), dénonçant ce qu’il qualifie de dérives graves dans le cadre de l’instruction sur l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse et mettant en cause le comportement du juge instructeur Cyprien Jean F. Denis Pierre.
Dans cette correspondance datée du 22 mai 2026 et adressée au président du CSPJ, Jean Joseph Lebrun, l’organisation de défense des droits humains affirme qu’une ordonnance rendue le 19 mai par le magistrat instructeur ordonne une perquisition « systématique » à la résidence privée du directeur exécutif du RNDDH, Pierre Espérance, située à Delmas 75, ainsi qu’aux locaux de l’organisation.
Selon le RNDDH, cette ordonnance prévoit également « la saisie de tous documents jugés utiles à la manifestation de la vérité » qui seraient en possession de son directeur exécutif. L’organisation estime que cette mesure constitue « une atteinte manifeste aux Droits Humains » et dénonce une décision qu’elle juge « disproportionnée et attentatoire aux garanties constitutionnelles ».
« Elle donne l’impression que le magistrat instructeur cherche, non pas à établir sereinement la vérité, mais à faire peser une suspicion injustifiée sur la personne de son directeur exécutif et sur le RNDDH », écrit l’organisation dans sa plainte.
Le RNDDH affirme ne pas contester les pouvoirs d’enquête du juge dans un dossier qu’il qualifie lui-même de grave, mais soutient que l’exercice de ces pouvoirs doit respecter « les principes d’impartialité, de proportionnalité, de nécessité et de respect des droits fondamentaux ».
L’organisation estime par ailleurs que les soupçons formulés contre son directeur exécutif reposent principalement sur « des rumeurs, des insinuations et des propos relayés çà et là, notamment sur les réseaux sociaux ». Elle cite notamment un extrait de l’ordonnance du juge mentionnant qu’« il était bruit qu’un cahier de notes, propriété privée de feu Président Jovenel Moïse ainsi que son téléphone seraient en possession du responsable du RNDDH ».
Pour le RNDDH, cette formulation démontre qu’il ne s’agit « pas d’informations vérifiées, mais de simples rumeurs ou allégations non corroborées ».
L’organisation affirme également que la copie du document évoqué circulait déjà sur les réseaux sociaux et rappelle que « des agents du FBI » ainsi qu’un juge de paix étaient intervenus sur les lieux après l’assassinat du président haïtien en juillet 2021.
Le RNDDH soutient aussi que son directeur exécutif a été convoqué à plusieurs reprises par le magistrat instructeur et rencontré dans un cadre présenté comme « informel et amical ». Toutefois, l’organisation affirme que lors d’un récent entretien, les questions du juge auraient porté sur « des allégations relayées sur les réseaux sociaux par des individus se présentant comme journalistes », décrits par le RNDDH comme hostiles à l’organisation.
Dans sa plainte, le RNDDH évoque également des informations qu’il juge « préoccupantes » laissant croire que certaines démarches menées dans le cadre de cette instruction « auraient donné lieu à des pratiques de corruption » et à « des transactions financières entre le juge instructeur et des inculpés ». L’organisation affirme que de tels comportements seraient « incompatibles avec les exigences d’intégrité, d’impartialité et de dignité attachées à la fonction de juge ».
« Une telle situation risque d’entacher la crédibilité de l’instruction et de compromettre l’aboutissement d’un procès juste, équitable et conforme aux principes de l’État de droit », ajoute le RNDDH.
L’organisation estime également que le contexte de cette affaire est lié à ses dénonciations antérieures concernant certains magistrats sélectionnés pour intégrer des pôles judiciaires spécialisés, affirmant qu’« une animosité manifeste semble s’être installée contre le RNDDH et contre la personne de son directeur exécutif ».
Le RNDDH invoque par ailleurs la Déclaration des Nations Unies de 1998 sur les défenseurs des droits humains, rappelant que les États ont l’obligation de protéger les militants et organisations engagés dans la promotion des droits fondamentaux contre « toute menace, intimidation, représailles ou violence liée à leur engagement ».
« Les activités légitimes des défenseurs des Droits Humains ne doivent en aucun cas être criminalisées au moyen d’accusations fabriquées, de procédures abusives ou de campagnes de stigmatisation destinées à réduire au silence des voix critiques », soutient l’organisation.
Le RNDDH annonce enfin son intention de saisir « sans délai » le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme ainsi que d’autres organisations internationales de défense des droits humains afin d’attirer l’attention sur « les risques de représailles, de persécution judiciaire et d’atteintes à l’espace civique en Haïti ».
L’organisation demande au CSPJ « d’examiner la présente requête-plainte avec toute l’attention qu’elle mérite » et de prendre les mesures nécessaires afin que « les agissements dénoncés soient eux-aussi examinés conformément aux règles de droit, aux principes déontologiques de la magistrature et aux exigences d’une Justice indépendante et impartiale ».

