La Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, dévoile un manifeste en faveur des réparations pour l’esclavage…

Mia Amor Mottley,, Presidente de la CARICOM...

ACCRA, (Ghana) samedi 20 juin 2026 (RHINEWS)– La Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, a dévoilé un manifeste appelant à une intensification de la lutte en faveur des réparations pour les crimes de l’esclavage et de la colonisation, estimant que les descendants des peuples africains victimes de la traite transatlantique continuent de subir les conséquences économiques, sociales et politiques de plusieurs siècles d’exploitation.

Présentée lors d’une rencontre réunissant des responsables africains et caribéens à Accra, la démarche vise à renforcer la coopération entre l’Afrique et sa diaspora afin d’obtenir des mesures de justice réparatrice pour les millions de personnes réduites en esclavage à travers l’Atlantique.

« Le temps est venu de transformer la reconnaissance historique en actions concrètes », a déclaré Mia Mottley, affirmant que les séquelles de l’esclavage demeurent visibles dans de nombreuses sociétés contemporaines.

Entre le XVIe et le XIXe siècle, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants furent capturés sur le continent africain, souvent à la suite de razzias ou de conflits alimentés par le commerce négrier. Arrachés à leurs familles, à leurs terres et à leurs cultures, ils étaient vendus à des marchands européens puis embarqués dans des navires négriers à destination des Amériques et des Caraïbes.

La traversée de l’Atlantique, connue sous le nom de « Passage du Milieu », demeure l’un des chapitres les plus tragiques de l’histoire humaine. Entassés dans des cales exiguës, enchaînés pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, les captifs étaient confrontés à la faim, aux maladies, à la violence et à des conditions sanitaires effroyables. Un nombre considérable d’entre eux mouraient avant même d’atteindre les côtes américaines.

Dans les colonies, les survivants étaient vendus comme biens meubles et soumis à un système fondé sur le travail forcé. À Saint-Domingue, alors colonie française considérée comme la plus riche des Amériques grâce à la production de sucre et de café, les esclaves africains étaient soumis à des cadences de travail exténuantes, à des châtiments corporels fréquents et à une espérance de vie particulièrement faible.

Face à cette oppression, les esclaves de Saint-Domingue menèrent une longue lutte qui déboucha sur la révolution haïtienne. Après treize années de guerre, l’ancienne colonie proclama son indépendance le 1er janvier 1804 sous le nom d’Haïti, devenant la première République noire indépendante du monde moderne et le premier État issu d’une révolte victorieuse d’esclaves.

Cependant, la jeune nation dut rapidement faire face à de nouvelles contraintes. En 1825, sous la menace d’une flotte de guerre française, Haïti fut contrainte d’accepter le paiement d’une lourde indemnité destinée à dédommager les anciens colons pour la perte de leurs plantations et de leurs esclaves. Cette dette, souvent qualifiée de « rançon de l’indépendance », pesa pendant plus d’un siècle sur les finances du pays et limita considérablement ses capacités de développement.

La question des réparations a refait surface avec vigueur sous la présidence de Jean-Bertrand Aristide. À l’occasion du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, en 2004 et bien avant, le chef de l’État avait officiellement demandé à la France la restitution des sommes versées au titre de cette indemnité, estimant que le peuple haïtien avait droit à une réparation pour les préjudices historiques subis.

« L’esclavage est un crime contre l’humanité et les victimes ont droit à la restitution », avait alors soutenu Jean-Bertrand Aristide.

Cette revendication s’inscrivait dans un contexte politique particulièrement tendu. Les célébrations du bicentenaire de l’indépendance furent marquées par une profonde crise politique, des manifestations de l’opposition, des affrontements armés et une détérioration de la situation sécuritaire. Plusieurs dirigeants étrangers choisirent de ne pas participer aux cérémonies officielles. Quelques semaines plus tard, en février 2004, Jean-Bertrand Aristide avait été renversé par un commando étranger à la suite d’un mouvement armée conduite par d’anciens militaires et de repris de justice.

Plus de deux siècles après l’abolition du système esclavagiste à Saint-Domingue et plus de vingt ans après la demande formulée par Aristide, les appels à des réparations gagnent en ampleur dans les Caraïbes et en Afrique. Les défenseurs de cette cause estiment que les inégalités héritées de la traite négrière, de l’esclavage et du colonialisme continuent d’affecter le développement de nombreux pays et justifient des mesures de justice réparatrice.

Selon Mia Mottley, la reconnaissance des crimes du passé ne saurait être complète sans un engagement concret en faveur des descendants des victimes. « Il ne s’agit pas seulement de mémoire, mais de justice », a-t-elle déclaré, appelant les nations concernées à poursuivre le combat pour les réparations et la reconnaissance des préjudices historiques causés par plusieurs siècles d’esclavage et de domination coloniale.