KENSCOFF (Haïti), mercredi 16 septembre 2026 (RHINEWS) – Au moins 164 personnes ont été assassinées, 23 blessées et 71 enlevées lors de deux massacres perpétrés en juillet et en août 2026 à Kenscoff, selon un rapport publié mercredi par le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), qui met en cause de graves insuffisances dans le dispositif de sécurité et appelle les autorités à établir les responsabilités individuelles et institutionnelles.
Intitulé « Massacres à Kenscoff en juillet et en août 2026 : Le CSPN livre la population haïtienne sans protection ni défense », le rapport de 24 pages est daté du 16 septembre 2026. L’organisation affirme avoir enquêté sur les attaques des 7 et 8 juillet à Robin, dans la 5e section communale de Grand-Fond, puis celles des 23 et 24 août dans la ville de Kenscoff et plusieurs localités environnantes. Le document indique que ces attaques ont été attribuées à des membres de la coalition armée Viv Ansanm.
Le RNDDH rappelle que Kenscoff avait déjà été frappée par un massacre les 27, 28 et 29 janvier 2025. Dans un précédent rapport publié le 28 février 2025, l’organisation avait fait état d’au moins 139 personnes assassinées ou portées disparues et de 43 maisons et entreprises vandalisées ou incendiées. Selon le nouveau rapport, les recommandations adressées aux autorités à l’époque n’ont pas été intégralement suivies et la situation sécuritaire n’a pas été durablement rétablie.
En novembre 2025, avec l’appui d’experts en sécurité des ambassades de France et des États-Unis en Haïti, un dispositif avait pourtant été établi autour de plusieurs points considérés comme stratégiques, notamment Téléco, Panyòl, les environs de l’Orphelinat Sainte-Hélène, Viard 1, Kafou Malè et Carrefour Maroca. Des agents du SWAT, du CIMO, de la BRI, du BLVV, de l’UTAG et du BOID avaient été affectés à ces positions, tandis que les Forces armées d’Haïti avaient déployé un contingent à Téléco.
Le RNDDH relève cependant que des agents de l’UTAG et du BOID ont par la suite été rappelés de Kenscoff, sans qu’une explication soit connue de l’organisation. Environ une semaine avant l’attaque d’août, le blindé qui assurait le point fixe de Kafou Malè avait également été déplacé en raison d’un manque d’effectif. Le rapport estime que le rappel progressif des unités spécialisées a entraîné une réduction de 60 % des effectifs affectés à la sécurité de la juridiction de Kenscoff.
Pour documenter les événements, quatre moniteurs du RNDDH se sont rendus à Kenscoff à six reprises. Ils ont rencontré notamment l’ancien responsable du commissariat de Kenscoff, l’inspecteur divisionnaire Mickenson CADET, le juge titulaire du Tribunal de paix de Kenscoff Bob JOACHIM, le juge suppléant Jean Paul NORDELY, l’agent intérimaire de l’Exécutif Massillon JEAN, son adjoint Jean Max DUVIVIER, le chef de cabinet de la mairie Nora ELISSAINT, le président du CASEC de Grand-Fond Enock NICOLAS, trois agents de la PNH affectés au commissariat de Kenscoff et au sous-commissariat de Lotin, neuf membres de la Brigade communale de Kenscoff (BRICK), 101 victimes et proches de victimes ainsi que des riverains.
La première attaque, dans la nuit du 7 au 8 juillet, avait ciblé Robin, notamment les secteurs de Robin, Dèyè Savann, Marothière et Grand-Place. Les assaillants ont ensuite attaqué le camp Afè Nèg Combit (ANC), installé dans les locaux d’un établissement scolaire et utilisé comme site d’accueil de personnes déplacées. Le rapport fait état de nombreuses victimes dans ce camp.
Quelques jours après l’attaque, le 27 juillet, le responsable du commissariat de Kenscoff avait demandé au directeur départemental de l’Ouest-1 de la PNH deux véhicules blindés supplémentaires. Faute de réponse, une seconde correspondance avait été envoyée le 28 juillet pour solliciter un renforcement des capacités opérationnelles de la police. Le RNDDH affirme qu’aucune disposition sécuritaire supplémentaire n’a finalement été prise avant l’attaque du 23 au 24 août.
Selon le rapport, l’attaque d’août présentait plusieurs signes de préparation. Les assaillants auraient utilisé des drones afin de surveiller les mouvements des forces de l’ordre et déployé des éclaireurs chargés de recueillir des informations sur le dispositif de défense. Cinq jours avant l’attaque, plusieurs hommes armés, aidés, selon le RNDDH, par des personnes originaires de Kenscoff, auraient pénétré dans le centre-ville et pris position à Villier pour surveiller les axes routiers et transmettre des renseignements à leur base.
Le rapport revient également sur les tensions entre la BRICK et la mairie. Une réunion s’est tenue dans l’après-midi du 23 août entre des représentants de la mairie, dont l’agent intérimaire Massillon JEAN, et des membres de la brigade. Plusieurs brigadiers affirment avoir été désarmés et sommés de quitter certains postes stratégiques. D’autres témoignages évoquent seulement deux brigadiers désarmés.
Cette question est liée, selon le RNDDH, à l’assassinat d’Eric LUC le 14 août. Deux membres de la BRICK, Berthony ROMULUS, alias Ti Blan, et Doly Augustin CHRISTOPHE, connu également sous le nom de Doy CORIOLAN, avaient été accusés d’avoir conduit Eric LUC à l’écart avant sa mort. Convoqués par la mairie, les deux hommes auraient reconnu les faits, affirmant avoir agi après avoir trouvé sur le téléphone de la victime des vidéos du chef de gang opérant à Kenscoff, Didier CHERISME, alias Didi ou Izo 2. Les deux brigadiers ont été désarmés le 23 août.
Les autorités municipales ont confirmé au RNDDH que la réunion avait eu lieu, mais Massillon JEAN a catégoriquement rejeté l’affirmation selon laquelle la mairie aurait procédé au désarmement de membres de la BRICK. Il a expliqué que la mairie n’exerçait pas d’autorité sur le fonctionnement de la brigade et que la réunion portait notamment sur l’identification des brigadiers et les problèmes liés à la délivrance de leurs badges par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales. De son côté, Enock NICOLAS a confirmé que les deux brigadiers impliqués dans la mort d’Eric LUC avaient été désarmés.
Dans la nuit du 23 au 24 août, les assaillants, positionnés à Viard, Godet et Furcy, ont progressé vers le centre-ville en passant notamment par Viard 1, Villier, Boucan et Madeleine. Des actions de diversion auraient contraint les forces de l’ordre à déplacer certains dispositifs vers Fermathe 52. Les hommes armés ont alors pénétré dans Kenscoff. Des policiers présents sur place, appuyés par des membres de la BRICK, ont opposé une résistance qui, selon le RNDDH, a empêché la prise du commissariat. Une équipe de renfort du DDO-1, comprenant la Team Réaction et des policiers de la BRI à bord de plusieurs véhicules blindés, est ensuite arrivée. Des drones utilisés comme armes ont également été lancés contre les positions des groupes armés. Les affrontements se sont poursuivis jusqu’aux environs de 3 heures du matin.
Au total, le RNDDH recense au moins 164 personnes assassinées durant les deux attaques. Parmi les victimes identifiées, 21 étaient âgées de 65 à 90 ans, 36 étaient des femmes et 7 des enfants. L’organisation précise avoir recueilli les témoignages des proches de 127 victimes, soit 78 % des victimes recensées dans son enquête.
Parmi les victimes de l’attaque de juillet figurent Philomène ALEXIS, 70 ans, et son conjoint Samson LOUIS, 80 ans, parents de six enfants ; Presnel AUGUSMA, 52 ans, père de trois enfants ; Emmanuel AUGUSTE, 72 ans, père de sept enfants ; sa sœur Andrena AUGUSTE, 55 ans, mère de quatre enfants ; Bernard AUGUSTE, 40 ans, père de deux enfants ; Benissoit AURELUS, 66 ans, père de sept enfants ; son frère Cinsoit AURELUS, père de cinq enfants ; Michel AURISME, 83 ans, père de onze enfants ; le pasteur Edner BLANC et ses deux enfants Bidji BLANC, 6 ans, et Edner Junior BLANC, 5 ans ; Carlos CARISME, 39 ans, père de deux enfants ; Family CELISME, 25 ans, musicien ; Marie-Maude NARCISE, 43 ans, cultivatrice ; François FELISME, 55 ans, père de deux enfants ; Marie Carmelle FELISME, 45 ans ; Jean Rolph FELISME, une vingtaine d’années ; Jonas OVILUS, 60 ans, père de six enfants, et son frère Elius OVILUS, 66 ans, père de sept enfants, tous deux pasteurs de l’Église Chrétienne Christ Sanctifié ; ainsi que Dieucemane JOSEPH.
Le RNDDH cite également Elis DIEUDONNE, 42 ans, cultivateur ; le pasteur et directeur d’école Voguel DORLEANT, âgé d’un peu plus de 40 ans, ainsi que ses enfants Edrice DORLEANT, Saraï DORLEANT et Saïna DORLEANT, deux jumelles de 6 ans ; James DORLEAN, 28 ans, chauffeur de motocyclette et père de deux enfants ; Jacky JACQUES, 33 ans, père de trois enfants ; Dominique JEAN, 48 ans, père de neuf enfants ; Juliane JEAN, 63 ans ; Cinsoit AURELUS, 70 ans ; Maricène JEAN, 40 ans ; Arnold JEAN-LOUIS, 52 ans ; Christiana JEAN-LOUIS, 42 ans ; Anne JOSEPH, 60 ans ; Augustine JACQUES, 57 ans ; Marc JOSEPH, 23 ans ; Julienne PIERRE, 70 ans ; Maricia JOSEPH, 63 ans ; Rosilus CARISME, 66 ans ; Alexis JOSEPH ; Andrena DUMAS, 40 ans ; Saint-Ger LATORTUE, 84 ans ; Rosemila LAGUERRE, 62 ans ; Augustin VALEUS, 60 ans ; Marise LOUIS, 33 ans ; Dane MAXIME, 71 ans ; Jonas MAXIME, 59 ans ; Mannot MEDE, 25 ans ; Amonnèse PIERRE, 77 ans ; Jocelyn METELUS, 50 ans ; Margarèthe JEAN, 9 ans ; Islande JEAN, 4 ans ; Degrâce PAUL, 56 ans ; et Thomas JOSEPH, 80 ans.
S’ajoutent Silanie PETIT-FRERE, Dieujuste ULYSSE et Jean Robert ULYSSE, 26 ans ; Millot SOLIUS, une cinquantaine d’années ; Saint-Fort SOLIUS, 53 ans ; Anna VOLTAIRE, 49 ans ; Stephen JEAN MARIE, 70 ans et porté disparu ; ainsi que huit autres victimes dont les proches n’ont pas été retrouvés par le RNDDH mais dont les voisins ont fourni l’identité : Nabezwen’m AZENA, 27 ans, cultivateur et chauffeur ; Foucault DORLAN, 23 ans, étudiant ; Dayana FACILUS, 25 ans, cultivatrice ; Sincia JEAN, 56 ans ; Fetchina JOSEPH, 6 ans ; Manoucheka JOSEPH, 27 ans ; Dieusel NARCISE, 33 ans, cultivateur ; et Daniel PIERRE, 24 ans.
Pour le massacre d’août, le rapport cite notamment Rosamène ANEUS, 65 ans, mère de sept enfants ; William ANTOINE, 64 ans, père de huit enfants ; Williamson ANTOINE, 16 ans ; Yola AREUS, 30 ans, mère de deux enfants ; Peter BOUCARD, 21 ans ; Dieujuste Max MERINE, 64 ans ; Justin MERINE, 70 ans ; Junior CORIOLAN, 24 ans ; Richard CORIOLAN, 33 ans ; Jackson CHERY, 26 ans ; Gaspard CHERY, 38 ans, père de quatre enfants ; Williamson CHERY, 19 ans ; Drivé DESIR, 70 ans, père de quinze enfants ; Vierge JEAN, une soixantaine d’années, mère de huit enfants ; Daphnée ESTIME, 40 ans, mère de trois enfants ; Gérard EXANE, 60 ans, père de six enfants ; Wily ISMERON, une soixantaine d’années, père de trois enfants ; Daphney ISRAEL, 34 ans, mère de trois enfants ; Arnold JEAN, 42 ans ; Carisna JEAN, 38 ans, mère de trois enfants ; Jean Ronald JEAN, 44 ans, père de six enfants ; Mercidieu JEAN, 41 ans, père de deux enfants ; Silas JEAN, une trentaine d’années ; Victor JEAN, 90 ans, père de trois enfants ; Saint-Vertu JEAN, 55 ans, père de quatre enfants ; Arnold JEAN JACQUES, 79 ans, père de six enfants ; Idalia JOSEPH, 38 ans, mère de deux enfants ; Philomène JOSEPH, 34 ans, mère de six enfants ; Jesumène LOUIS, 29 ans, mère de deux enfants ; Mérilus LOUIS, 75 ans, père de quatre enfants ; Vladimir METELLUS, une vingtaine d’années ; Rosy METELLUS, 50 ans ; Eusdras JEAN JACQUES, 62 ans ; Drason JEAN JACQUES, 32 ans ; Oralia NARCISSE, une soixantaine d’années ; ainsi que Dieula JEAN, 40 ans, et Dieudonne JEAN, une quarantaine d’années.
Le document mentionne également Vladimir PAMPHILE, 23 ans, chauffeur de camion ; Steeve PASCAL, alias Tonton, 35 ans ; Bernadette PAUL, 35 ans, mère de quatre enfants ; Dario PAUL, 35 ans ; Fomphil SAINT JACQUES, 72 ans, père de neuf enfants ; William SAINT-JEAN, 55 ans, père de quatre enfants ; Jean Nelson SAINT-JEAN, 20 ans ; Juvenson SIMON, 19 ans ; Lami SMITH, 60 ans, agent de sécurité de la mairie de Kenscoff ; Amicia TOUSSAINT, alias Macha, 37 ans, mère d’une fille ; et Odrick VAL, 36 ans, père de quatre enfants.
Le Bureau des Affaires sociales de la mairie de Kenscoff a, pour sa part, établi une liste de 32 personnes assassinées dans la nuit du 23 au 24 août pour lesquelles les noms ainsi qu’un numéro d’identification nationale unique ou une identité fiscale étaient disponibles. Onze de ces noms ne figuraient pas dans la base de données du RNDDH : Janelson ANTOINE, Olianne BARTHELMY, Junior CILIUS, Jeannine CORIOLAN, Sainristil DERISE, Vladimir DERISE, Patricia METELLUS, Alberson PETION, Jonassaint PIERRE, Ernso SAINT LOUIS et Starlori VEILLARD.
Le RNDDH signale par ailleurs cinq personnes toujours portées disparues dans les suites des massacres. Il s’agit d’Ermiste FORTUNE, 56 ans, Ouchaï FORTUNE, 12 ans, et Derlie FORTUNE, 12 ans, disparus dans la nuit du 7 au 8 juillet ; de Clernise MAXIME, 62 ans, mère de trois enfants, disparue à Robin lors de la même attaque ; et de Sainternise DUCIN, 50 ans, père de sept enfants, disparu à Villier dans la nuit du 23 au 24 août. Dans ce dernier cas, seuls les vêtements portés le jour de l’attaque auraient été retrouvés par sa famille.
Au moins 71 personnes ont également été enlevées durant l’attaque d’août. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre au moins 25 captifs, dont trois nourrissons, tandis que deux chefs de gang affirment dans cette même vidéo détenir 46 autres personnes. Le 28 août, 13 personnes, parmi lesquelles sept femmes et six enfants, ont été libérées. Parmi les enfants figuraient trois enfants de moins de deux ans, un enfant de sept ans et deux adolescents.
Le rapport mentionne aussi le cas de J. P. D., âgé d’une trentaine d’années, enlevé à Villier après la mort de ses parents. Une famille composée de S. L., 49 ans, de son conjoint C. P., 45 ans, de leur enfant de deux ans et de leur fille G. P., 12 ans, ainsi qu’une voisine, ont également été enlevés. Le rapport indique que G. P. a subi des violences sexuelles avant de parvenir à s’échapper. S. C., 23 ans, a été enlevée avec sa fille âgée d’un an et demi.
Au moins 23 personnes ont été blessées lors des deux attaques. Le RNDDH cite notamment D. N., 19 ans, V. F., 55 ans, C. I., blessé par deux projectiles, et N. J., 35 ans, mère d’une fille, qui a été prise en charge à l’Hôpital de Fermathe avant d’être transférée à Médecins Sans Frontières.
Les pertes matérielles sont également importantes. Le rapport indique que l’agriculture maraîchère et l’élevage, deux secteurs essentiels de l’économie de Kenscoff, avaient déjà été fortement affectés par le massacre de janvier 2025. De nombreuses terres agricoles seraient restées inexploitées parce qu’elles se trouvent dans des zones contrôlées par des groupes armés. Du bétail aurait également été volé en janvier 2025 ainsi qu’en juillet et août 2026.
Plusieurs dizaines de maisons ont été incendiées, notamment celles du docteur William PAPE, directeur du Groupe haïtien d’étude du sarcome de Kaposi et des infections opportunistes (GHESKIO), et du magistrat Bob JOACHIM, juge titulaire du Tribunal de paix de Kenscoff. De nombreux véhicules ont également été détruits et le camp ANC de Robin, utilisé pour accueillir des personnes déplacées, a été partiellement détruit par le feu.
Sur le plan judiciaire, le juge suppléant Jean Paul NORDELY, requis par l’agent intérimaire de l’Exécutif Massillon JEAN, accompagné du commissaire en chef du Tribunal de première instance de Port-au-Prince Patterson DORVAL et du substitut Justin JOLY, a constaté le 24 août 26 corps dans trois morgues. À Compassion Chapelle Funéraire, à Fermathe 55, 15 corps, dont 13 hommes et deux femmes, ont été constatés. À Inspiration Morgue Privée, à Thomassin 32, dix corps, parmi lesquels ceux de Lami SMITH et Vladimir DERISE, ont été constatés. À Autriche Entreprise Funéraire, à Pétion-Ville, un corps a été constaté.
Le RNDDH souligne toutefois que les blessures et l’ensemble des pertes matérielles n’ont pas fait l’objet d’un constat judiciaire exhaustif. Seule la maison du docteur William PAPE, incendiée à Villier, a fait l’objet d’un constat le 25 août. L’organisation estime que l’absence de documentation systématique peut empêcher de mesurer l’ampleur réelle des crimes et compromettre l’établissement de la vérité, l’identification des responsabilités ainsi que l’accès des victimes et de leurs proches à la justice et aux réparations.
Concernant les personnes déplacées, le RNDDH indique que, hormis quelques messages de sympathie des autorités, les victimes ont surtout reçu une aide alimentaire du Fonds d’assistance économique et sociale (FAES). Quatre nouveaux sites ont été créés après le massacre d’août, à savoir Fermathe, Cotard, Calebasse et Grande Savane. Ils s’ajoutent à la Place publique Saint-Pierre à Pétion-Ville, à la mairie de Kenscoff et à l’Église de Dieu de Kota, à Fort-Jacques.
L’organisation décrit des conditions difficiles dans ces sites, qui n’avaient pas été préparés pour accueillir des déplacés. Elle estime que l’aide alimentaire du FAES est insuffisante, alors que l’approvisionnement en eau, les intrants et les condiments restent à la charge de la mairie de Kenscoff ou des familles déplacées, déjà fortement affectées économiquement par les attaques.
Dans une note publiée le 28 août, l’UNICEF a indiqué avoir soutenu les efforts ayant permis la libération de femmes et d’enfants, en collaboration avec des responsables communautaires. Le RNDDH cite également l’intervention de Luckson JEAN, alias Frè Luckson, responsable de la Fondation Frère Luckson Zòn Pa Fè Moun, qui s’est rendu dans l’un des fiefs des groupes armés opérant à Kenscoff afin de participer à la récupération et à l’accompagnement des personnes libérées.
Dans ses conclusions, le RNDDH souligne qu’en un peu plus d’un mois, deux massacres d’ampleur ont frappé Robin, Kenscoff et leurs environs, alors qu’une nouvelle attaque armée a été enregistrée à Viard 1 et Viard 2 dans la nuit du 13 au 14 septembre, peu avant la publication du rapport.
L’organisation estime que ces épisodes démontrent, selon ses termes, la capacité persistante de Viv Ansanm à « planifier et multiplier les offensives contre la population civile ». Elle relève que les attaques de juillet et août ont fait au moins 164 morts, dont 21 personnes âgées de 65 à 90 ans, 36 femmes et sept enfants, auxquels s’ajoutent des dizaines de disparus, 23 blessés et 71 personnes enlevées. Plusieurs cas de violences sexuelles ont également été signalés, dont celui d’une fillette de 12 ans. Des dizaines de maisons et de nombreux véhicules ont été incendiés.
Le RNDDH distingue cependant les circonstances des deux attaques. Il affirme ne disposer d’aucun élément permettant d’établir que le massacre du 7 au 8 juillet avait été annoncé. En revanche, l’organisation dit avoir relevé plusieurs indices d’une préparation minutieuse de l’attaque du 23 au 24 août, notamment l’utilisation de drones et d’éclaireurs chargés de surveiller les forces de sécurité.
Selon le rapport, le responsable du commissariat, qui avait été informé de la préparation de l’attaque, avait sollicité à plusieurs reprises le renforcement des moyens humains et matériels du poste de police. Ces demandes seraient restées sans réponse. Le RNDDH estime que des mesures préventives et un renforcement à temps du dispositif de sécurité auraient pu prévenir l’attaque d’août ou, à tout le moins, en réduire considérablement les conséquences.
L’organisation attire également l’attention sur la réunion du 23 août entre des membres de la BRICK et des représentants de la mairie. Elle relève que des menaces auraient été proférées contre des brigadiers et que plusieurs d’entre eux auraient été désarmés, notamment les deux impliqués dans l’assassinat d’Eric LUC, présenté par plusieurs personnes comme proche de Massillon JEAN et membre de la famille d’Enock NICOLAS.
« La tenue d’une rencontre avec des membres de la BRICK, le désarmement de plusieurs brigadiers à cette occasion, puis le déclenchement, quelques heures plus tard, d’une attaque d’une ampleur exceptionnelle contre la commune de Kenscoff constituent des éléments qui méritent d’être investigués », écrit le RNDDH, qui ajoute que ces circonstances « ne peuvent être réduites à une simple coïncidence ».
Le rapport attribue par ailleurs l’environnement favorable aux attaques à plusieurs facteurs, notamment ce que le RNDDH qualifie de « passivité et [de] léthargie » du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), le « dédaigneux désintérêt » du haut état-major de la PNH pour la situation de Kenscoff, la circulation d’informations sensibles sur les mouvements des troupes, la réduction de 60 % des effectifs policiers affectés à la juridiction et les tensions ayant entouré la réunion du 23 août. Ces appréciations relèvent de l’analyse du RNDDH dans son rapport.
Le RNDDH affirme également que les victimes ont été touchées indépendamment de leur âge, de leur sexe ou de leur niveau de vulnérabilité. L’organisation relève la présence parmi les victimes de femmes, d’enfants, de personnes âgées ainsi que de personnes vivant avec des déficiences motrices ou sensorielles.
Concernant les Forces armées d’Haïti, le RNDDH affirme qu’un seul contingent était affecté à la protection de Téléco et de ses environs et estime que l’implication des FAD’H dans la protection de la population et dans les opérations visant à contenir les groupes armés demeurait limitée. L’organisation formule également des réserves sur la Force de suppression des gangs, déployée en Haïti depuis mai 2026, dont la présence sur le terrain et la contribution aux opérations de sécurisation lui paraissent difficiles à identifier.
Le rapport critique enfin la réponse judiciaire aux deux massacres, jugée par le RNDDH insuffisante au regard de leur ampleur. L’organisation estime que les autorités judiciaires se sont principalement limitées à constater certains corps récupérés par les familles et transportés dans les trois morgues de Fermathe 55, Thomassin 32 et Pétion-Ville, sans procéder à un inventaire exhaustif des blessés et des dégâts matériels.
Le RNDDH considère que les attaques répétées, les assassinats, les blessures, les enlèvements, les violences sexuelles, les incendies et les déplacements forcés portent atteinte aux droits à la vie, à l’intégrité physique et psychique, à la sécurité, à la liberté de circulation, au logement et à la propriété privée. Le rapport identifie le CSPN, présidé par le Premier ministre Alix Didier FILS-AIME, comme l’instance exécutive directement concernée par la politique de sécurité nationale.
L’organisation estime en outre que le détachement de nombreux agents des unités spécialisées de la PNH auprès d’autorités publiques ou pour des tâches privées réduit les effectifs disponibles et les capacités opérationnelles de l’institution. Elle dénonce une gestion « réactive » des ressources humaines, marquée par des déplacements et réaffectations fréquents des policiers d’une zone à une autre.
Pour le RNDDH, les attaques de Kenscoff « ne sauraient être analysées comme des événements isolés ». Elles révéleraient, selon l’organisation, la capacité opérationnelle persistante des groupes armés, leur accès à des informations sensibles, les insuffisances du dispositif de sécurité et les conséquences de l’absence de réponse des autorités face à des menaces identifiées.
Dans ses recommandations, le RNDDH demande aux autorités de renforcer durablement la sécurité à Kenscoff, de faire toute la lumière sur les massacres de juillet et août, d’établir les responsabilités individuelles et institutionnelles, de documenter exhaustivement les crimes, d’enquêter sur le fonctionnement de la mairie de Kenscoff et de la BRICK, de mieux répartir les ressources humaines et matérielles de la PNH et d’impliquer les FAD’H dans la sécurisation de la population.
L’organisation recommande également l’organisation des funérailles des victimes et le remboursement aux familles des frais déjà engagés, ainsi que la mise en place d’une assistance financière, médicale et psychologique au bénéfice des victimes, de leurs proches et des personnes déplacées, avec un accès effectif à la justice et aux réparations.

