WASHINGTON, mardi 12 août 2025 (RHINEWS) – Lors d’une conférence de presse ce mardi, la juge fédérale Jeanine Pirro a annoncé le déblocage d’un acte d’accusation visant Jimmy Cherizier, alias “Barbecue”, chef de gang haïtien sanctionné, et son co-conspirateur Basile Richardson. Les deux hommes sont accusés de complot en vue de violer l’International Emergency Economic Powers Act(IEEPA), une loi américaine encadrant les sanctions économiques.
L’acte, qui ne comporte qu’un seul chef d’accusation, marque une première historique : Cherizier est le premier individu sanctionné en vertu du Global Magnitsky Human Rights Accountability Act à être poursuivi pénalement par le Département de la Justice. Cette loi, adoptée en 2016, autorise le président des États-Unis à sanctionner toute personne, où qu’elle se trouve, impliquée dans des violations graves des droits humains ou dans la corruption à grande échelle.
Ancien policier de la PNH, Cherizier est accusé d’avoir orchestré et participé à de multiples actes de violence en Haïti, dont le massacre de La Saline en novembre 2018, qualifié de l’un des pires épisodes de violence politique récente dans le pays. Selon les organisations de défense des droits humains, environ 71 civils – hommes, femmes et enfants – y ont été tués, leurs corps souvent brûlés ou mutilés, dans le cadre d’une opération coordonnée impliquant des gangs armés.
Son co-accusé, Basile Richardson, naturalisé américain et résidant en Caroline du Nord, aurait collecté et transféré des fonds depuis la diaspora haïtienne aux États-Unis vers Cherizier, tout en sachant que ce dernier était visé par les sanctions Magnitsky. Richardson, chauffeur routier de profession et originaire d’Haïti, a été arrêté au Texas.
Jeanine Pirro a rappelé que le Département d’État américain offre une récompense pouvant atteindre 5 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation ou à la condamnation de Cherizier. « Quiconque finance Barbecue, malgré ses actes de violence et ses violations des droits humains, ne pourra pas prétendre ignorer qu’il est sanctionné par les États-Unis. Nous les poursuivrons et nous les retrouverons », a-t-elle averti.
La magistrate a replacé cette affaire dans un contexte plus large d’instabilité extrême en Haïti, marquée par l’expansion des gangs armés et la dégradation sécuritaire. Elle a rappelé que son bureau avait déjà obtenu, il y a quelques mois, la condamnation de Jolie German pour l’enlèvement de 16 missionnaires chrétiens américains en Haïti. « Haïti est aujourd’hui un foyer de violences d’une intensité rare, et nous utilisons tous les outils juridiques à notre disposition, y compris le Magnitsky Act, pour couper les sources de financement des criminels », a-t-elle insisté.
Darren Cox – Directeur adjoint par intérim de la Division des enquêtes criminelles du FBI
Intervenant également lors de la conférence, Darren Cox a salué le travail des forces de l’ordre américaines et internationales dans la lutte contre le crime organisé transnational, qu’il considère comme une menace directe pour « la sécurité des communautés aux États-Unis et à l’étranger ».
« Sous la direction du directeur Patel, le FBI est plus que jamais déterminé à écraser la criminalité violente, les cartels et l’activité des gangs, chaque jour », a déclaré Cox. Depuis janvier, avec l’appui des partenaires nationaux et internationaux, le Bureau fédéral d’enquête a procédé à l’arrestation de trois fugitifs figurant sur la liste des dix plus recherchés, interpellé plus de 19 000 criminels et saisi des milliers de tonnes de stupéfiants, sauvant ainsi « des millions de vies à travers les États-Unis ».
Cox a affirmé que les Américains comme les criminels doivent savoir que « les agents du FBI et leurs partenaires utilisent tous les moyens disponibles pour mettre les criminels derrière les barreaux » et qu’ils « ne s’arrêteront pas ». Il a insisté sur le soutien indéfectible aux « bons policiers » et sur la nécessité de « prendre le combat directement aux criminels » afin de « restaurer l’ordre ».
Selon lui, ces efforts font partie d’un plan coordonné visant à protéger les communautés et à affronter les menaces croissantes posées par des organisations criminelles et terroristes étrangères comme Viv Ansanm et ses associés. « Cela signifie s’attaquer à chaque maillon de la chaîne, à chaque cellule, y compris aux États-Unis », a-t-il souligné, annonçant une récompense de 5 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation de membres clés de Viv Ansanm et de Jimmy Cherizier, alias “Barbecue”.
« Nous savons que quelqu’un détient une information pouvant aider à mettre fin à cette violence, et nous voulons que cette personne sache qu’elle peut venir vers nous en toute sécurité », a déclaré Cox.
Il a mis en lumière le travail du bureau du FBI de Miami, qui a collaboré étroitement avec des partenaires internationaux pour localiser Cherizier et ses alliés aux États-Unis. Le 23 juillet, l’un des plus proches associés de Cherizier et co-conspirateur désigné, Brazeer Richeson, a été arrêté sans incident par le bureau du FBI de Houston, à l’issue d’une enquête menée par l’antenne de Miami.
« Des acteurs violents comme Cherizier et ses complices doivent comprendre qu’il n’existe aucun refuge sûr pour ceux qui exportent la violence dans nos communautés », a insisté Cox, assurant que le FBI continuera à mobiliser toutes ses ressources et expertises pour les traduire en justice.
Ivan Arbelo – Assistant directeur de l’Office des enquêtes de sécurité intérieure (HSI)
L’Assistant directeur de HSI, Ivan Arbelo, a déclaré que le déblocage de l’acte d’accusation visant Jimmy Shashir marque l’aboutissement de près de trois années d’enquête sur ses activités illicites, incluant l’identification de ses réseaux d’acquisition et de trafic d’armes, ses opérations de financement et le détournement de fonds en dollars américains en violation des sanctions des États-Unis.
Selon Arbelo, ces actions ont alimenté les activités de gangs et d’organisations terroristes ayant « opprimé et dévasté le peuple haïtien ». Ancien membre des forces de l’ordre en Haïti, Shashir aurait basculé vers la criminalité organisée, étant notamment accusé de son implication dans le massacre de La Saline en 2018, qui fit 71 morts et détruisit 400 maisons dans un contexte de violents affrontements de gangs à Port-au-Prince. « Au fil des années, des organisations internationales l’ont relié à plusieurs autres cas de violations des droits humains », a indiqué Arbelo, qualifiant cette mise en accusation de « pas significatif vers la fin de son règne de terreur ».
HSI, principal organe d’enquête du département américain de la Sécurité intérieure, a travaillé avec ses partenaires fédéraux pour identifier les méthodes et réseaux utilisés par Shashir pour exploiter les ressources et institutions financières américaines afin de financer son groupe armé et se procurer des « armes de guerre ». Arbelo a rappelé que ce type d’affaire relève de la mission de contre-prolifération et d’application des réglementations à l’exportation, visant à détecter, perturber et démanteler les réseaux d’approvisionnement illicites opérant pour le compte d’adversaires étrangers, de groupes terroristes ou d’organisations criminelles transnationales.
« Ces groupes utilisent des stratégies complexes pour acquérir des systèmes d’armes américains, des technologies sensibles, des actifs financiers et d’autres ressources afin de commettre des crimes, mettant en danger les Américains au pays comme à l’étranger », a-t-il affirmé. L’Assistant directeur a souligné que cette enquête illustre la coopération inter-agences, mobilisant les compétences et prérogatives uniques de chaque entité « pour promouvoir la sécurité nationale et poursuivre un chef de guerre barbare qui utilise les ressources de notre nation pour commettre des actes de violence et de terreur ».
Arbelo a adressé ses « plus sincères remerciements » aux partenaires fédéraux, citant le FBI, la DEA, l’ATF, le Département d’État, le Bureau du procureur fédéral de Washington D.C. et la Division de la sécurité nationale du Département de la Justice pour leur « partenariat inestimable et leurs efforts inlassables » dans la concrétisation de cette inculpation.
Chris Landberg – Département d’État américain
Le Département d’État a également annoncé, mardi, l’octroi d’une récompense pouvant aller jusqu’à cinq millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation et/ou à la condamnation de Jimmy Cherizier, chef du gang haïtien Viv Ansanm, désigné comme organisation terroriste étrangère (FTO) et “organisation terroriste mondiale spécialement désignée” en mai dernier par le secrétaire d’État Rubio.
L’annonce a été faite par Chris Landberg, haut responsable du Bureau des affaires internationales de stupéfiants et d’application de la loi (INL). « L’âge de l’impunité pour ceux qui soutiennent la violence en Haïti est révolu », a rappelé Landberg, citant la déclaration de Rubio. « Nous cherchons l’aide du public pour traduire Cherizier en justice, non seulement pour le peuple haïtien, mais aussi pour empêcher la propagation de la violence incontrôlée de Viv Ansanm dans tout l’hémisphère, y compris aux États-Unis. »
Selon Washington, le règne de terreur et de violences de Cherizier menace directement la stabilité d’Haïti, alimente la criminalité transnationale et risque de provoquer une augmentation de l’immigration illégale vers les frontières américaines. « Le Département d’État continuera à utiliser tous ses outils, y compris les programmes de récompense, pour combattre le fléau du crime organisé transnational et de la violence qui y est associée, en particulier pour neutraliser les pires chefs criminels qui menacent les populations de notre hémisphère », a insisté Landberg.
L’offre de prime est publiée dans le cadre du Transnational Organized Crime Rewards Program. Les autorités invitent toute personne disposant d’informations à contacter le FBI au 1-800-CALL-FBI ou la police fédérale de l’immigration et des douanes (HSI) au 1-866-DHS-2-ICE. « Aidez-nous à retrouver et à condamner cette menace pour l’hémisphère, Jimmy Cherizier », a conclu Landberg.

