PORT-AU-PRINCE, jeudi 23 juillet 2026 (RHINEWS)– Les autorités américaines envisagent de renforcer leur coordination avec Vectus Global, la société de sécurité privée dirigée par Erik Prince, allié du président Donald Trump, dans le cadre des opérations menées contre les groupes armés en Haïti, selon les déclarations d’un haut responsable militaire américain devant le Congrès.
Le colonel Justin Gorkowski, du département américain de la Défense et coprésident de l’équipe de supervision de la Force de répression des gangs (GSF), soutenue par les Nations unies, a indiqué qu’un officier de la Task Force haïtienne serait intégré au centre conjoint des opérations afin de formaliser la coopération entre les différents acteurs.
« Nous avons une coordination, de manière informelle, à tous les niveaux de commandement avec Vectus Global et la Task Force haïtienne, mais cela permettra de formaliser ce partenariat », a-t-il déclaré. Il a toutefois précisé qu’« il n’y a actuellement aucun chevauchement opérationnel » entre les deux structures. « À l’avenir, bien sûr, à mesure que nous réduirons l’influence des gangs, ce partenariat se renforcera », a-t-il ajouté.
Vectus Global opère en Haïti depuis mars 2025 en appui à la Task Force mise en place par le gouvernement haïtien, notamment à travers l’utilisation de drones pour cibler des groupes armés contrôlant une grande partie du territoire. Les États-Unis financent également la GSF ainsi que la Police nationale d’Haïti.
Interrogé sur cette coopération, un porte-parole de la GSF a affirmé que la force internationale ne mène pas d’opérations conjointes avec la Task Force haïtienne. Selon lui, son mandat consiste à coordonner les activités des différents acteurs de la sécurité afin d’éviter les chevauchements d’opérations ou les risques inutiles.
Le département d’État américain a, pour sa part, indiqué que cette coordination au sein du centre conjoint des opérations est essentielle pour réduire les risques de pertes civiles. Il a précisé que la GSF coopère avec la Task Force « sous la direction du gouvernement haïtien », tout en soulignant que la composition de cette dernière relève de la décision des autorités haïtiennes.
Cette évolution intervient alors que des organisations de défense des droits humains s’inquiètent des conséquences des frappes de drones menées contre les gangs. Selon Human Rights Watch, 1 243 personnes ont été tuées lors de 141 opérations conduites entre mars 2025 et janvier 2026, dont 43 adultes civils et 17 enfants. L’organisation fait également état de 738 blessés, parmi lesquels 49 civils, tout en relevant une augmentation du nombre d’opérations et du bilan humain entre octobre 2025 et janvier 2026.
Le colonel Gorkowski a affirmé ne pas disposer de chiffres précis sur les victimes civiles, mais a assuré que son équipe faisait « tout ce qui est possible pour atténuer les risques ». « Nous sommes dans une situation de guerre et, malheureusement, c’est la réalité à laquelle nous sommes confrontés », a-t-il déclaré, ajoutant que les frappes de la Task Force devenaient « plus discriminantes » et remplissaient « une fonction essentielle ». Il a également estimé que les mécanismes de supervision nécessaires étaient en place.
De son côté, Michael Kozak, haut responsable américain chargé des affaires de l’hémisphère occidental, a indiqué que les autorités américaines s’appuyaient principalement sur les rapports des organisations de défense des droits humains pour évaluer les pertes civiles.
Selon un responsable du département d’État cité sous couvert d’anonymat, les citoyens américains travaillant pour Vectus Global en Haïti ne sont pas tenus de déclarer leurs activités aux autorités américaines dans la mesure où ils interviennent comme contractuels d’un gouvernement étranger, ajoutant que Washington n’exerce aucune supervision directe sur les opérations de cette société privée.
Malgré les préoccupations juridiques et humanitaires, les frappes de drones sont perçues par certains responsables comme ayant contribué à placer les groupes armés sur la défensive dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, alors même que les violences continuent de s’étendre à d’autres régions du pays, provoquant de nouveaux déplacements de population.
Les autorités américaines ont également indiqué que la GSF, appelée à succéder à la mission multinationale précédente, ambitionne d’atteindre un effectif de 5 500 militaires et policiers d’ici l’automne 2026. Selon le colonel Gorkowski, des contingents en provenance du Tchad, du Sri Lanka, de la Côte d’Ivoire et du Bangladesh doivent contribuer à l’extension du dispositif sur plusieurs départements du pays.

