Haïti/Violence : plus d’un million de personnes déracinées par la violence des gangs, selon l’OIM…

Les camions de l'OIM se dirigent vers Cité Soleil en Haïti, avec des articles de secours pour les communautés vulnérables.PAM/Theresa Piorr Les camions de l'OIM se dirigent vers Cité Soleil en Haïti, avec des articles de secours pour les communautés vulnérables....

PORT-AU-PRINCE, jeudi 16 octobre 2025 (RHINEWS) — L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a tiré la sonnette d’alarme sur une crise sans précédent : plus de 1,4 million d’Haïtiens ont été contraints de fuir leur foyer depuis janvier 2025, fuyant la terreur imposée par les gangs armés. Selon les nouvelles données de la Matrice de suivi des déplacements (DTM), près de la moitié des déplacés sont des enfants, confirmant l’ampleur dramatique du phénomène.

« La gravité de cette crise exige une réponse accrue et durable », a déclaré Grégoire Goodstein, chef de mission de l’OIM en Haïti. « La générosité des communautés haïtiennes qui accueillent les déplacés doit être soutenue par un engagement international renouvelé », a-t-il plaidé depuis Genève.

Dans les rues encombrées de l’Artibonite et du Centre, des familles entières fuient à pied ou à moto, portant leurs maigres biens sur la tête. Les écoles, les églises et les bâtiments publics se transforment en refuges improvisés, où s’entassent des milliers de victimes de la guerre des gangs. Ce déplacement massif, en hausse d’un tiers par rapport à 2024, représente la plus grave crise interne de l’histoire récente d’Haïti.

Longtemps limitée à la capitale, la violence s’étend désormais bien au-delà. Les gangs, qui contrôlent près de 80 % de Port-au-Prince, imposent leur loi jusqu’aux zones rurales. L’OIM estime que près des deux tiers des nouveaux déplacés vivent hors de la capitale, notamment dans les départements du Centre et de l’Artibonite. Les sites officiels d’accueil sont saturés, et les camps spontanés, passés de 142 à 238 en moins d’un an, ne cessent de croître. Dans de nombreux cas, ce sont les familles locales, souvent parmi les plus pauvres, qui hébergent 85 % des déplacés, partageant leur eau, leur nourriture et leur électricité jusqu’à épuisement.

Les conséquences humaines sont dévastatrices. Plus de la moitié des déplacés sont des enfants, souvent séparés de leurs parents et envoyés vivre chez des proches dans des zones plus sûres. « Les familles se morcellent sous la pression de la peur », confie un travailleur humanitaire à Port-au-Prince. Les récits se multiplient de parents disparus, de mères cherchant désespérément leurs enfants, et de jeunes livrés à eux-mêmes dans des camps précaires.

Sur le plan régional, la situation est tout aussi préoccupante. Plus de 207 000 Haïtiens ont été expulsés de la République dominicaine depuis janvier, selon l’OIM. À Ouanaminthe, à la frontière nord-est, des dizaines de familles traversent chaque jour le pont frontalier, fuyant la répression dominicaine pour retrouver un pays où les routes sont désormais sous le contrôle des gangs.

« Chaque trajet devient une roulette russe », témoigne un chauffeur de tap-tap contraint de changer d’itinéraire pour échapper aux enlèvements.

Face à ce désastre humanitaire, l’OIM a étendu ses opérations au-delà de Port-au-Prince, déployant des équipes dans plusieurs provinces pour fournir abris d’urgence, eau potable, soins médicaux, assistance psychosociale et programmes de protection. Mais l’organisation prévient que les besoins augmentent plus vite que les ressources.

L’agence mise sur une approche plus large fondée sur le désarmement, la démobilisation et la réintégration, ainsi que sur des programmes d’éducation, d’emploi et de formation destinés à la jeunesse. L’objectif, selon Goodstein, est de rompre le cercle vicieux de la violence et de la misère qui dévaste le pays depuis plusieurs années.

L’adoption, le 2 octobre dernier, par le Conseil de sécurité des Nations Unies, de la résolution autorisant le déploiement de la Force de Répression des Gangs (FRG) – une mission internationale non onusienne de 5 500 soldats et policiers – devrait contribuer à réduire les violences. Mais, prévient l’OIM, l’aspect sécuritaire ne suffira pas à lui seul. Près de la moitié des 11 millions d’Haïtiens vivent aujourd’hui dans l’insécurité alimentaire aiguë, et plus d’un sur dix est désormais déplacé.

« Nous avons besoin de solutions durables qui restaurent la dignité, renforcent la résilience et offrent des perspectives réelles », insiste Grégoire Goodstein.

« Sans un sursaut international, la souffrance des centaines de milliers d’Haïtiens déplacés ou expulsés continuera de s’aggraver. »

Dans les camps de Delmas, de Mirebalais ou des Gonaïves, l’attente du retour s’éternise. Entre espoir et désillusion, Haïti tout entière semble suspendue au bord du gouffre — entre survie et abandon.