Haïti/violence : au moins 70 morts et plus de 30 blessés dans un massacre à Jean-Denis, selon le RNDDH…

Commissariat de Police de Petite-Riviere de l'Artibonite

PORT-AU-PRINCE, mercredi  1er avril 2026 (RHINEWS)- Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a dénoncé, dans une note interne datée du 30 mars, « un massacre d’une extrême sauvagerie » perpétré dans la nuit du 28 au 29 mars 2026 dans la localité de Jean-Denis, dans la commune de Petite-Rivière de l’Artibonite, faisant au moins 70 morts et plus d’une trentaine de blessés, selon un bilan provisoire établi à partir de témoignages recueillis sur place  .

L’organisation indique avoir « appris avec stupéfaction que des bandits armés opérant au sein du gang “Gran Grif”, basé à Savien, ont perpétré un massacre d’une extrême sauvagerie » dans cette zone rurale de l’Artibonite  . Selon le RNDDH, l’attaque, qui avait été précédée de menaces circulant depuis plusieurs semaines, visait une localité qui opposait une résistance aux groupes armés « depuis plusieurs années »  .

D’après les témoignages recueillis par l’organisation auprès de survivants et d’autorités locales, l’assaut a débuté vers 2 heures du matin dans la zone de Pon Benwa avant de s’étendre à d’autres localités, notamment Jean-Denis. Entre 3 heures et 6 heures du matin, les assaillants ont « tiré de nombreux coups de feu avec des armes de gros calibre », contraignant la coalition d’autodéfense locale à se replier face à un « déséquilibre des forces », laissant la population « livrée à elle-même, sans aucune protection »  .

Le RNDDH décrit des exactions particulièrement violentes : « les bandits ont commencé à incendier des maisons avec leurs occupants à l’intérieur. Les personnes qui tentaient de fuir étaient abattues, tandis que d’autres étaient exécutées à bout portant »  . L’organisation précise que des attaques similaires ont été menées dans plusieurs zones des sections communales de Bas Coursin I et II, notamment à Pont Benoît, Bois Lavil en Haut, Descordes, Koutèt, Ti Tray, Akasya, Megiyèl, Bofò, Remousen, Sedrèn et Blain, cette dernière ayant subi « le plus de dégâts »  .

Parmi les victimes identifiées figurent notamment trois frères tués à Blain, ainsi que quatre personnes dans la localité de Maglourèt, âgées de 20 à 35 ans. Deux autres victimes ont été recensées dans la zone de Pereste, dont une femme « ayant reçu trois balles avant d’être lynchée » alors qu’elle tentait de fuir  .

Le bilan provisoire fait état de « soixante-dix (70) cadavres » constatés dès le 29 mars, certaines victimes ayant été enterrées par leurs familles le jour même, tandis que d’autres ont été transportées vers des morgues  . Le RNDDH souligne que « de nombreuses personnes sont toujours portées disparues »  .

En outre, « plus d’une trentaine de personnes ont été blessées », dont au moins dix prises en charge à l’hôpital Saint-Nicolas de Saint-Marc. Douze corps ont été recensés à la morgue Beaubrun et quatre autres à la morgue Oiseau Funèbre  . L’organisation précise que les victimes incluent « des hommes et des femmes adultes, des jeunes, des enfants, des nourrissons ainsi que des femmes enceintes »  .

Le RNDDH rapporte également des déplacements massifs de population, de nombreux habitants ayant fui vers Bokozèl, dans la commune de Saint-Marc, et vers Chawon, dans la commune de Marchand-Dessalines  .

Concernant la réponse des forces de l’ordre, l’organisation indique que des véhicules blindés de la Police nationale d’Haïti (PNH) sont intervenus le 29 mars mais « sont repartis après seulement deux heures de temps »  . Le commissaire de police de Saint-Marc, Lyvenson Gauthier, a toutefois affirmé avoir déployé trois blindés dès 4h11 du matin ce jour-là, précisant que les policiers ont dû d’abord « enlever les barricades sur la route » avant d’atteindre la zone  .

Le responsable policier a également indiqué avoir besoin de « meilleures armes (mitrailleuses), de véhicules lourds blindés, de soutien aérien (hélicoptère), de plus de policiers expérimentés, de drones de surveillance et kamikazes », tout en reconnaissant que « la plupart » des blindés disponibles dans l’arrondissement sont « hors d’usage »  .

Selon le RNDDH, des dysfonctionnements logistiques affectent également les moyens internationaux déployés, plusieurs blindés kenyans étant « hors service à cause d’une simple panne de batterie », nécessitant l’intervention de mécaniciens depuis Port-au-Prince  .

L’organisation rapporte que les assaillants se sont repositionnés dès le 31 mars dans la zone de Pont Benoît et « tentent de lancer une offensive » vers d’autres localités, tandis que certaines brigades d’autodéfense continuent de résister  .