BOUCAN-CARRÉ (Plateau Central), mardi 4 novembre 2025 (RHINEWS)- L’ancien directeur général du Centre National des Équipements (CNE), Yves Germain, serait au centre d’une vive controverse après la mort de Jean Mary Zidor, un père de cinq enfants tué par balle le 1er novembre 2025 à Boucan-Carré, lors d’une altercation sur un chantier qui lui appartiendrait.
Selon plusieurs témoignages, l’incident se serait produit à Peligre, 3ᵉ section Dèbay, alors que la victime, maçon travaillant de manière informelle pour Yves Germain, « s’était brièvement arrêté pour répondre à un appel téléphonique ». Germain lui aurait reproché d’utiliser son téléphone pendant les heures de travail, avant que la dispute ne dégénère. « Yves Germain a tiré sur Jean Mary Zidor, le blessant à l’épaule gauche. Ce dernier a succombé à ses blessures à l’hôpital de Cange », toujours selon les témoignages. La victime aurait travaillé depuis plusieurs années pour l’ancien responsable public.
La réputation d’Yves Germain, ancien dirigeant d’institutions publiques stratégiques, serait déjà entachée par des allégations répétées de brutalités et de traitements assimilés à des actes de torture présumés. Une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux le montrerait « attachant l’un de ses employés informels, Jean Sorel Lubin, et le rouant de coups avec un bâton » après que ce dernier aurait ramené un bœuf appartenant à Germain trouvé dans un champ qui ne lui appartenait pas.
Germain aurait reproché à son employé « d’avoir empêché son animal de se nourrir ». Par ailleurs, lors des élections d’avril 2009, il aurait « giflé et frappé le policier Yvenson Clerveaux » dans un centre de vote du Lycée national de Mirebalais, à la suite d’un désaccord politique.
Ces éléments ravivent le débat sur l’impunité présumée entourant certaines figures politiques en Haïti. Des habitants et organisations locales demandent l’ouverture d’une enquête rapide et indépendante pour faire la lumière sur la mort de Jean Mary Zidor et sur les accusations répétées visant Yves Germain. À ce stade, les autorités judiciaires ne se sont pas publiquement prononcées sur d’éventuelles poursuites ou auditions dans ce dossier.
Réagissant au drame, le directeur exécutif du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), Pierre Espérance, a appelé l’État à agir. « Ce qui s’est passé est profondément choquant et illustre une fois de plus la gravité de l’impunité en Haïti », a-t-il déclaré, ajoutant qu’« il est impératif que les autorités judiciaires se saisissent du dossier sans délai, afin de faire toute la lumière sur les circonstances de ce meurtre ».
Le responsable du RNDDH a invité la famille de la victime à solliciter tous les recours disponibles. « Nous soutenons toute démarche visant à saisir les autorités compétentes, notamment le Parquet, l’Inspection générale de la Police nationale s’il y a matière, ainsi que le Ministère de la Justice », a-t-il déclaré, soulignant qu’« il est essentiel que la famille bénéficie de l’assistance d’un avocat ou d’une organisation spécialisée pour documenter les faits et assurer le suivi judiciaire ».
M. Espérance a également rappelé que, si les mécanismes nationaux venaient à faillir, « des instances comme le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme ou la Commission interaméricaine des droits de l’homme peuvent être saisies afin d’attirer l’attention internationale et demander des mesures de protection et de justice ».
Invitant les témoins à « conserver toutes les preuves disponibles, y compris témoignages, communications et documents », il a insisté sur le fait que « chaque élément sera crucial pour l’établissement de la vérité et la poursuite des responsables ». « Cette affaire ne doit pas être un dossier de plus abandonné dans les tiroirs de l’impunité. La justice doit être faite », a-t-il conclu.

