Haïti/Sécurité: la Table sectorielle évalue les avancées de la PNH et des FAD’H et examine la mise en place de la Force de Répression des Gangs…

Des membres de la TSS …

PORT-AU-PRINCE, vendredi 13 février 2026 (RHINEWS)- La cinquième réunion de la Table Sectorielle sur la Sécurité (TSS) s’est tenue le 12 février 2026 à l’Hôtel Karibe, autour du thème : « Évaluation des avancées des Forces de sécurité et la mise en place de la Force de Répression des Gangs (FRG) ». Cette rencontre visait à mesurer les progrès réalisés par les institutions sécuritaires et à analyser l’opérationnalisation de la FRG dans un contexte marqué par la persistance de la crise sécuritaire.

La TSS s’inscrit dans la continuité des travaux engagés depuis décembre 2024. Le 2 septembre 2025, le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH-H) avait présenté les actes de la première série de réunions et conférences, formulant des recommandations pour de nouvelles stratégies de résorption de la crise. Ces travaux ont impliqué notamment la Police nationale d’Haïti (PNH), les Forces armées d’Haïti (FAD’H), la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), les Nations Unies à travers le BINUH et l’Organisation des États américains.

Le cadre international a évolué ces derniers mois. Le 20 août 2025, l’Organisation des États américains a adopté une « Feuille de route pour la stabilité et la paix menée par Haïti avec le soutien régional et international », dont le premier pilier stratégique porte sur la stabilisation de la sécurité et le rétablissement de la paix. Le 2 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 2793 (2025), transformant la MMAS en Force de Répression des Gangs (FRG) dotée d’un mandat robuste et de la capacité de mener des opérations de manière autonome. Le 29 janvier 2026, la résolution 2814 a renouvelé le mandat du BINUH jusqu’en janvier 2027, en élargissant son rôle à la coordination sécuritaire.

Plusieurs personnalités et institutions ont pris part à la réunion, dont l’inspecteur général en chef de la PNH, Frédéric Leconte, l’inspecteur général Frantz Termilus du DGPNH, le colonel Florexil Edwin des FAD’H, Sébastien Comlan Hounhouedo du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, ainsi que des organisations de défense des droits humains membres de la TSS et des représentants de la société civile, dont Arnold Antonin.

Au chapitre des avancées de la PNH, l’Inspection générale en chef a évoqué « une meilleure synergie entre les instances du haut commandement et les entités opérant sur le terrain, y compris la task force et les FAD’H ». Elle a également souligné l’acquisition de matériels, l’augmentation des effectifs dans le cadre du programme « P4.000 », qui vise la formation de 4 000 policiers en douze mois, ainsi que « l’intensification des opérations et le processus de récupération et de consolidation des zones et infrastructures ». Les responsables ont toutefois reconnu certaines limites, notamment « les facteurs multiples de la criminalité » et « l’absence d’un plan et d’une stratégie globale de sécurité découlant d’une politique publique bien élaborée ».

Concernant la FRG, trois axes ont structuré les échanges : les actions entreprises depuis l’adoption de la résolution 2793, les opérations en cours et les perspectives. La transformation de la MMAS en FRG prévoit un contingent de 5 500 personnels policiers et militaires, avec la capacité de conduire de manière autonome des opérations fondées sur le renseignement et de prendre des mesures d’urgence. La force opérera sous l’autorité d’un représentant spécial nommé par le Groupe de Pays Amis, avec l’appui logistique des Nations Unies.

Lors d’une réunion tenue le 9 décembre 2025, plusieurs États, dont les États-Unis, le Canada, la France et le Royaume-Uni, se sont engagés à financer la mission, tandis que d’autres pays, tels que le Tchad, le Bangladesh et le Sri Lanka, ont manifesté leur disposition à fournir du personnel. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a précisé qu’il veille à l’intégration des garanties en matière de droits humains dans le Concept des opérations (CONOPS), « à un double niveau : la prévention et la recevabilité ». La prévention repose notamment sur « la vérification des antécédents, la doctrine, la formation avant et après déploiement et l’intégration des droits humains dans la planification des opérations », tandis que la recevabilité implique « l’investigation des violations, la fixation des responsabilités et la prise de mesures nécessaires ».

Les FAD’H, pour leur part, ont indiqué accompagner la PNH sur le terrain, notamment au sein de la task force et en appui matériel, ce qui a permis la récupération et la consolidation de certaines zones stratégiques, dont Kenscoff. L’institution, actuellement en phase de remobilisation, compte environ 2 000 membres, avec une projection à 3 000 dans les sept prochains mois. Elle opère à partir de plusieurs bases, dont le Grand Quartier Général, Clercine et Vertières, et maintient une présence à Kenscoff, Péligre, Malpasse et Marion.

Au terme des échanges, les participants ont relevé que, malgré certains progrès, plusieurs facteurs continuent d’entraver le redressement du système sécuritaire, notamment « l’effondrement du système de sécurité après le départ des Duvalier », « l’absence d’une vision stratégique durable », « le manque d’adaptation des appuis de la coopération internationale » et « les luttes politiques pour le contrôle des institutions de sécurité ». Ces constats doivent nourrir les travaux de la cinquième conférence de la TSS, prévue en mars prochain.