Haïti-Réforme des retraites : l’ONA cible l’informel, la diaspora et la viabilité financière du système…

Guichard Doré, directeur de cabinet de la directrice de l’ONA…

PORT-AU-PRINCE, jeudi 17 septembre 2026 (RHINEWS)- L’Office national d’assurance-vieillesse (ONA) a appelé à une réforme en profondeur du régime général de retraite, en mettant l’accent sur l’élargissement de la couverture sociale, la modernisation de la gouvernance, la viabilité financière du système et l’adaptation du régime aux évolutions démographiques et économiques.

Cet appel a été formulé par Guichard Doré, directeur de cabinet de la directrice générale de l’ONA, à l’ouverture du Forum national sur la modernisation et la consolidation du régime général de retraite. La rencontre est consacrée à une réflexion sur les principaux défis auxquels est confronté le système de retraite et doit déboucher sur des recommandations destinées à orienter sa réforme.

Dans son discours introductif, M. Doré a souligné la portée sociale de cette réforme, estimant que la question des retraites concerne l’ensemble des générations.

« La modernisation et la consolidation du régime général de retraite mérite l’attention de toutes les générations », a-t-il déclaré, en présentant la réforme comme un enjeu lié à la protection sociale et à la dignité des travailleurs.

Selon les données avancées dans le discours, à peine 17 % de la population active cotisent actuellement au régime de retraite de l’ONA. Plus de 80 % des travailleurs, notamment les artisans, agriculteurs, travailleurs indépendants, commerçants, ouvriers et employés du secteur informel, demeurent en dehors du système de sécurité sociale.

Cette faible couverture s’accompagne, selon l’ONA, d’importantes difficultés pour les personnes âgées. Certains pensionnés perçoivent moins de 5.000 gourdes de rente viagère, tandis que l’inflation réduit le pouvoir d’achat des pensions versées aux agents de l’État et aux travailleurs du secteur formel.

« Beaucoup de nos travailleurs qui sont à la retraite n’ont pas de filet de protection sociale », a relevé Guichard Doré, soulignant également que l’augmentation des dépenses de santé liée à l’âge accentue les difficultés des retraités.

Le responsable de l’ONA a également évoqué le vieillissement de la population des assurés. Le taux de renouvellement de la base contributive de l’institution est estimé à 2,4 %, tandis que la moitié des assurés de l’ONA ont plus de 50 ans. Parallèlement, le taux de chômage des jeunes est estimé à 37 %, selon les chiffres cités dans le discours.

Pour M. Doré, la réforme ne doit toutefois pas être envisagée sous le seul angle financier. « Réformer le régime de retraite n’est pas seulement une exigence financière, ou technique, c’est une obligation morale et un impératif de développement », a-t-il affirmé.

Le premier enjeu identifié concerne la gouvernance et la transformation numérique. L’ONA estime nécessaire de renforcer la réglementation en matière de gouvernance et de gestion du régime de retraite, notamment à travers une meilleure répartition des responsabilités et la mise en place de procédures internes. L’institution souhaite également accélérer l’informatisation et la dématérialisation de certaines tâches afin de faciliter l’accès des affiliés aux services.

Le deuxième enjeu porte sur l’intégration du secteur informel et l’élargissement de la protection sociale à la diaspora. L’objectif serait notamment de mettre en place des mécanismes de cotisation plus flexibles et simplifiés, adaptés aux revenus irréguliers des travailleurs du secteur informel.

« Nous devons faire preuve d’audace et trouver des mécanismes flexibles et simplifiés de cotisations afin de s’adapter aux revenus aléatoires des travailleurs du secteur informel », a déclaré M. Doré.

Le responsable de l’ONA a également évoqué la possibilité pour les membres de la diaspora de contribuer au fonds de pension. « Nous devons offrir aux membres de la diaspora la possibilité de cotiser au fonds de pension afin qu’ils puissent avoir une retraite plus confortable », a-t-il indiqué.

Le troisième axe concerne la réforme paramétrique du régime. Le système haïtien étant fondé sur la répartition et la solidarité intergénérationnelle, le forum doit notamment examiner les moyens d’assurer sa soutenabilité financière et actuarielle, tout en garantissant une protection sociale adéquate aux assurés et en tenant compte des réalités démographiques et économiques.

Le quatrième enjeu identifié est celui de la viabilité et de la pérennité financières du système. Guichard Doré a cité parmi les pistes de réflexion la réalisation d’audits réguliers, le renforcement des mécanismes de contrôle, la transparence, l’adoption d’une politique de crédit et d’investissement prudente, l’évaluation des risques ainsi que la diversification du portefeuille.

Le discours reconnaît également le poids des charges de fonctionnement de l’ONA et souligne la nécessité de réduire les coûts de gestion, de diversifier les sources de financement, de consolider l’assiette des cotisations et d’assurer le versement régulier des rentes aux pensionnés.

Une partie des ressources pourrait également être orientée vers des investissements jugés sûrs, rentables et durables. Le financement du secteur productif est présenté comme une piste susceptible de contribuer à la création d’emplois et au soutien de la croissance économique.

« Les prêts surveillés et bien orientés sont les conditions pour contribuer à la dynamique économique du territoire et créer des emplois dans le secteur productif pour nos jeunes qui veulent s’insérer professionnellement », a déclaré M. Doré.

Le responsable a par ailleurs insisté sur la nécessité de rechercher des mécanismes permettant au fonds de pension de mieux résister aux crises économiques, notamment à travers des partenariats innovants et des solutions complémentaires de financement.

Le Forum national sur la modernisation et la consolidation du régime général de retraite est organisé autour de trois journées. La première est consacrée à la compréhension de l’ONA et au diagnostic du régime général de retraite, la deuxième à la conception d’un régime moderne, équitable et financièrement durable, et la troisième à l’élargissement de la protection sociale et à l’élaboration d’une feuille de route pour la réforme.

Selon le programme présenté par Guichard Doré, vingt conférences et panels doivent permettre d’établir un socle commun de constats, tandis que dix ateliers doivent transformer ces contributions en recommandations opérationnelles. Celles-ci seront réparties entre des mesures immédiates, prévues sur une période de zéro à douze mois, des mesures de moyen terme, sur un à trois ans, et des réformes structurelles, sur trois à cinq ans.

Les travaux doivent également s’appuyer sur des expériences internationales, notamment celles de l’Organisation internationale du travail (OIT), de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), de la Banque mondiale et de la Banque interaméricaine de développement (BID).

Guichard Doré a enfin appelé à inscrire la réforme dans une démarche de dialogue avec les différents acteurs concernés, notamment les syndicats, le secteur privé et la société civile.

« Faire de la réforme, c’est accepter de bousculer des mauvaises habitudes et établir des ponts de dialogue permanent, inclusif et transparent avec les syndicats, le secteur privé et la société civile. Il faut écouter pour mieux construire ensemble », a-t-il déclaré.

Pour l’ONA, la réforme doit à terme permettre une meilleure prise en charge du vieillissement et renforcer la protection des travailleurs ayant contribué à l’économie nationale. « La réforme de notre régime de retraite doit permettre à la nation de prendre en charge le coût du vieillissement de tous ceux qui ont tant donné par le travail et faire de la retraite un moment de gratitude à ces travailleurs », a conclu le responsable.