PORT-AU-PRINCE, samedi 25 avril 2026 (RHINEWS)– Une pétition citoyenne a été lancée pour alerter les autorités haïtiennes sur la situation du Jardin botanique des Cayes, fermé depuis plus de huit mois et dont les collections végétales seraient en voie de disparition, selon les initiateurs du texte.
« Depuis plus de huit mois, le Jardin botanique des Cayes est fermé de force. Aucun enfant, aucun étudiant, aucun chercheur, aucun visiteur ne peut y accéder », indique la pétition, qui affirme que « des collections de plantes rares, endémiques et indigènes disparaissent jour après jour ». Les signataires rappellent que ce site, créé il y a plus de 23 ans, constituait « une fierté pour Les Cayes, pour Haïti et pour la diaspora », en tant qu’espace dédié à l’éducation, à la recherche et à la découverte de la flore nationale.
Le projet trouve son origine dans la vision de William Cinéa, ingénieur forestier et botaniste formé en République dominicaine entre 1995 et 2000. À son retour en Haïti, il lance l’initiative « Haïti Verte » pour contribuer à la reforestation. Inspiré par une visite des Jardins bahá’ís de Haïfa en 2002, il développe un projet de jardin botanique sur un terrain loué à Bergeaud, le long de la route nationale numéro 2, propriété de la famille Gérard.
Un contrat de bail agricole est alors signé avec Laurette Milard Gérard, représentée par son avocat, et la collaboration entre les parties est décrite comme « constructive, respectueuse et mutuellement bénéfique » pendant plus de deux décennies. En 2004, une héritière, Jacqueline Gérard, propose elle-même de rebaptiser le projet « Jardin botanique des Cayes », traduisant l’adhésion de la famille à l’initiative.
Cependant, en 2018, un différend apparaît lorsqu’un héritier annonce la résiliation du bail et propose une promesse de vente du terrain. L’équipe du jardin sollicite alors l’intervention de l’État haïtien pour acquérir la propriété, estimée à plus de 800 000 dollars américains. Une démarche est engagée via le Ministère de l’Environnement d’Haïti et l’Agence nationale des aires protégées (ANAP), mais elle échoue faute de documents fonciers fournis par les vendeurs.
La situation se détériore après le décès de Laurette Milard Gérard en juin 2024. Selon la pétition, l’épouse d’un héritier, Marie Donna Bastien-Gérard, aurait engagé sans mandat une procédure pour reprendre le terrain. L’équipe du jardin affirme avoir reçu un délai de huit jours pour évacuer les lieux. « Huit jours plus tard, accompagnée de la police et de ses avocats, elle a interdit l’accès au personnel », précise le texte.
Les pétitionnaires dénoncent également la destruction de collections végétales. « Ses premières actions ont été d’abattre les plantes endémiques pour en faire du charbon, de détruire la réserve écologique et d’y mettre le feu sur plus d’un hectare », affirment-ils, ajoutant que des plantations de bananiers auraient été installées sur le site.
Face à cette situation, sept des neuf héritiers de la famille Gérard auraient adressé une lettre au ministère de la Justice pour demander une intervention urgente et exiger « la cessation immédiate de toute action contre le jardin ». Selon eux, « le jardin incarne la vision et l’héritage de leurs parents ».
Malgré des appels lancés dans plusieurs médias haïtiens et des démarches auprès des autorités, notamment du ministère de l’Environnement, « rien n’a été fait à ce jour », déplorent les initiateurs de la pétition, qui considèrent le jardin comme « une institution scientifique d’importance nationale dépassant les intérêts privés ».
La pétition vise à recueillir 5 000 signatures avant le Journée mondiale de l’environnement afin d’exiger une action urgente de l’État. Les signataires demandent notamment l’ouverture d’un dialogue avec la famille Gérard pour stopper la destruction des collections, la relance du processus d’acquisition du terrain ou, à défaut, la relocalisation du jardin dans le département du Sud ou ailleurs, conformément à la Constitution haïtienne.
« Ce patrimoine continue de disparaître, et les plantes préservées se perdent un peu plus chaque jour », conclut la pétition.

