PORT-AU-PRINCE, samedi 4 octobre 2025 (RHINEWS)– Un rapport d’analyse financière transmis par l’Unité Centrale de Renseignements Financiers (UCREF) au Parquet du Tribunal de première instance de Port-au-Prince met en cause l’entreprise « Détermination-SL Hôtel Bar Restaurant (DSL) » et ses dirigeants, Mackenson Simonis et Miguelita Honoré, dans un schéma présumé de détournement de fonds publics et de blanchiment de capitaux. « L’enquête met en évidence une création artificielle de l’entité et l’absence de viabilité économique réelle », écrit l’UCREF, soulignant que DSL a été enregistrée au MCI le 2 décembre 2024 (218 Reg. 148) et « sélectionnée moins d’une semaine après par le MCFDF comme prestataire dans un projet financé par le Trésor public ».
Selon l’UCREF, l’entreprise DSL est une entreprise individuelle au NIF 000-208-322-7, sectorisée « 6320 Hôtels et pension de famille », domiciliée au #12, rue de Marquise, Delmas 83, avec patente 5407084996 (exercice 2024-2025). Le propriétaire et PDG déclaré est Mackenson Simonis (NIF 004-931-870-7, NIU 12344603121, permis NN-32751-BC, tél. +509 4786-7633, adresse « 32, Imp. Jean Philippe, Route de Frères »), présenté comme avocat et Conseiller juridique junior I au Ministère à la Condition féminine et aux Droits des Femmes (MCFDF). « Le formulaire d’ouverture de compte et la patente établissent l’entreprise comme appartenant exclusivement à M. Simonis », note le rapport.
L’UCREF relève cependant une incohérence de propriété : « Dans une correspondance adressée à la BUH pour justifier un chèque du Trésor, M. Simonis se présente comme copropriétaire, alors qu’aucun document officiel ne fait état d’un autre détenteur de droits ». Cette divergence « fait planer un sérieux doute sur la structure réelle de propriété et l’existence éventuelle de bénéficiaires effectifs non déclarés ». La cosignataire du compte d’entreprise, Miguelita Honoré (NIF 007-733-158-3, NIU 1172213767, permis SM-08727-AC, tél. +509 3626-3847 / 4159-1734), est identifiée comme administratrice de DSL et agent de liaison au MCFDF, avec adresses « 20, Puits Blain 8, Delmas 75 » et « 17, rue Tunnel, Carrefour-Feuilles ».
Au cœur des soupçons : un compte courant ouvert au nom de DSL à la Banque de l’Union Haïtienne (BUH), n° 31000001255, avec une balance d’ouverture de 20 000 HTG le 21 janvier 2025. « De janvier à mai 2025, le compte a reçu 5 967 145,45 HTG (cinq dépôts) et a subi 26 retraits totalisant 5 943 400 HTG ; solde final au 14 mai 2025 : 754,45 HTG », détaillent les enquêteurs. Deux dépôts dominent : 2 934 000 HTG par chèque du Trésor n° 0036935 (21 janvier 2025) et 2 503 145,45 HTG par chèque du Trésor n° 0037691 (21 mars 2025).
« 91,15 % des fonds crédités, soit 5 437 145,45 HTG, proviennent du Trésor public », établit l’UCREF, qui en tire une double hypothèse : le compte « a été créé spécifiquement pour capter des fonds du Trésor public » et « l’État haïtien est le seul client réellement rémunérateur de DSL ». « Dans un tel cas de figure, il s’agirait d’une entité montée de toutes pièces pour blanchir des fonds détournés », prévient l’Unité, en référence au Décret du 30 avril 2023 réprimant le blanchiment, le financement du terrorisme et celui de la prolifération des ADM.
L’analyse des sorties révèle une succession de retraits en espèces et d’encaissements de chèques au bénéfice de personnes physiques, souvent sans mémo probant. Le 28 janvier 2025, deux retraits de 500 000 HTG chacun sont encaissés par Miguelita Honoré (NIF 007-733-158-3) et Mackenson Simonis (NIF 004-931-870-7) sous couvert d’« achat de produits alimentaires ». Le 30 janvier, 500 000 HTG sont encaissés par Simonis pour « achat de génératrice ». Le 3 février, 150 000 HTG sont retirés par Duckenson Opont (NIF 007-885-591-3) comme « remboursement de prêt ».
Le 5 février 2025, 150 000 HTG sont encaissés par Mackenson Simonis (« achat de boisson »). Le 17 février, 64 000 HTG sortent au profit de Dell Multi Services (« achat d’encre »). Le 24 février, 50 000 HTG sont encaissés par Stanley Étienne (NIF 004-584-114-5) « réaménagement », puis 200 000 HTG par Mackenson Simonis à nouveau pour « achat de produits alimentaires ». Le 26 février, 80 400 HTG sont encaissés par Jefferson Mondélus (NIF 002-852-394-8) sans information dans le mémo.
Après le dépôt du chèque du Trésor n° 0037691 le 8 avril 2025 (2 503 145,45 HTG), la même logique se répète : 500 000 HTG sont encaissés par Mackenson Simonis le 8, 250 000 HTG le 14, 250 000 HTG le 15, 500 000 HTG le 22, encore 500 000 HTG le 25, puis 100 000 HTG le 12 mai 2025, « sans information dans le mémo ». Le 22 avril, 150 000 HTG sortent au profit de Wilny Duclos (NIF 004-025-591-?, référence partielle), et le 24 avril, un « Outward Cheque » de 500 000 HTG est débité au bénéfice de Mackenson Simonis, là encore sans justification détaillée.
Interrogée par sa banque après l’encaissement du premier chèque du Trésor, la direction de DSL — par courriel du 28 mars 2025 signé Mackenson Simonis — parle de « remboursement de dette du MCFDF pour des services de restauration fournis à crédit ». « Cette déclaration est corroborée par une correspondance officielle du MCFDF signée par la Directrice administrative Christiane Saint-Louis et approuvée par la Ministre Pédrica Saint-Jean », écrit l’UCREF, « attestant qu’au 9 décembre 2024, le MCFDF a sollicité DSL pour la fourniture de repas aux femmes détenues à la prison de Delmas 33, sur la base d’un pro forma émis et signé par M. Simonis ».
Pour l’UCREF, cette chaîne décisionnelle révèle un conflit d’intérêts manifeste : « Un agent public subalterne du MCFDF (M. Simonis) dirige l’entreprise bénéficiaire d’un paiement ordonnancé par son propre ministère, tandis que la cosignataire (Mme Honoré) est employée du même ministère ». « Cette situation illustre un trafic d’influence et une incompatibilité flagrante avec les principes de transparence, de neutralité et d’impartialité dans la gestion des deniers publics », peut-on lire.
Au-delà du flux, l’UCREF interroge la traçabilité : « Aucun élément ne permet de démontrer que les montants perçus ont effectivement servi aux prestations convenues ». L’Unité chiffre à environ 62 % la part des sommes retirées en espèces à bref délai « par émission de chèques à l’ordre de personnes physiques, sans rapport économique évident avec une prestation de restauration ». Elle ajoute que le compte est quasi vidé dès la mi-mai 2025 et « depuis lors inactif », ce qui « contredit le principe de continuité de l’exploitation ».
L’UCREF relève aussi une anomalie d’identité : « M. Mackenson Simonis est associé à deux dates de naissance distinctes (1989 et 1992) sur des documents publics liés à l’ouverture de compte, pour un même permis (NN-32751-BC) et un même NIF, avec des dates d’émission différentes (21 décembre 2015, expiré le 30 juillet 2017 ; et 31 juillet 2023, valable jusqu’au 30 juillet 2028) ». « Ce point jette un doute sérieux sur l’authenticité des identités administratives », insiste le rapport.
Sur le compte personnel BNC (compte épargne) attribué à Mackenson Simonis (ouvert le 20 avril 2024, balance 6 mai 2025 : 1 063,30 HTG), l’UCREF note qu’il « n’a été alimenté que par des fonds résultant de sa rémunération mensuelle au MCFDF ». En revanche, l’Unité dit ne pas disposer d’informations suffisantes pour déterminer la finalité exacted’environ 2 700 000 HTG « décaisés par M. Simonis au titre de prélèvements personnelssur le compte de l’entreprise », fonds supposément alloués au « projet de restauration ».
« Tout porte à croire que l’opérationnalisation de l’entité DSL a été exclusivement orientéevers la captation de fonds publics et non vers une activité économique réelle », conclut l’UCREF. L’Unité estime que ces irrégularités constituent des infractions sous-jacentes au blanchiment (détournement de fonds publics, corruption), au sens du Décret du 30 avril 2023, ainsi que d’autres infractions prévues par la loi du 12 mars 2014. « Lorsqu’une infraction sous-jacente est caractérisée, l’infraction de blanchiment de capitaux est également consommée », rappelle le rapport.
En conséquence, l’UCREF recommande la poursuite judiciaire de Mackenson Simonis et Miguelita Honoré, ainsi qu’une vérification patrimoniale approfondie des intéressés « afin de déterminer la finalité réelle des fonds perçus, notamment les 2,7 millions HTG retirés en espèces sans justificatifs probants ». L’Unité précise que le rapport est « transmis aux autorités judiciaires compétentes pour les suites utiles, conformément à l’article 7 du Décret du 30 avril 2023 ».
Pour l’UCREF, l’addition d’éléments — sélection express de DSL par le MCFDF, conflit d’intérêts impliquant Simonis et Honoré, flux massifs en provenance du Trésor, retraits rapides en espèces, absence de pièces traçant une prestation réelle, inactivité du compte après vidage – constitue un faisceau d’indices graves et concordants. « Cette affaire met à nu les vulnérabilités de la dépense publique et des contrôles internes dans l’administration », insiste l’Unité.
Au plan pénal, l’UCREF invoque expressément les articles 17, 19, 20, 21, 22, 77 et suivantsdu Décret du 30 avril 2023 pour la prévention et répression du blanchiment, du financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive, rappelant que son mandat est de « détecter, analyser et transmettre » aux poursuites « toute opération suspecte ». « Le parquet est désormais saisi ; il appartient aux autorités compétentes de judiciariser l’affaire », conclut la note d’accompagnement datée septembre 2025 et signée Michelin Justable, Av., Directeur général.

