-AU-PRINCE, mercredi 14 mai 2025 (RHINEWS)– L’organisation Ensemble Contre la Corruption (ECC) salue, dans un communiqué, la transmission par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) de six nouveaux rapports d’enquête au système judiciaire haïtien, en date du 8 mai 2025. Ces dossiers mettent en lumière des actes graves de malversation impliquant au moins vingt-cinq agents publics, parmi lesquels des figures connues de l’administration.
Parmi les institutions visées par ces enquêtes figurent la Direction départementale des impôts du Centre, l’Office de la Protection du Citoyen (OPC), l’OFATMA, la Direction de l’Immigration et de l’Émigration, ainsi que plusieurs Centres de Réception et de Livraison de Documents d’Identité (CRLDI), notamment à Delmas, Pétion-Ville, Tabarre et Saint-Marc.
Selon les rapports transmis, l’ancienne responsable des impôts du Centre, Gerline Joseph, est accusée d’abus de fonction, de favoritisme et de falsification de documents publics. Plus grave encore, l’OPC, sous la direction de l’ancien protecteur du citoyen Renan Hedouville, est pointé du doigt pour un détournement présumé de plus de 16,5 millions de gourdes, impliquant aussi sa fille Regine Hedouville Louis, son gendre Tex Willer Calafoi Louis, et plusieurs collaborateurs.
L’ULCC accuse par ailleurs l’ex-directeur général de l’OFATMA, Carl François, ainsi que Valmine Jean Jacques et Véléria Nadia Victor, d’avoir orchestré un système de fausses attributions de marchés publics, pour un montant détourné supérieur à 2,1 millions de gourdes. Dans le même ordre, des agents de l’immigration, dont Stéphane Vincent et Lesly Saint Jude, auraient soustrait 3,6 millions de gourdes sur les frais de passeport, tandis qu’au CRLDI de Saint-Marc, Washny Bien-Aimé et Castel Estilus sont accusés de concussion et d’usurpation de titre.
Une enquête spécifique a également révélé que plus de 10,9 millions de gourdes ont été indûment perçus par cinq responsables CRLDI de Delmas, Pétion-Ville, Tabarre et Rue Lamarre, entre janvier et décembre 2023. ECC signale que plusieurs de ces individus ont été précédemment dénoncés dans d’autres rapports transmis à la justice.
C’est notamment le cas de Marriantha Merone, dont le nom revient régulièrement. Elle aurait perçu illégalement entre 180,000 et 200,000 gourdes tous les deux à trois mois via l’aéroport Toussaint Louverture. Bien que son salaire officiel sur sept ans n’atteignait pas 15 millions de gourdes, ses avoirs bancaires dépassaient 44,5 millions, sans justification légale, selon l’ULCC.
Dans son communiqué, ECC souligne que « ces rapports démontrent la profondeur et l’enracinement de la corruption au sein de l’administration publique haïtienne ». L’organisation rappelle que de 2006 à 2024, plus d’une centaine de rapports d’enquête ont été transmis à la justice par l’ULCC et l’UCREF, mais seulement trois jugements ont été rendus à ce jour.
Face à cette « inertie judiciaire », ECC réaffirme son soutien à la création du Pôle Judiciaire Spécialisé dans la Répression des Crimes et Délits Financiers Complexes, tout en regrettant que ce dernier n’ait pas encore obtenu une autonomie administrative et fonctionnelle, distincte du Tribunal de première instance de Port-au-Prince, considéré comme un bastion de l’impunité.
« L’impunité reste le principal carburant de la corruption. Tant que la justice ne sera pas indépendante et proactive, les rapports resteront lettre morte », déplore ECC, qui appelle les autorités de transition à doter ce pôle d’un statut institutionnel fort et d’une gestion entièrement autonome.

