PORT-AU-PRINCE, dimanche 11 mai 2025 (RHINEWS)– Dans un communiqué, la Solidarite Fanm Ayisyèn (SOFA) dresse un constat alarmant sur l’aggravation dramatique des violences basées sur le genre en Haïti. Selon l’organisation, 206 femmes et filles survivantes ont été accueillies depuis le début de l’année au Centre Douvanjou, contre seulement 12 à la même période en 2024. Une augmentation de dix-sept fois qui, selon la directrice exécutive Marie Frantz Joachim, traduit « non seulement l’intensification de la violence, mais aussi l’inaction, le silence complice et la désorganisation de l’État face à la tragédie que vivent les femmes haïtiennes ».
Le communiqué dénonce le détournement des ressources publiques, la négligence des institutions et l’abandon total dans lequel se trouvent les survivantes. Pour la SOFA, les camps de déplacés internes sont devenus des zones de non-droit où l’impunité règne, transformant ces espaces en véritables pièges pour les femmes et les filles. « Leurs vies, leurs droits, leurs rêves sont écrasés dans l’indifférence des gouvernant.e.s », affirme l’organisation, qui souligne que la capitale n’est pas seule concernée : dans des villes comme Saint-Michel-de-l’Attalaye, les places publiques débordent de familles fuyant les violences des gangs, notamment ceux de Bas Artibonite et de Mirebalais.
Alors que les États-Unis viennent de désigner les gangs armés haïtiens comme organisations terroristes, la SOFA s’interroge sur les implications réelles d’une telle décision. Elle questionne son efficacité à enrayer l’expansion des groupes armés, son impact sur l’approvisionnement en armes et en munitions, et surtout les retombées concrètes sur la sécurité des populations les plus vulnérables. « Peut-on espérer une amélioration tangible du respect des droits humains, en particulier ceux des femmes et des enfants ? » demande l’organisation.
La SOFA rappelle que les sanctions ciblées imposées par les gouvernements américain et canadien à certaines figures politiques et économiques n’ont en rien amélioré la situation sécuritaire du pays. Au contraire, constate-t-elle, les conditions humanitaires se sont profondément dégradées et les violences sexuelles ont atteint un niveau sans précédent. Elle dénonce l’indifférence généralisée des autorités, leur immobilisme et leur incapacité à réagir à une crise qui plonge des milliers de femmes dans une précarité extrême.
Dans ce contexte, la SOFA appelle à une réponse à la hauteur des enjeux. Elle insiste sur la nécessité d’une stratégie globale et cohérente qui ne se limite pas à des déclarations de guerre mais repose sur un engagement politique réel, une vision claire de la sécurité et une exemplarité des dirigeants. Selon Marie Frantz Joachim, « proclamer un budget de guerre ne suffit pas. Il faut que toutes les institutions du pays soient mobilisées autour d’un objectif commun : protéger les citoyens, en particulier les femmes et les enfants, et sauver la nation ».
Le communiqué évoque la nécessité de repenser en profondeur la stratégie de la police nationale, en la dotant de moyens adéquats et d’un leadership enraciné dans une vision citoyenne de la sécurité. Il recommande également une coordination effective entre les forces de l’ordre et les forces armées, un renforcement de la formation avec une attention particulière à l’intégration des femmes dans les structures de sécurité, et l’instauration de dispositifs judiciaires spécialisés, mobiles et accessibles, capables de briser le cycle d’impunité. La SOFA propose également d’institutionnaliser des mécanismes communautaires de protection pour assurer un accueil digne, un accompagnement psychosocial des survivantes, et une justice effective, notamment dans les zones les plus affectées.
L’organisation conclut en lançant un appel à la solidarité nationale et internationale. Elle affirme que le combat des femmes ne peut être mené seul, qu’il s’agit du combat de tout un peuple. « Chaque jour compte », insiste la SOFA, qui continue de porter haut le flambeau de la dignité, de la sécurité et de la justice.

